Portrait - Quand les concepteurs de logiciels s'intéressent à la famille

Les concepteurs de logiciels s'intéressent généralement aux secteurs à fort potentiel de croissance pour la vente de leurs produits, comme les institutions financières, le monde du commerce et de l'industrie, les gouvernements, mais qui aurait pensé au marché des garderies, de la petite enfance et de la famille, à part quelques entrepreneurs au parcours singulier tels les fondateurs en 1988 de Micro-Accès, une pme devenue chef de file au Québec et possiblement au monde dans ce domaine.

«Je suis contente qu'on n'ait pas réalisé que c'était un marché important. Nous avons été presque seuls dans ce secteur et l'an passé nous avons acheté notre concurrent le plus important», s'exclame Martine Michaud, présidente de Micro-Accès, une petite entreprise au chiffre d'affaires de 2,5 millions, choisie pme de l'année lors du récent Gala des affaires électroniques.

L'entreprise inspire confiance aux investisseurs en capital de risque comme le Fonds de solidarité FTQ et Investissement Desjardins qui y ont mis 700 000 $, ce qui leur donne une participation de 36 % au capital-actions. Mme Michaud et son cofondateur Alain Déry ont le contrôle avec 56 %. Le reste appartient à quelques actionnaires minoritaires et dès le mois de février les employés pourront commencer à lever les options qu'ils détiennent en vertu d'un programme de participation à l'actionnariat.

L'instauration du programme de garderies à 5 $ fut un stimulant considérable pour cette entreprise qui détient 83 % du marché des centres de petite enfance (CPE) au Québec. Il y a présentement 1500 centres et garderies privées, lesquels sont reliés à environ 12 000 Services de garde offrant 155 000 places à des enfants âgés de cinq ans ou moins. La croissance est telle que le réseau devrait compter 25 000 Services de garde et 200 000 places en 2006.

Micro-Accès a pour sa part outillé les CPE avec le premier système de gestion intégré conçu pour les garderies. Les CPE ainsi reliés avec leur réseau de garderies par exemple peuvent maintenir le contact avec les institutions financières, gérer les factures envoyées aux parents, assurer la comptabilité, dresser des listes de présence des enfants, vérifier les subventions, maintenir le lien avec les fournisseurs, dresser les listes d'attente et communiquer avec les parents.

Récemment, Micro-Accès lançait un projet-pilote d'extranet sécurisé pour fournir aux parents des informations sur leur enfant dans son milieu de garde; la confidentialité s'applique aussi bien à l'état de compte du client qu'au comportement de l'enfant. «Les parents n'ont pas toujours le temps à 18 heures lorsqu'ils viennent chercher leurs enfants de s'informer de ce qui s'est passé dans la journée. Il devient alors intéressant d'aller vérifier sur Internet», souligne Mme Michaud.

On parle globalement d'un marché d'environ un milliard qui se transige par l'intermédiaire des CPE pour tous les services reliés aux garderies proprement dites, mais il y a en plus un certain nombre de services éducatifs. Pour les services de garde en milieu familial, Micro-Accès offre depuis peu des outils en ligne loués au mois, qui sont des instruments pour gérer la qualité des services. Pour l'instant, toute l'information administrative qui circule entre le gouvernement et ce réseau se fait sur papier. Micro-Accès a un projet pour informatiser ces relations.

Par ailleurs, avec la place considérable qu'elle occupe déjà sur le marché québécois, cette pme a des ambitions d'expansion géographique. L'Ontario est le premier marché visé et elle a déjà à ce sujet un plan de pré-commercialisation; puis d'ici à deux ans, elle s'attaquera au troisième plus important marché au Canada, celui de la Colombie-Britannique. Une équipe de vente à distance pour les clients anglophones sera mise en place. La direction jette également un coup d'oeil du côté de l'Europe où il existe déjà certains systèmes de gestion pour les garderies, mais non reliés à Internet.

«Nous sommes numéro au Québec et nous sommes en droit de prétendre que nous pourrions être numéro un mondial dans le marché famille-enfance», affirme avec assurance Mme Michaud, dont la carrière a démarré dans le milieu artistique, comme musicienne, chanteuse, metteure en scène et enseignante. Puis, elle a fondé Micro-Accès avec son collègue Alain Déry. «J'ai besoin de faire de nouvelles découvertes quand j'ai fait le tour de mon jardin», confie-t-elle.

Son jardin actuel s'étend d'ailleurs au-delà du monde des garderies depuis 1996, alors que Micro-Accès a créé le portail PetitMonde, un site Internet consacré à la famille et à l'enfance qui aborde divers sujets de préoccupation familiale comme la santé, la nutrition, la vie de couple, les loisirs, etc. Ce portail est le plus important en francophonie, explique Mme Michaud, avec 25 000 pages d'information et 150 000 visiteurs uniques par mois, dont environ 80 % sont québécois et 95 % sont des femmes dans le groupe d'âge de 25 à 50 ans, souvent des travailleuses professionnelles auprès des enfants. Ce site contient une boutique en ligne et un service de petites annonces qui génèrent des revenus satisfaisants.

Enfin, depuis 10 ans Micro-Accès est un fournisseur de solutions de gestion pour des organisations culturelles comme des musées, les Grands Ballets canadiens et même la Croix-Rouge. Elle a aussi conçu des sites Internet pour l'Union des artistes, le Conseil québécois du théâtre et le Centre francophone d'informatisation des organisations. Il y a en outre en partenariat avec Radio-Canada un site Internet pour la jeunesse.

Mme Michaud ne nie pas que des projets d'acquisition au Québec et à l'extérieur sont considérés mais qu'ils ne sont pas suffisamment mûrs pour en parler maintenant. La direction est en pleine réflexion stratégique dans un contexte où il y a des «occasions énormes».

On cherche à mettre en place des montages financiers en vue d'exploiter au maximum le potentiel qui existe pour l'entreprise.

Cette réflexion devrait être terminée en mars prochain et devrait donner lieu à un plan valable pour les trois prochaines années.