Dernier round de la campagne au leadership de la CSN

Introduction

Insinuations. Attaques. Certitude de mettre son adversaire K.-O. La campagne au leadership de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) a pris les allures d'un match de boxe cette semaine alors que la cloche du dernier round vient de sonner. Et les deux candidats ont les gants bien levés puisque le vaincu perdra et la couronne et son poste au comité exécutif.


Les 270 000 membres de la CSN décideront jeudi qui de Claudette Carbonneau ou Marc Laviolette dirigera leurs destinées. En fait, ce sont les 1400 délégués des quelque 2600 syndicats de la centrale qui voteront pour un nouveau chef. Le vote s'annonce serré même si l'un et l'autre prétend avoir une tête d'avance sur l'autre.


Claudette Carbonneau se targue d'avoir l'appui de cinq des neufs fédérations de la CSN. En tout, ces unités représentent une soixantaine de votes bruts mais on dit qu'elles peuvent influencer le choix des syndicats locaux. «Ça commence à faire beaucoup d'appuis. Et ce sont des gens qui connaissent bien la vie quotidienne de la CSN. Ils peuvent témoigner de mon style et de mon approche de travail», souligne Mme Carbonneau.


Du vent!, s'exclame Marc Laviolette. «Il n'y a pas de Ba, be, bi, bo, bu. Le syndicat d'origine de Mme Carbonneau est celui de l'hôpital Notre-Dame et il ne l'appuie pas. Le Conseil central de Montréal — où elle a été secrétaire générale pendant dix ans — ne l'appuie pas. Quand tu te présentes dans un congrès et que ton propre syndicat n'est pas derrière toi, tu as un gros problème. [...] Il y a des indicateurs qui ne mentent pas.»


Si M. Laviolette rabroue sa collègue du comité exécutif, c'est qu'il estime d'abord et avant tout qu'elle aurait dû faire campagne en 1999 quand le poste était vacant. De fait, c'est la première fois depuis 1947 à la CSN qu'un président sortant s'oppose à un membre de son propre exécutif. «À l'époque, Gérard Picard s'était levé pour lutter contre les grandes compagnies et le duplessisme, relate M. Laviolette. Il y avait de grandes luttes à mener à l'interne et ce n'est pas le cas aujourd'hui.»


«Dieu merci, la CSN n'est pas une monarchie!, réplique Claudette Carbonneau. Le président a beaucoup de pouvoir mais pas celui de redéfinir les règles démocratiques. On n'a pas à s'offusquer de ma présence. Au contraire, je crois que c'est un signe de la vitalité de l'organisation. Cela m'apparaît normal qu'il y ait une course au leadership, qu'il y ait un débat d'idées.»


«Notre exécutif a appuyé de façon spontanée Mme Carbonneau», insiste Ginette Guérin, présidente de la Fédération des employés et employées des services publics (40 000 membres). «Ce ne sera pas un vote en bloc, mais les membres savent que l'on côtoie les candidats et qu'on connaît leurs priorités. Claudette est une grande travailleuse qui sait faire avancer ses dossiers.» Il y a certains problèmes de cohésion dans nos rangs et Claudette serait en mesure de les régler, souligne de son côté Michel Tremblay, président de la Fédération des professionnels salariés et cadres du Québec (7000 membres).


«Nos membres ont pu apprécier le travail de Mme Carbonneau lors des négociations dans le secteur public», estime Louis Roy, candidat à la présidence en 1999 et président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS). Avec ses 100 000 membres, cette fédération est la plus grosse de la CSN. «Elle est près des gens, elle sait faire consensus et comment régler des dossiers importants. Et — pour certains membres de notre fédération — le fait qu'elle pourrait être la première femme à diriger la CSN est un argument de poids.»


Les candidats ont tous deux une longue feuille de route dans le milieu syndical. Marc Laviolette, 53 ans, compte 28 ans de militantisme. M. Laviolette a débuté son action syndicale dans le secteur public en 1974. Il a ensuite été président du syndicat de l'usine de produits chimiques Expro de 1978 à 1994. Cette année-là, il a été élu vice-président de la CSN. Il a succédé à Gérald Larose (en poste depuis 16 ans) en 1999 à titre de président de la centrale.


De son côté, Claudette Carbonneau, 55 ans, compte 25 ans dans le mouvement syndical dans le secteur public. Issue de la FSSS, elle a fait ses armes à l'hôpital Notre-Dame avant de siéger au Conseil central de Montréal. Elle est membre du conseil exécutif de la CSN depuis 1991.


Pour conserver son siège, M. Laviolette cite le travail qu'il a effectué au cours de son premier mandat. Il estime que le bilan ne peut qu'être positif, car les rangs de la CSN se sont enrichis de 31 000 nouveaux membres. Il ajoute que, sous sa gouverne, la CSN s'est investie dans les grands débats sociaux comme le débat sur l'utilisation des surplus du gouvernement, l'équité salariale, la réforme du code du travail. Et aussi dans de grands événements comme le Sommet des peuples, la Marche des femmes et le Sommet de la jeunesse.


«Remplacer Gérald Larose ne s'est pas fait en criant lapin», explique Alain Lampron, président de la Fédération de la métallurgie (22 000 membres). «Il y a eu une période d'adaptation au début, mais nous sommes satisfaits du leadership de Marc.»


Il n'y a aucun élément qui justifie qu'on remette en question son leadership, reprend Ted McClaren, président de la Fédération CSN-Construction (17 000 membres). «Aucun problème n'a été soulevé par rapport à la présidence ou aux décisions de son comité exécutif. Marc tient le fort.»


Ce n'est pas l'opinion de Jean Lortie, président de la Fédération du commerce (40 000 membres). Son comité exécutif n'a pas pris position en un bloc, mais il admet appuyer la candidature de Claudette Carbonneau. «Je suis assez sévère envers M. Laviolette. L'argument qu'il servait en 1999 était qu'il pouvait prendre le relais facilement parce qu'il avait été vice-président de la CSN pendant cinq ans. Trois ans plus tard, on nous parle d'une période de transition nécessaire après le départ de M. Larose. Je trouve ça un peu curieux. La présidence de la CSN, ce n'est pas un stage.»


S'il admet que plusieurs fédérations se rangent derrière son adversaire, Marc Laviolette en minimise la portée. S'il est élu, M. Laviolette a l'objectif de gonfler les rangs de la CSN de 30 000 membres en trois ans. Pour ce faire, il compte séduire le secteur privé où, argumente-t-il, à peine 27 % des travailleurs sont syndiqués. «Dans le secteur public, 80 % des travailleurs sont déjà syndiqués. Le potentiel est dans le privé. Et ça prend un président issu du secteur privé pour le faire.»


Mme Carbonneau table plutôt sur son rôle de rassembleuse. La candidate veut également que la présidence ait une présence plus soutenue dans l'espace public. Vieillissement de la population, révisions des programmes de retraite, montée de la monoparentalité, travail précaire ou effets de la mondialisation sur la vie de tous les jours, la candidate veut s'attaquer aux problèmes de la modernité. «La société est en profond changement et nos membres attendent des solutions aux problèmes d'aujourd'hui, indique Mme Carbonneau. Il faut accepter de patrouiller des terrains neufs.»