Une communauté sur cinq serait menacée par la mondialisation

La mondialisation menace de faire baisser la population d'une collectivité sur cinq, durant les prochaines années au Canada, et d'aggraver la situation de l'emploi dans au moins une communauté sur 20, selon Statistique Canada. Au Québec, les endroits les plus frappés risquent d'être, encore une fois, les régions-ressources de la Gaspésie, de la Côte-Nord ou du Lac-Saint-Jean.

Environ un tiers des collectivités canadiennes ont connu une décroissance de leur population au cours des deux dernières décennies alors qu'un autre tiers ont observé, au contraire, une hausse, commence par rappeler Statistique Canada dans une étude de 64 pages dévoilée hier. «L'un des facteurs de changement les plus importants des collectivités canadiennes a été le processus d'intégration économique mondiale [qui] a certes ouvert de nouveaux débouchés à divers secteurs économiques, mais [qui] a par la même occasion accru l'exposition économique à la concurrence mondiale de secteurs plus traditionnels», peut-on y lire.

Intitulée Un indice de la vulnérabilité des collectivités: cadre conceptuel et application aux variations de la population et de l'emploi, l'étude de Statistique Canada vise à recenser, dans ce contexte économique, les facteurs de risque et les atouts qui ont infléchi le destin des villes et villages du Canada depuis 1981. «Il est certes irréaliste d'espérer renverser les tendances à la décroissance de toutes les collectivités rurales, y explique-t-on, mais des politiques particulières peuvent contribuer à stabiliser les niveaux de la population rurale et réduire le niveau de vulnérabilité à la décroissance démographique.»

Parmi les plus importants facteurs de risque, on note la dépendance économique envers le secteur primaire, comme l'agriculture, la foresterie et l'exploitation minière, mais aussi envers des entreprises manufacturières traditionnelles, comme le vêtement. Le degré de menace va aussi en croissant plus on s'approche d'une économie mono-industrielle. La situation est pire également lorsque l'on fait déjà face à un problème d'exode de la main-d'oeuvre.

À l'inverse, la présence d'entreprises du secteur de la transformation et des services, une base économique diversifiée et une population en croissance constituent des atouts. La proximité d'un centre urbain et une main-d'oeuvre disposant d'un bon niveau de scolarité sont aussi des avantages.

L'ensemble de ces variables explique relativement bien ce qui s'est passé au cours des vingt dernières années au Canada. Appliquées au portrait du Canada dressé lors du recensement de 2001, elles permettent d'établir que 17,4 % des collectivités canadiennes risquent clairement de voir leur population fléchir dans les prochaines années et que 4,5 % sont menacées de voir leur taux de chômage augmenter. Les régions menacées se retrouveraient notamment en Saskatchewan, dans le nord de l'Ontario, ainsi que dans les provinces atlantiques.

La situation au Québec

Au Québec, les collectivités à risque seraient notamment toutes celles à l'est de Montmagny et de Saint-Georges-de-Beauce, sur la rive Sud du Saint-Laurent, et toutes celles à l'est de Forestville de l'autre côté du fleuve. Les régions du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l'Abitibi ne seraient pas épargnées, à l'exception des plus grandes villes, telles que Saguenay, La Baie et Val-d'Or. Plusieurs communautés feraient également face à 30 % à 50 % de risques de décroissance démographique en Estrie, entre Trois-Rivières et Québec et au nord de Gatineau.

«Dans l'ensemble, le nombre de collectivités qui devraient subir une décroissance démographique et une baisse de l'emploi à l'avenir est relativement limité», observent les quatre auteurs de l'étude de Statistique Canada. Les proportions évoquées courent cependant plus de risques de sous-estimer les dommages qui seront réellement subis que l'inverse, ont-ils ajouté. La dégradation sur le front de l'emploi pourrait notamment être beaucoup plus importante que prévu du fait du vieillissement de la population

Nuances et bémols

Les auteurs de l'étude apportent tout de suite des nuances à ce portrait. «Dans chacune de ces régions vulnérables, il existe des collectivités qui ne sont pas confrontées à une forte probabilité de décroissance», précisent-ils. Comme plusieurs des régions concernées ont déjà été durement affectées, il est possible aussi qu'elles ne puissent pas descendre encore beaucoup plus bas.

Et puis, le contexte économique a évolué par rapport à ce qu'il était de 1981 à 2001, notamment à cause de la mondialisation. La croissance fulgurante des économies émergentes, comme la Chine et l'Inde, a par exemple contribué à une flambée des prix du pétrole, des aliments et des autres matières premières susceptible de combler d'aise, justement, les régions-ressources (voir «Le Canada évitera la récession» en page B 5). «Il est vrai que la situation a changé depuis 2001», admettait hier en entrevue téléphonique Marco Morin, porte-parole de Statistique Canada.