Des diplômes sans passer par l'école

Québec a commencé à mettre en place un nouveau système de reconnaissance et de développement des compétences professionnelles pour les travailleurs qui ont appris leur métier sur le tas ou à l'étranger. Instaurée dans le cadre de la loi dite du 1 %, la mesure se veut aussi une façon d'améliorer la productivité des entreprises en encourageant la formation dans les bons types de qualification.

Libraire, réparateur d'appareils électroménagers, poissonnier, opérateur de métiers à tisser, routier, préposé à la réception dans le secteur du tourisme... voilà autant de métiers pour lesquels il n'existe souvent pas de formation ni de diplôme reconnu et que les travailleurs apprennent sur le tas. Depuis quelques mois, le gouvernement québécois invite la trentaine de secteurs industriels québécois à définir des normes professionnelles qui pourraient justement faire l'objet d'une forme de certification officielle par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS).

Les normes de 34 métiers ont déjà été définies et mises en place depuis l'adoption, en juin, de la dernière réforme de la Loi sur les compétences, aussi appelée «loi du 1 %» parce qu'elle oblige les entreprises à consacrer au moins 1 % de leur masse salariale à des dépenses de formation. Les normes de plusieurs autres métiers sont en voie d'élaboration. «C'est un peu comme la norme ISO», a résumé le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, lors d'une réunion d'information à l'intention de la presse. «Cela permet à chaque secteur d'établir ses standards de qualité. Cela contribuera aussi à professionnaliser ces métiers.»

Le nouveau système ne s'applique pas aux emplois régis par les corporations professionnelles ni à ceux qui sont déjà réglementés, comme dans le secteur de la construction, a précisé le ministre. Il vise aussi bien les employés d'une entreprise que les travailleurs en quête d'emploi. Il est également susceptible de rendre un fier service aux travailleurs immigrants qui ont souvent beaucoup de mal à faire reconnaître l'expérience qu'ils ont acquise à l'étranger.

Une telle mesure était réclamée par les entreprises et les travailleurs depuis longtemps, a expliqué hier la présidente de la Commission des partenaires du marché du travail, Marjolaine Loiselle, dont l'organisme se charge du projet. Cela aidera aussi les entreprises à mieux cerner leurs besoins et mieux définir leurs programmes de formation.

«On a regardé ce qui se faisait dans des pays comme le Royaume-Uni et la France, a dit Sam Hamad. On s'en est inspiré, mais je peux dire que l'on est rendu encore plus loin.»

Moins lourd pour les entreprises

D'autres réformes ont également été introduites afin de réduire le fardeau administratif des entreprises. Depuis le début de l'année, les entreprises qui font la preuve de leur volonté et leur capacité de mettre en place des programmes de formation adéquats auront la paix pendant trois ans avant qu'on leur réclame de faire rapport à nouveau de leurs activités en la matière. Un autre règlement entré en vigueur en janvier facilite la création de «mutuelles de formation» permettant aux PME de se regrouper afin de se donner les ressources nécessaires pour élaborer et conduire des programmes de formation.

Toutes ces mesures visent, finalement, à aider les entreprises et les travailleurs à améliorer leur niveau de productivité à une époque où le vieillissement de la population et la pénurie de main-d'oeuvre se font de plus en plus sentir sur l'économie québécoise, a rappelé le ministre Sam Hamad. On prévoit que le Québec aura besoin de 700 000 emplois d'ici 2011, a-t-il dit. De ce nombre, 175 000 ne nécessiteront qu'une formation de 5e secondaire ou moins.

«On parle de toutes sortes d'emplois, a souligné le ministre. Certains qui nécessiteront des diplômes universitaires, mais d'autres qui demanderont des diplômes techniques ou, justement, une forme d'attestation comme celle que l'on présente aujourd'hui.»
1 commentaire
  • Robert Mayrand - Inscrit 5 février 2008 08 h 30

    Compétences professionnelles

    C'est un pas dans la bonne direction, mais c'est plutôt timide. Une telle approche pourrait s'appliquer à tous les métiers et toutes les professions. Pour y arriver, il faudrait deux conditions : concevoir les programmes d'études selon une approche par compétences plutôt que par cursus (liste de cours) et, laisser plus de place dans le processus aux employeurs, ceux qui embauchent et qui n'ont aucune difficulté à saisir les mérites d'une approche par compétences et à faire de la reconnaisance des acquis expérientiels. Mais à en juger par les commentaires de B.Landry, nos décideurs ne comprennent pas encore les enjeux et les problématiques de l'éducation en 2008.