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Une femme est élue à la direction du Mouvement Desjardins

Monique Leroux a été choisie samedi par un collège électoral de 256 délégués des conseils régionaux de caisses locales pour succéder à Alban D’Amours à la tête du Mouvement Desjardins.
Photo: Monique Leroux a été choisie samedi par un collège électoral de 256 délégués des conseils régionaux de caisses locales pour succéder à Alban D’Amours à la tête du Mouvement Desjardins.

Ce qui était à peu près impensable il n'y a pas longtemps est devenu une réalité. Une femme, Monique Leroux, est élue présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, dont l'actif approche les 150 milliards, qui compte 40 000 employés, 6500 dirigeants élus et 5,8 millions de membres. Le 29 mars prochain, elle succédera à Alban D'Amours à la tête de cette importante institution financière.

Mme Leroux, qui est âgée de 53 ans, a été choisie samedi par un collège électoral de 256 délégués des conseils régionaux de caisses locales. Il aura fallu six tours de scrutin pour trouver un vainqueur parmi les huit candidats, soit cinq hommes et trois femmes, le dernier sur les rangs avec elle étant Bertrand Laferrière, président et chef de l'exploitation de la Fédération des caisses Desjardins du Québec (FCDQ). Pour sa part, Mme Leroux est actuellement première vice-présidente exécutive et chef de la direction financière depuis 2004, ce qui lui donne la responsabilité de l'établissement du cadre financier pour le Mouvement et l'ensemble de ses filiales. Elle a charge aussi des relations avec les agences de notation et les investisseurs institutionnels. Elle siège en tant qu'observatrice au conseil d'administration de la FCDQ. L'exercice de ces fonctions a constitué pour elle depuis 2004 un poste d'observation et de décision privilégié qui l'a fort bien préparée à occuper les plus hautes fonctions dans ce Mouvement.

Quelques instants après son élection samedi, Mme Leroux n'hésitait pas à dire qu'elle venait de vivre «l'une des plus belles expériences de sa vie», non seulement en ce jour d'élections, mais depuis le mois de janvier, alors que les huit candidats ont dû se présenter devant les 256 membres du collège électoral, selon une formule d'encadrement réglée au quart de tour et à l'écart de toute manifestation publique. «Ce débat, à l'intérieur, nous a permis d'avoir des échanges directs en toute confiance», a-t-elle mentionné au Devoir. La formule permettait des périodes de question, des réunions durant les fins de semaine avec des groupes de 40 à 45 personnes, des communications personnelles par écrit avec les délégués. «Ce furent des échanges stimulants avec des gens qui avaient des idées et des convictions», a-t-elle résumé, sans vouloir entrer dans les détails de ces échanges. «Qu'est-ce qui nous rend si forts? Deux choses. Ce sont les caisses locales, un modèle unique de petites entreprises qui ont leurs dirigeants, et les valeurs de coopération», ajoutait-elle.

Pour l'instant, sa priorité, dès cette semaine, est de porter attention aux autres candidats pour les rassembler en harmonie au sein de la grande famille Desjardins. Mme Leroux n'a pas caché que toute cette période électorale depuis janvier a été exténuante, surtout qu'elle devait en même temps poursuivre ses activités quotidiennes, particulièrement chargées en cette période de l'année où il fallait préparer les états financiers pour l'ensemble de l'année 2007.

Penser et agir comme une personne

A-t-elle ressenti dans ses contacts avec les délégués des réticences à son égard, du fait qu'elle était une femme? «J'ai toujours essayé de penser et d'agir comme une personne. Et c'est ce que les délégués ont fait aussi en votant pour moi», a-t-elle répondu. Néanmoins, force est de constater que son élection à la tête du Mouvement Desjardins sera certainement perçue comme un événement marquant dans l'évolution de la place des femmes dans la société. Il faut se rappeler que, dans les années 1960, une femme mariée devait obtenir la signature de son mari pour obtenir un prêt dans une banque ou une caisse populaire. Les femmes ont été trop timides à prendre leur place dans les caisses, disait l'ex-président Claude Béland en 2000. Chez les cadres de Desjardins, le pourcentage des femmes était passé de 11 à 30 % au cours des 13 dernières années. L'an passé, les femmes comptaient pour 33 % des effectifs dans les conseils d'administration de caisse et comités de surveillance dans les caisses, en comparaison de 28 % en 2001. Mme Leroux avait été recrutée en 2001 par M. D'Amours pour occuper les fonctions de présidente de Desjardins Sécurité financière et des filiales du Mouvement.

Par solidarité féminine sans doute, Pauline Marois, présidente du Parti québécois, a fait la déclaration suivante: «Je tiens à féliciter Monique Leroux pour avoir réussi à se faire élire, devenant ainsi la première femme à la tête du Mouvement Desjardins. Mme Leroux est une femme que j'ai eu le plaisir et le privilège de côtoyer dans diverses causes sociales. Je sais qu'elle saura s'acquitter brillamment de ce mandat avec rigueur et intelligence. Elle est une femme exceptionnelle, expérimentée et il y a de quoi être fier de la voir aujourd'hui présidente du plus grand mouvement coopératif québécois. Je serai heureuse de collaborer avec elle. Nous serons deux alliées pour faire progresser le Québec et ses régions.»

Carrière

Avant même cette élection, le nom de Mme Leroux apparaissait dans les «Top 100 - Canada's Most Powerful Women» et du «Canada's Top 25 to watch in 2008», selon deux organismes torontois, le

Women's Executive Network et le Women's Post. L'an passé, l'Association des femmes en finance du Québec faisait de Mme Leroux sa lauréate sur le plan du «leadership».

Jeune, Mme Leroux a voulu devenir pianiste avec des ambitions de carrière internationale, puis elle a bifurqué vers la comptabilité, ce qui devait la conduire chez Ernst & Young pour faire de la vérification pendant plusieurs années. Elle est même devenue présidente de l'Ordre des comptables agréés du Québec. Elle a ensuite occupé le poste de vice-président pour le Québec à la Banque royale. Elle a fait un court séjour chez Quebecor comme vice-présidente et chef de l'exploitation avant de venir chez Desjardins.