Steve Case s'explique - Au nom des intérêts d'AOL

Steve Case a informé ce week-end le conseil d’administration et le directeur général Richard Parsons de son intention de démissionner à compter de mai.
Photo: Agence Reuters Steve Case a informé ce week-end le conseil d’administration et le directeur général Richard Parsons de son intention de démissionner à compter de mai.

New York — Dans une interview accordée dimanche à Reuters, le président d'AOL Time Warner Steve Case déclare avoir décidé de démissionner pour permettre au groupe de mieux se concentrer sur son redressement.

«J'ai estimé que bien que les choses se soient apaisées, il y avait une possibilité de redémarrage à mesure que nous approcherons de l'assemblée générale des actionnaires de mai», a-t-il dit. «Si c'était le cas, ce serait un facteur d'incertitude et cette société ne peut se permettre de se disperser. Nous avons beaucoup de défis à relever. C'est sur eux que nous devons nous concentrer, pas sur quelque débat que ce soit relatif à Steve Case.»

Il a reconnu que la situation n'avait pas évolué comme prévu après le rachat de Time Warner par AOL, mariage d'Internet et des médias traditionnels dont il s'était fait le champion et qui avait coûté 106,2 milliards $US.

Pas de pression

Steve Case a par ailleurs minimisé les pressions qui auraient été exercées sur lui pour le pousser à la démission. «En réalité, malgré tout ces tourbillons, il ne s'est trouvé au cours de l'année écoulée qu'un seul investisseur pour venir m'inciter à démissionner. S'il est vrai qu'il n'y a pas de fumée sans feu, il y a peut-être eu en l'occurrence moins de feu qu'on ne l'a ressenti. Pour moi, il a toujours été clair, y compris maintenant, que l'énorme majorité du conseil d'administration me soutenait.»

Steve Case a informé ce week-end le conseil d'administration et le directeur général Richard Parsons de son intention de démissionner à compter de mai. Il faisait depuis mois l'objet de vives critiques relatives à la fusion qu'il avait orchestrée, et qui est généralement considérée comme un échec.

Avec cette démission disparaît le «triumvirat» crédité d'avoir rapproché AOL et Time Warner, dont les deux autres membres étaient l'ancien directeur général Gerald Levin et l'ancien directeur d'exploitation Bob Pittman.

«Je préfère certes être président, la présidence me manquera et j'en suis évidemment déçu, mais je n'en continuerai pas moins d'exercer un rôle», a ajouté Steve Case. Âgé de 44 ans, il restera administrateur du groupe et conservera la coprésidence de sa commission stratégique. Il a recommandé au conseil d'administration de tirer parti des quatre mois à venir pour décider du choix de son éventuel successeur.

«Peut-être la leçon à en tirer est-elle que même si on pense avoir raison, dans un tel contexte et face à de tels faits, la situation exige que l'on adopte une vision plus pragmatique et peut-être plus désintéressée. Mon point de vue est que l'enjeu est de faire passer les intérêts de la société en premier.»

America Online, naguère considérée comme le principal élément du premier groupe mondial des médias, en est devenu le maillon faible. La chute des dépenses publicitaires et de la croissance des abonnements a annihilé la vigueur des autres secteurs de l'entreprise, notamment le cinéma et les réseaux câblés.

Steve Case a ajouté avoir préféré annoncer sa démission maintenant plutôt qu'au milieu de l'année dernière, car l'entreprise venait alors de se doter d'une nouvelle équipe de direction et car sa branche online avait toujours besoin d'une stratégie claire. En décembre, Steve Case avait déclaré à la presse qu'il souhaitait encore exercer ses fonctions quelque temps. Mais pendant la période des fêtes de fin d'année, il a décidé qu'il valait mieux se retirer. «La période actuelle me convenait, car les tâches principales que je m'étais fixées et que j'avais fixées au conseil étaient en grande partie achevées.»

Les enquêtes fédérales ouvertes sur les pratiques comptables d'AOL n'ont en rien influé sur sa décision, a-t-il ajouté.

Il a reconnu que la situation n'avait pas exactement évolué comme il l'avait imaginé lorsque la toute jeune AOL avait acquis la vénérable Time Warner. Mais à son avis, peut-être l'Histoire permettra peut-être de voir d'un autre oeil une fusion qui suscite actuellement la colère de nombreux actionnaires et employés. Les principes stratégiques qui ont guidé l'opération sont toujours intacts et il demeure convaincu que la technologie transformera les médias, les divertissements et les communications.

Steve Case reste le deuxième actionnaire individuel d'AOL Time Warner après le magnat des médias Ted Turner, qui en est aussi vice-président. Il détient 10,3 millions d'actions, soit un capital de 153,3 millions $US au cours de clôture d'hier, ainsi que de nombreuses options. D'après la presse, il aurait vendu pour plus de 100 millions $US de titres depuis la fusion.