Quebecor World: la débandade continue

Les investisseurs ont continué hier à se débarrasser de leurs actions de Quebecor World alors que la compagnie attendait la réponse de ses créanciers bancaires au plan de sauvetage proposé par sa société mère.

En chute libre depuis des mois, le cours du titre de l'imprimeur a poursuivi hier sa descente aux enfers en clôturant au niveau incroyablement bas de 19 ¢, en recul de 61 % (ou 29 ¢) par rapport à la veille, qui avait aussi été une très mauvaise journée. Il y a une semaine, l'action valait encore 1,22 $. Le titre était à 13 $ cet été, à 17,25 $ en février et à une quarantaine de dollars il y a cinq ans.

Le cours des actions privilégiées de la compagnie a suivi hier la même trajectoire que celui des actions ordinaires. L'action de catégorie C a perdu 55 % de sa valeur, finissant la journée à 2,33 $. L'action de catégorie D a à peine mieux fait en cédant 37 %, avec un prix à la clôture de 1,70 $.

La valeur des actions de Quebecor World est aujourd'hui tombée si bas qu'elle ne répond plus aux règles d'inscription à la Bourse de Toronto. Cette dernière a fait savoir que la compagnie disposait de 30 jours pour corriger la situation.

Les agences de notation DBRS et Standard and Poor's ont, quant à elles, révisé à la baisse la cote de crédit de la compagnie, qui était déjà au niveau des obligations de pacotilles. DBRS a qualifié de «faibles» les chances de succès du plan de sauvetage de 400 millions proposé par la société mère et principale actionnaire de l'imprimeur, Quebecor inc., et le fonds de placement Tricap Partners.

Une réponse attendue

Tout le monde attendait hier la réponse du syndicat bancaire de Quebecor World à ce plan. Le duo Quebecor-Tricap avait laissé aux banques jusqu'à 21h hier pour accepter la proposition, en faire une autre ou pousser à la faillite le géant de l'imprimerie, ne serait-ce que pour le forcer à se restructurer en profondeur.

Les derniers développements dans l'épreuve de force qui oppose, dans les faits, Quebecor inc. et le syndicat bancaire n'ont rien fait pour rapprocher les parties. Tard mardi soir, Quebecor World a non seulement confirmé qu'il n'avait pas les 125 millions que lui avaient demandé de verser ce jour-là les banques, mais aussi qu'il entendait «préserver ses liquidités» et qu'il n'allait pas payer les frais de renonciation «considérables» exigibles dans ce cas par les banques. Il a ajouté qu'il ne verserait pas non plus les 19,5 millions d'intérêts dus depuis mardi à certains détenteurs de billets de premier rang.

Le syndicat bancaire avait laissé à Quebecor World jusqu'au 15 janvier pour lui dire comment il entend lui rembourser un total de 750 millions d'ici la fin de juin, dont 125 millions dès mardi. Au lieu de cela, l'imprimeur a annoncé lundi qu'il avait accepté le plan de sauvetage de Quebecor inc. et Tricap, qui prévoit l'achat pour 200 millions de billets de créance par chacun des deux partenaires en échange du nombre d'actions subalternes qui leur assurait 75 % du capital-action de Quebecor World. Quebecor inc. ne détient actuellement que 35,5 % des actions de la compagnie. Ce plan aurait pour effet de diviser par dix l'avoir des actionnaires. Il ramènerait les actions privilégiées au statut d'actions subalternes. Les 400 millions de titres de dette détenus par Quebecor et Tricap sous forme de billets garantis auraient aussi préséance sur les titres des autres créanciers, y compris ceux des banques, à l'exception des 350 millions qu'elles ont fait garantir par des comptes à recevoir.

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