Heathrow: le chaos du nouveau terminal 5 plonge British Airways dans l'embarras

L’ouverture du terminal 5, à Heathrow, a donné lieu depuis jeudi à une série de «pépins», selon le mot de BA, qui, ajoutés les uns aux autres, ont abouti à l’annulation de 34 moyen-courriers au départ du T5 jeudi et encore 36 aujourd’hui,
Photo: Agence Reuters L’ouverture du terminal 5, à Heathrow, a donné lieu depuis jeudi à une série de «pépins», selon le mot de BA, qui, ajoutés les uns aux autres, ont abouti à l’annulation de 34 moyen-courriers au départ du T5 jeudi et encore 36 aujourd’hui,

Londres — Le chaos au terminal 5 d'Heathrow, qui a commencé dès son ouverture jeudi, va se poursuivre ce week-end, véritable humiliation pour la compagnie britannique British Airways (BA).

Les dysfonctionnements du nouveau terminal interviennent au moment même où la concurrence, profitant de l'accord de ciel ouvert transatlantique, vient mordre les mollets de BA dans le très convoité aéroport londonien.

L'ouverture du terminal 5, dont la date était prévue depuis deux ans et qui a été inauguré en grande pompe par la reine Elizabeth le 14 mars, a donné lieu depuis jeudi à une série de «pépins», selon le mot de BA, qui, ajoutés les uns aux autres, ont abouti à l'annulation de 34 moyen-courriers au départ du T5 jeudi et encore 36 aujourd'hui, sans compter les vols de retour coincés par ces problèmes. Pour aujourd'hui, le directeur général de BA Willie Walsh a usé de la litote: «Je m'attends à encore quelques perturbations».

Mais il a assuré que «les choses vont s'améliorer de jour en jour au fur et à mesure que nous nous habituerons au bâtiment et aux bizarreries des systèmes», une déclaration étonnante alors qu'à titre de comparaison, le transfert en une nuit des opérations du train Eurostar de la gare de Waterloo à celle de St Pancras, en novembre dernier, s'était déroulé sans heurt.

À Heathrow, diverses pannes ont abouti à des annulations de vols et à la formation de files d'attente de voyageurs dépités. En transit des Canaries depuis 3h du matin, censé repartir à 7h15 par un vol pour Oslo annulé sans préavis, Thor Joergernsen déambulait ainsi avec sa famille dans le bâtiment ultra-moderne, se disant «choqué» par la situation. «Chaotique», témoignait Tony Pascoe, de la région d'Oxford, aux côtés de sa mère dont le baptême de l'air pour Vienne a été annulé.

Une mauvaise gestion des files d'attente a de surcroît abouti à des querelles virulentes, avant qu'une panne d'ordinateur ne mette tout le monde d'accord.

Réputé pour sa fermeté et son orgueil, M. Walsh a dû personnellement s'excuser hier. Reconnaissant que BA avait «connu des jours meilleurs», il a déclaré «prendre la responsabilité de ce qui s'est passé». M. Walsh n'a cependant aucune intention de démissionner: «Je ne vais nulle part, je m'occupe de faire marcher» le terminal, a-t-il déclaré.

La compagnie, déjà classée en 2006 la pire d'Europe pour les bagages perdus, a été très critiquée. Le leader de l'opposition conservatrice David Cameron a jugé les évènements «humiliants», et surtout, considéré qu'ils «ne plaidaient pas en faveur» de l'expansion prévue de l'aéroport, avec une troisième piste et un sixième terminal.

David Frost, directeur général des Chambres de commerce britanniques, a évoqué «un désastre en termes de communication» au moment où «Londres et le Royaume-Uni veulent jouer sur la scène mondiale».

La concurrente à bas coûts Ryanair en a profité pour demander une nouvelle fois la fin du «monopole» de BAA, l'opérateur d'Heathrow, propriété de l'Espagnol Ferrovial, qui gère aussi six autres aéroports britanniques. Virgin Atlantic s'est félicitée que les mésaventures de sa rivale lui ait apporté des clients supplémentaires.

L'ouverture du terminal, qui devait marquer le sacre de BA à Heathrow en lui accordant un terminal flambant neuf de 5,6 milliards d'euros, tombe surtout mal au moment où entre en vigueur dimanche l'accord de ciel ouvert transatlantique entre l'Europe et les États-Unis.

Alors que jusqu'alors seules BA et trois autres compagnies étaient autorisées à faire voler des avions entre Heathrow et les États-Unis, cela sera désormais possible pour toutes les autres, à condition de trouver des créneaux de vols, BA en détenant 41 % à Heathrow.

Air France, ainsi que les Américaines US Airways, Continental, Delta et Northwest, se lanceront sur cette liaison dès la semaine prochaine.