À l'heure de la mondialisation - Oxfam International choisit le commerce équitable

Refusant de se ranger dans le camp des promondialisation ou dans celui des antimondialisation et de participer ainsi à ce qui lui semble être un faux débat et une diversion regrettable dans le contexte où des changements révolutionnaires transforment présentement le système du commerce mondial, Oxfam International et ses 12 organisations participantes, qui travaillent dans 120 pays, ont lancé une vaste campagne «pour un commerce plus équitable».

Dans un rapport magistral présenté en avril dernier à Hong-Kong, Oxfam critique sévèrement les pays riches et les grands organismes internationaux comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), qui de diverses manières maintiennent des pratiques protectionnistes et néfastes pour les pays en développement, bien que leur discours officiel en soit un d'ouverture et de libéralisation du commerce. Le déséquilibre est tel qu'Oxfam a choisi de donner à son rapport le titre suivant: «Deux poids deux mesures: commerce, globalisation et lutte contre la pauvreté».


On trouve dans ce document des statistiques très révélatrices et même spectaculaires. Par exemple, le coût global des barrières douanières pour les pays en développement s'élève à 100 milliards $US par année, ce qui est exactement le double de l'aide que les pays riches se vantent régulièrement de donner aux pays pauvres. Le ton du document est donné dès le premier paragraphe:


«Le commerce international recèle un véritable paradoxe. Dans le monde globalisé du début du 21ième siècle, il représente l'une des forces les plus puissantes qui régissent nos vies. Il est également une source sans précédent de croissance des richesses. Cependant, des millions de personnes parmi les plus pauvres du monde sont laissés pour compte. La prospérité croissante des nations industrialisées est allée de pair avec une pauvreté massive et l'accroissement des inégalités entre pays riches et pays pauvres. Le commerce mondial peut devenir un puissant moteur de la diminution de la pauvreté et de la croissance économique, mais ce potentiel n'est pas mis à profit. Le problème n'est pas engendré par une opposition fondamentale aux besoins et aux intérêts des pays pauvres, mais les règles qui régissent les échanges sont faussées en faveur des pays riches.»


Des chiffres? Le prix du café a chuté de 70 % depuis 1997, ce qui équivaut à une perte de revenus de huit milliards de dollars américains pour les petits producteurs du Sud. Comme 87 % du commerce international se fait entre une trentaine de pays riches, il en reste une mince part de 13 % pour tous les autres. En fait, pour chaque dollar généré par les exportations internationales, les pays en développement n'en récoltent que trois cents. Si les pays en développement augmentaient leur part d'exportations mondiales de 5 %, cela se traduirait par des revenus accrus de 350 milliards, soit sept fois plus que l'ensemble de l'aide qu'ils reçoivent.


En somme, Oxfam considère que le système commercial actuel est indéfendable et qu'il ne peut plus se maintenir, puisque «de grandes parties du monde en développement deviennent des enclaves de désespoir». En revanche, Oxfam se dit convaincu que le changement est possible. Il énonce à cet égard plusieurs propositions: améliorer l'accès aux marchés pour les pays pauvres et mettre fin au cycle de surproduction agricole subventionnée et au dumping à l'exportation par les pays riches. Le FMI et la Banque mondiale doivent cesser d'imposer aux pays pauvres des conditions de prêts impliquant la libéralisation de leur économie peu importe l'impact sur les populations les plus démunies.


Oxfam demande la création d'une nouvelle institution internationale des matières premières pour promouvoir la diversification et faire cesser la surproduction afin de faire augmenter les prix et assurer un niveau de vie décent aux producteurs. Il suggère aussi de démocratiser l'Organisation mondiale du commerce pour faire une place aux pays pauvres.


Pour bien étayer sa position, Oxfam a conçu un indice dit des deux poids deux mesures qui prend en considération 10 paramètres, dont les droits de douanes, les restrictions aux importations, etc. Aucun pays industrialisé n'obtient un résultat positif, mais les pires sont l'Union européenne, suivie de très près par les États-Unis. C'est en agriculture qu'on retrouve le déséquilibre le plus criant. Le total des subventions à ces cultures s'élève à un milliard par jour et ce sont les producteurs les plus riches qui en bénéficient le plus. Il y a surproduction, ce qui cause des dommages à l'environnement et les surplus sont vendus à perte sur les marchés mondiaux. Selon Oxfam, les États-Unis et l'Union européenne exportent à des prix inférieurs au tiers des coûts de production.


Il faudrait en venir, fait valoir Oxfam, à ce qu'aucun droit de douane appliqué aux exportations des pays en développement ne dépasse 5 %. Il faudrait bien sûr une interdiction totale des subventions à l'exportation et une restructuration des subventions agricoles afin d'atteindre des objectifs sociaux et environnementaux plutôt qu'une augmentation de la production.


Oxfam entend mener cette vaste campagne au cours des mois et des années à venir auprès de tous les gouvernements du G8, des instances internationales comme la FAO, la Banque mondiale, l'OMC et évidemment l'ONU, dont le secrétaire général, Kofi Annan, a déjà dit que le rapport d'Oxfam pour un commerce équitable reprend plusieurs objectifs poursuivis par la communauté internationale.