Bond du chômage américain

Dure journée pour les marchés hier. À New York, le Dow Jones a chuté de 256,54 points, ou de 2 %, pour terminer la séance à 12 800,18 points. À Toronto, l’indice baromètre de Bay Street, le S&P/TSX, a glissé de 199,62 points, ou de 1,4 %, à 1
Photo: Agence Reuters Dure journée pour les marchés hier. À New York, le Dow Jones a chuté de 256,54 points, ou de 2 %, pour terminer la séance à 12 800,18 points. À Toronto, l’indice baromètre de Bay Street, le S&P/TSX, a glissé de 199,62 points, ou de 1,4 %, à 1

Washington — Le chômage a bondi à son plus haut niveau en deux ans aux États-Unis en décembre et les créations d'emplois sont restées anémiques, renforçant les craintes d'une récession de la première économie mondiale dans le sillage de la crise de l'immobilier.

L'économie américaine a créé 18 000 emplois seulement le mois dernier après 115 000 en novembre, a annoncé hier le département du Travail. Mais le «vrai choc» vient du bond du chômage, à 5 % de la population active contre 4,7 % le mois précédent, note Nigel Gault du cabinet Global Insight. «Ces chiffres montrent que l'économie est en net ralentissement. La croissance devrait être négative au premier trimestre 2008, et les risques de récession augmentent fortement», a-t-il affirmé.

Venant après l'annonce d'une contraction de l'activité dans l'industrie, ces chiffres sont une mauvaise nouvelle de plus pour l'économie américaine, engluée dans une crise de l'immobilier qui menace de contaminer les autres secteurs. Le détail du rapport souligne ces menaces: en décembre, le bâtiment a supprimé 49 000 emplois et l'industrie 31 000. Dans les services, le commerce de détail en a supprimé 24 000 malgré la saison des Fêtes.

«Il faudra attendre les prochains mois pour voir si les embauches restent faibles et s'inquiéter vraiment d'une récession, mais ceci est un avertissement majeur comme quoi l'économie a des problèmes», a résumé l'économiste indépendant Joel Naroff.

La course à la Maison-Blanche

La mauvaise nouvelle sur le front de l'emploi sera aussi scrutée avec soin par les politiques, alors que la course à la Maison-Blanche a connu sa première grande épreuve jeudi avec les caucus de l'Iowa, qui ont vu la victoire de Barack Obama chez les démocrates et de Mike Huckabee chez les républicains.

Il y a un an, le chômage affectait 4,4 % seulement de la population active et «il a augmenté dans presque toutes les professions», a indiqué Philip Rones du bureau des statistiques sur l'emploi. Le bâtiment a perdu plus de 200 000 emplois depuis son pic en août 2006, et l'industrie tout autant l'an dernier.

Un tel marasme augmente les chances d'une nette baisse des taux lors de la prochaine réunion de la banque centrale (Fed), le 30 janvier. Lors de sa dernière réunion, celle-ci n'avait pas exclu des baisses «importantes» en cas de forte détérioration de la conjoncture. «La Fed va sans doute abaisser son taux directeur d'un demi-point au premier trimestre, et les chiffres décevants de ce matin vont renforcer les attentes des marchés d'une action encore plus marquée», a estimé Paul Ferley de la banque RBC.

Il faut cependant tempérer ces attentes, car les signes de tensions inflationnistes se multiplient, et cela va sans doute placer la banque centrale face à un dilemme.

Du côté des prix à la consommation, les derniers chiffres disponibles font état d'une hausse de 0,8 % en novembre. Du côté des rémunérations, le salaire horaire a progressé de 0,4 % en décembre, ce qui est supérieur aux attentes des analystes. Et sur un an, la hausse atteint 3,7 %. «Avec la hausse du chômage et l'affaiblissement de l'industrie, l'économie arrive à tenir le coup. Mais le baril de pétrole à 100 $US, la forte hausse des salaires et la chute du dollar n'augurent rien de bon pour l'inflation», a affirmé M. Naroff.

«La Fed va devoir choisir entre la peste et le choléra: la récession, ou une inflation un peu plus élevée», a-t-il ajouté, en pariant sur une baisse d'un demi-point du taux directeur le 30 janvier. Cela ramènerait le Fed funds à 3,75 %, au plus bas depuis septembre 2005.

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