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Affaires - L'ascension d'une pionnière

Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins.
Photo: Jacques Nadeau Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins.

À peine deux jours après son entrée officielle en fonction, comme présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Monique Leroux occupe ses bureaux du 40e étage de la tour Sud du Complexe Desjardins, comme si elle y était depuis des mois. L'annonce de son élection a fait pour ainsi dire le tour du monde. Et des femmes de partout au Canada, aux États-Unis et en Europe, avec lesquelles elle a établi des contacts au fil des années, lui font parvenir des messages de félicitations. Son élection représente à n'en point douter un événement important pour les femmes.

Plusieurs se sont étonnés que le mouvement des caisses populaires, qui avait naguère une réputation d'être la chasse gardée de notables masculins d'un certain âge, se soit donné pour la première fois en plus de 100 ans une présidente. Mme Leroux est persuadée que les membres du collège électoral ont voté non pas pour un homme ou une femme, mais qu'ils ont fait le choix d'une personne dans le cadre d'un processus électoral très exigeant pour tous les candidats et qu'ils ont pris leurs responsabilités avec le plus grand sérieux, en posant toutes sortes de questions, même personnelles. Elle a pris contact avec tous les délégués qui le voulaient à une, deux ou trois reprises, parfois pendant 15 minutes, parfois pendant une heure. Les délégués, lisaient, analysaient les communications avec minutie, raconte-t-elle.

En fait, Mme Leroux en arrive à penser que cette formule d'élection lui a été favorable. Elle se demande même si elle aurait été choisie, si elle avait été nommée, comme cela se pratique habituellement dans le monde des grandes entreprises où règne encore la méthode du «boy's club». «Je ne sais pas, je me pose la question», ajoute-t-elle, peut-être pour ménager certaines susceptibilités de bien des personnes qu'elle aura à rencontrer dans les mois et les années à venir.

«Je suis convaincue que mon élection aura un effet d'entraînement dans le monde des grandes organisations au Québec et au Canada», affirmait-elle hier dans une entrevue au Devoir. Elle pense aussi qu'il y aura un effet d'entraînement au sein de la grande famille Desjardins qui compte 40 000 employés. «Je vais regarder plus la qualité de la candidate, même si elle est moins connue. J'aime former des équipes différentes, multidisciplinaires qui comprennent des hommes et des femmes. Je vais m'assurer qu'on ait une belle diversité. Cela va avoir un effet d'entraînement chez Desjardins, aussi, je crois». Depuis son arrivée chez Desjardins en 2001, Mme Leroux constate qu'un plus grand nombre de femmes occupent des fonctions importantes. Elles comptent présentement pour plus de 19 % des cadres supérieurs et pour 56,2 % des gestionnaires.

Mme Leroux est fort consciente que, par la force des choses, elle devient un symbole pour les femmes, ce qui ne l'effraie aucunement. «J'ai connu le même phénomène quand je suis devenue présidente de l'Ordre des comptables agréés», rappelle-t-elle. Elle y fut la première femme à devenir présidente après 115 ans d'existence de cet Ordre. Et faut-il ajouter que les comptables ont rarement été mêlés à des bouleversements de l'ordre social établi. «Ça s'est très bien passé, et j'y ai été très bien appuyée», précise-t-elle.

Elle a en somme beaucoup d'expérience, mais la nouveauté pour elle maintenant est d'occuper une fonction qu'elle a obtenue en se faisant élire. C'est nouveau dans sa vie. «Ça donne une légitimité, mais aussi toute une responsabilité. C'est exigeant et ça demande une bonne dose d'humilité. Des gens ont placé leur confiance en vous. Vous pouvez être élue, mais vous pouvez aussi ne pas être élue.» Au fait, elle a été élue pour un mandat de quatre ans et, selon les règlements de Desjardins, elle sera éligible à un second mandat, mais pas plus.

Samedi dernier à Québec, quelques heures avant son entrée en fonction comme présidente, Mme Leroux annonçait déjà tout un programme d'action, qui va certainement faire des vagues au cours des années à venir. Elle veut notamment rapprocher les caisses locales du pouvoir central à la Fédération des caisses Desjardins. Et cela, pour diverses raisons. D'abord, les caisses génèrent 75 % des excédents, elles fournissent le capital de développement et elles sont les forces vives du mouvement fondé par Alphonse Desjardins.

Elle veut aussi une relation plus étroite de la fédération avec les caisses pour éviter d'avoir une organisation qui fonctionne à deux vitesses. Historiquement, il y a souvent eu un certain décalage entre ce que les dirigeants voulaient faire et ce que les caisses locales étaient prêtes à vouloir permettre. «Si l'on n'y arrive pas, il va se créer un fossé qui ne permettra pas à la fédération et à ses filiales de réaliser leurs ambitions», soutient Mme Leroux, qui déjà pense à un avenir relativement lointain.

