Le chômage américain fait trembler les marchés

La création d'emplois anémique et la forte montée du taux de chômage aux États-Unis ont ébranlé les marchés financiers hier. Les probabilités toujours plus grandes d'une récession au sud de la frontière ont également provoqué une glissade de plus de 1 ¢US du huard, les craintes étant que l'économie canadienne ne puisse être immunisée contre une telle glissade.

Dure journée pour les marchés hier. Le Dow Jones, indice symbolique de Wall Street, a chuté de 256,54 points, ou de 2 %, pour terminer la séance à 12 800,18 points. Plus représentatif, le S&P 500 a dégringolé de 35,53 points, ou de 2,5 %, à 1411,63. À Toronto, l'indice baromètre de Bay Street, le S&P/TSX, a glissé de 199,62 points, ou de 1,4 %, à 13 778,58.

Le coup d'envoi à cette chute libre est venu du marché du travail américain. L'économie des États-Unis n'a créé que 18 000 emplois en décembre, une anémie qui ne s'est pas vue depuis août 2003, contre un gain net de 115 000 en novembre (voir autre texte). De plus, le taux de chômage a bondi de trois dixièmes, à 5 %. Histoire de compliquer davantage le travail de la Réserve fédérale américaine, le taux salarial horaire a augmenté à un rythme annuel de 3,7 % le mois dernier, ce qui, combiné aux pressions venant de la flambée des cours pétroliers, ne peut qu'assombrir le paysage inflationniste.

«Le marché de l'emploi est en train de faiblir. La récession est en train de s'installer», a résumé Douglas A. McIntyre, analyste chez 247wallstreet.com. Faible consolation, le prix du pétrole a reculé à New York de 1,27 $US, à 97,91 $US le baril. Les inquiétudes à propos d'une possible récession aux États-Unis ont incité les participants à prendre leurs bénéfices après une semaine record ayant vu le prix de l'or noir franchir la barre des 100 $US le baril.

«Sans surprise, la faiblesse des chiffres de décembre repose encore une fois sur les secteurs de la fabrication et de l'habitation résidentielle», a commenté l'économiste Martin Lefebvre, du Mouvement Desjardins. À ses yeux, la Fed sera contrainte de poursuivre son assouplissement monétaire. Une baisse du taux directeur devrait être commandée le 30 janvier, d'au moins 25 points (à 4 %), peut-être de 50 points si d'autres statistiques venaient à confirmer la dégradation de la conjoncture économique.

Au Canada, le huard a reculé hier de 1,05 ¢US, à 99,87 ¢US, sous les craintes de l'effet d'une contagion appréhendée. Les scénarios prévoient déjà un léger ralentissement de la croissance économique au Canada en 2008, mais une détérioration plus prononcée aux États-Unis pourrait amplifier la décélération attendue de ce côté-ci.

Les analystes retiennent également que la Banque du Canada n'aura d'autre solution que d'emboîter le pas à la Réserve fédérale et d'abaisser son taux-cible à un jour dans un contexte de résurgence de l'inflation. Ici, les analystes s'appuient sur les dernières données de Statistique Canada faisant ressortir une augmentation notoire des prix des produits manufacturés et des matières brutes en novembre, sous l'impulsion des cours pétroliers. L'indice des prix des produits industriels (IPPI) a augmenté de 0,6 % en novembre, après avoir baissé pendant six mois consécutifs. Celui des matières brutes (IPMB) a bondi de 3,4 %.

Sur 12 mois cependant, l'IPPI est en recul de 0,6 %, mais l'IPMB est en hausse de 15,7 %, ce que ne pourra ignorer la Banque du Canada. «Il s'agit certainement de quelque chose dont la banque doit tenir compte», a indiqué hier Kenrick Jordan, analyste chez BMO Marchés des capitaux. «Si les prix du pétrole demeurent élevés pendant une période prolongée, cela exercerait bien sûr une pression à la hausse sur l'inflation de base.»

Certains analystes prédisent que le pétrole pourrait demeurer à des niveaux records pendant quelque temps et faire grimper les prix de l'essence à la pompe dans une fourchette de 1,25 $ à 1,50 $ le litre cet été, période au cours de laquelle les prix de l'essence ont l'habitude d'augmenter. Dawn Desjardins, économiste de la Banque Royale, a avancé que les prochains mois pourraient donner lieu à une lutte entre l'énergie et le dollar quant à savoir lequel déterminera les pressions inflationnistes au Canada.

Avec La Presse canadienne

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