L'effet pétrole pèse sur l'inflation et la croissance en Europe

Bruxelles — L'inflation dans la zone euro en décembre est restée à son plus haut niveau depuis six ans et demi sous la poussée des prix alimentaires et du pétrole, noircissant un peu plus les perspectives pour l'économie européenne et embarrassant la Banque centrale européenne (BCE).

Selon une première estimation publiée hier par l'office européen des statistiques Eurostat, l'inflation a atteint en décembre 3,1 % sur un an, comme en novembre. Il faut remonter à mai 2001 pour trouver un niveau similaire. Elle dépasse ainsi pour le quatrième mois consécutif la limite tolérée par la Banque centrale européenne, qui vise à moyen terme une inflation proche mais en dessous de 2 %.

La BCE invoque d'ailleurs depuis plusieurs mois des risques inflationnistes pour justifier le maintien de son taux directeur à 4 %, quand ses homologues américaine ou britannique ont baissé leurs propres taux.

Flambée du pétrole

La zone euro ne semble pas au bout de ses ennuis. Sunil Kapadia, économiste à la banque UBS, s'attend «à ce que l'inflation augmente encore à la suite de la hausse des prix du pétrole et de l'alimentation». Les cours de l'or noir, qui flambent depuis l'été, ont passé un nouveau cap cette semaine. Le prix du pétrole light sweet crude a franchi pour la première fois jeudi à New York la barre des 100 $US. Et à Londres, le Brent de mer du Nord s'en rapproche, avec un record le même jour à 98,50 $US.

«Si ces niveaux-là très élevés se maintiennent, cela aura forcément un impact sur l'économie», a prévenu la porte-parole de la Commission européenne chargée des affaires économiques, Amelia Torres.

Dans ses dernières prévisions, datant du 9 novembre, la Commission prévoit une croissance dans la zone euro de 2,2 % cette année et de 2, % l'an prochain, après 2,6 % en 2007. Mais le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, a déjà préparé le terrain en décembre à une révision à la baisse, en raison des prix élevés du pétrole et de la forte appréciation de l'euro.

Les prévisions de Bruxelles sont en effet basées sur l'hypothèse d'un baril de Brent au cours moyen de seulement 78,80 $US pour 2008 et de 76 $US en 2009, et sur un taux de change de l'euro à 1,42 $US pour les deux années. La devise européenne valait 1,47 $US hier.

En Allemagne, première économie de la zone euro, plusieurs ministres ont également reconnu cette semaine que la croissance du pays n'atteindrait pas cette année les 2 % prévus jusqu'à présent.

Et l'indice des directeurs d'achat (PMI) pour décembre dans le secteur des services de la zone euro, très suivi par les marchés financiers pour anticiper les perspectives de croissance, a aussi été revu en baisse hier. Il est tombé à son plus bas niveau depuis deux ans et demi, confirmant un «glissement vers une croissance inférieure à la tendance», selon Jacques Cailloux, économiste à la Royal Bank of Scotland.

Cette combinaison d'une inflation trop élevée et d'une croissance qui s'essouffle met la BCE dans une position très inconfortable. Relever son taux directeur pourrait ralentir l'inflation, mais porter un coup supplémentaire à la croissance. La Fed américaine a d'ailleurs fait le choix inverse de baisser ses taux pour soutenir l'économie. «La seule concession de la BCE [...] sera de ne pas relever ses taux pour s'attaquer à l'inflation», prévoit David Brown de Bear Stearns.

La majorité des économistes jugent que la banque centrale finira probablement par baisser ses taux cette année. Mais sans se presser: «Pas avant le second semestre», prédit ainsi Howard Archer de Global Insight.

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