So... so... so... plus que jamais!

Les employés de l’entreprise Cari-All, qui fermera ses portes d’ici la fin du mois de juin, manifestaient plus tôt cette année devant la Caisse de dépôt et placement.
Photo: Jacques Nadeau Les employés de l’entreprise Cari-All, qui fermera ses portes d’ici la fin du mois de juin, manifestaient plus tôt cette année devant la Caisse de dépôt et placement.

Ensemble pour la santé, tel sera le slogan de ce 1er mai prochain. Pour les travailleurs, il y aurait danger si la santé cessait d'être un service pour devenir une industrie. Pour preuve, un simple regard jeté sur le monde manufacturier.

Le 22 avril de cette année était pour certains un jour faste: ce jour n'est-il pas reconnu comme étant celui de la Terre, événement qui rejoint, et joint, sur la planète 600 millions de personnes? Pour d'autres, c'était une triste journée: on soulignait alors qu'il y a un an, les journalistes syndiqués du Journal de Québec étaient mis en lock-out.

Et des épisodes douloureux de cette nature ont même été trop fréquents dans l'actualité québécoise. Les employés de la compagnie Crocs de Québec n'ont-ils point reçu la semaine dernière d'une maison mère américaine, et ce sans préavis, une information portant sur leur congédiement? Une cinquantaine d'entre eux seront cependant épargnés, la première propriétaire, une Québécoise qui avait fondé cette usine connue pour ses sandales caoutchoutées, décidant de remettre en activité un des secteurs de l'entreprise originelle. Une autre semaine, c'était au tour des travailleurs d'une imprimerie de Quebecor d'apprendre qu'une rationalisation des opérations entraînerait la fermeture de leur entreprise, qui était pourtant l'un des fleurons d'un «empire Péladeau» au temps de sa constitution.

Ces fermetures, ces réorganisations sont en fait devenues choses courantes. Parlez-en aux travailleuses et travailleurs du textile. Touchez-en un mot à ceux qui vivent de la forêt, comme dans Lanaudière, où la fermeture d'une seule scierie à Saint-Michel-des-Saints signifiait que 400 familles se retrouvaient du jour au lendemain sans salaires, sans revenus provenant d'un emploi.

Travail et PIB

D'un autre point de vue, tout n'irait cependant point mal au Québec. Prenons cette industrie manufacturière: s'il y a perte d'emplois — et en chiffres elle est même fort élevée —, au contraire en productivité, il n'y a point eu baisse, mais plutôt augmentation, ce qui signifie que le PIB québécois se porte mieux, même si le monde du travail encaisse une série de soufflets.

De là à déduire que, dans un monde où la priorité est accordée au profit, le travailleur n'est rien de plus qu'une machine à produire, certains ne pourront s'empêcher de déposer une telle analyse.

Et seriez-vous capitaliste que vous vous diriez que, pour votre tranquillité d'esprit, pour enfin manoeuvrer à votre guise, il vaut mieux éviter le Québec comme lieu d'investissement, même comme endroit pour y conduire des affaires. Car ici, un investisseur a parfois de la difficulté à avoir les coudées franches, le taux de syndicalisation y étant trop élevé — le double, le triple, le quadruple de ce qui se passe ailleurs sur ce vaste continent qu'est l'Amérique du Nord. En fait, en matière de syndicalisation, il n'y a que les pays nordiques européens pour afficher en nombre des statistiques comparables à celles enregistrées au Québec. À cet égard, le 12-13 % français fait piètre figure quand le Québec affiche un taux de syndicalisation qui dépasse les 40 %.

Et ces chiffres ne valent que globalement. Dans certains secteurs, en santé comme en éducation par exemple, tout le monde est syndiqué à l'exception des cadres, et encore là, pour certains... Il y a donc matière à réflexion. Et à action.

Le présent gouvernement s'est ainsi fait le propagandiste de trois lettres qui signifient une volonté d'inscrire le Québec dans un paysage économique teinté de néolibéralisme. Les PPP sont ainsi parmi nous et le monde syndical s'insurge contre cette philosophie qui voudrait que le partenariat public-privé soit la panacée à tous les maux: au manque de médecins comme au manque de ressources, à l'augmentation des services comme à une meilleure qualité de soins. Bref, comme si les travailleuses et les travailleurs étaient, avaient été, et seraient la cause première de tout dysfonctionnement.

Ensemble un 3 mai

Il y aura cette année encore un 1er mai, le seul qui soit souligné en Amérique du Nord. Et un samedi, le 3 prochain, le monde du travail est convoqué à un grand rassemblement au parc Lafontaine de Montréal. Et la manifestation a un thème: «Ensemble pour la santé» se veut ainsi un mot d'ordre que les centrales syndicales déposent pour signifier qu'elles ne céderont pas, malgré une propagande qui tente d'imposer l'idée que les soins en santé seront vraiment universels à la condition — et à la seule condition — qu'ils soient disponibles à la demande, avec factures à la clé.

Pourtant, qui n'est pas patron, ou financier, en doute. Comme le dit Lina Bonamie, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, «je suis allée faire un stage d'observation dans les hôpitaux de Londres pour me rendre compte que la cote des PPP a beaucoup baissé. On s'aperçoit aujourd'hui en Angleterre des problèmes que cela a engendrés.»

Malgré cela, s'appuyant sur l'arrêt Chaoulli, revenant sur quelques recommandations du rapport Castonguay, la privatisation en santé est toujours de mise. Et on comprend qu'une percée dans ce secteur, là où travailleurs et travailleuses ont les moyens de se défendre, serait un gain réel pour qui croit que le capitalisme le plus dur est la seule voie d'avenir et que le gain de capital est la seule mesure valable d'évaluation d'une société.

Et si un jour le monde de la santé avait un autre visage... Et si les écoles devenaient vraiment privées... Et si la seule valeur des actions décrétait qui a droit ou non à un poste... Et si...

Alors, on se dit que pour les travailleurs et travailleuses, plus que jamais la solidarité s'impose, d'autant plus que, à l'exception de l'Amérique latine, partout les gouvernements sont le plus souvent définis comme étant de «droite».