Samedi dernier, elle annonçait la tenue d'un congrès d'orientation l'an prochain. Et pourquoi donc? Justement pour discuter des ambitions que le Mouvement Desjardins voudra se donner «dans 4, 8, 12 ou 20 ans». Il ne s'agira pas alors de fixer un plan opérationnel, mais plutôt de dégager de grandes orientations.

«Je mets la barre assez haut. Pour aller plus loin, ce sera exigeant, entraîner des consensus et des investissements», dit-elle. La crise actuelle des marchés financiers va, selon elle, amener une consolidation du secteur financier dans le monde. Les institutions coopératives canadiennes vont vouloir se rapprocher et celles du monde également. «J'ai l'impression que le monde coopératif mondial va se rapprocher. Il est important pour Desjardins qu'on décide comment on va se positionner par rapport à d'autres sociétés financières coopératives, par partenariats ou alliances.»

Pour l'instant, Mme Leroux et le Mouvement Desjardins ont pour objectif de consolider la situation au Québec et de consacrer tous leurs efforts pour une percée en Ontario. Desjardins y a déjà près de 4000 employés. Certaines de ses filiales d'assurances, ainsi que la Caisse centrale et Valeurs mobilières Desjardins y sont présentes, à côté du réseau des caisses locales ontariennes et de Desjardins Credit Union. Chacune de ses entités a son propre plan de développement. «Il s'agit de mettre tout cela autour d'une table commune pour se donner un plan de match intégré». Mme Leroux se donne deux à trois ans pour y arriver.
7 commentaires
  • Yann Takvorian - Inscrit 1 avril 2008 04 h 29

    Sexisme.qc.ca

    Amusant de voir que quand une femme est élue à un poste de haut niveau, on lui accorde immédiatement les mérites réservés aux minorités (alors qu'elles représentent 50% de la population et 60% des diplômés), impliquant donc que les hommes l'ont eu facile, par cooptation sexiste.

    Moi, si j'étais une femme, je refuserai de voir mon genre impliqué en atout ou handicap pour un mérite intellectuel.

    Mais la mode aujourd'hui est d'en faire des héroines ou des victimes. Aucun juste milieu.

    Et comme la majorité des hommes et des femmes ne sont pas dupes de ces petites manipulations sexistes, Hilary Clinton ne passera pas comme Ségolène Royale n'est pas passée.

    Si on réclame l'égalité de traitement, que l'on ne la joue pas "sisi" comme on joue son joker qu'on refuse aux autres mains, bien entendu.

  • Lapirog - Abonné 1 avril 2008 06 h 46

    Bravo Mme Leroux.Mouvement ou groupe Desjardins?

    L'Élection de Mme Leroux est surement un gage de questionnement important chez le groupe Desjardins.Au fait pourquoi qualifier encore ce groupe financier de mouvement?
    Est il toujours adéquat d'utiliser ce terme?

  • Michel Beaumont - Inscrit 1 avril 2008 07 h 13

    Sussès, oui et non

    Bien que la tendance soit soit aux femmes, cela a bien servi Mme Leroux, j'ai peur qu'elle vienne faire un gâchis épouvantable en montréalisant le Mouvement Desjardins.

    Cela précipiterait la perte de Mme Leroux.

    Oui, elle est d'Outremeont, cela ne change rien à son talent. Par contre, l'origine et la direction demeurent à Lévis.

    Je doute fort que Mme Leroux y retourne souvent.

    Dommage, vraiment dommage.

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 1 avril 2008 09 h 04

    Que la meilleure gagne

    Madame Leroux en est donc à se deuxième première : d'abord première nommée pour diriger l'Ordre des comptables agréés ; aujourd'hui élue dans un processus très sérieux comme première femme à la tête du mouvement Desjardins. Je m'en réjouis pour elle, pour le mouvement Desjardins et pour toutes les femmes de la planète. La voilà devenue phare pour tous. Nul doute qu'elle saura relever le défi.

  • Jean Lahoud - Inscrit 1 avril 2008 10 h 16

    Mme.Leroux devrait être élu pur ses compénce et non son gendre sinon c'est du Sexisme

    Mme. Leroux devrait être élu pour ses compétences et non son gendre sinon c'est du Sexisme...Oui du SEXISME moderne C'est un maudit problème actuellement dans la plupart des pays occidentaux: on dirait que pour réparer les problème du passé, les hommes d'aujourd'hui (surtout les jeunes) doivent payer. je pense que c'est un situation Hypocrite car pour combattre une injustice du passé on en crée une autre. Personnellement, Je le vois a mon travail ...on donne des postes clé et promotion, aveuglément, a des femmes seulement...maudit Féminisme qui devient plutôt du Fascisme.
    Nous les hommes de la génération X (ou Y) avons pas a payer pour les erreurs des baby boomers ou avant....