Le pétrole dépasse les 100 $US le baril

Le tableau du Nymex affiche le prix du baril de pétrole à 100,05 $US. Le brut est monté jusqu’à 100,09 $US hier avant de redescendre pour clôturer à 99,18 $US.
Photo: Agence Reuters Le tableau du Nymex affiche le prix du baril de pétrole à 100,05 $US. Le brut est monté jusqu’à 100,09 $US hier avant de redescendre pour clôturer à 99,18 $US.

Londres — Les prix du pétrole ont dépassé pour la première fois hier les 100 $US le baril, juste effleurés la veille, un regain de spéculation amplifiant les effets du dollar faible, des tensions géopolitiques et d'une septième baisse consécutive des réserves américaines.

Apparu pour la première fois sur les écrans des courtiers mercredi, le chiffre de 100 $US a été dépassé jeudi: le baril est monté jusqu'à 100,09 $US à New York, avant de se replier à la clôture à 99,18 $US.

À Londres, le cours du Brent de la mer du Nord pour livraison en février a franchi lui aussi un nouveau sommet, à 98,50 $US. Il a fini à 97,60 $US.

«Le mouvement prononcé et continu de rétrécissement entre l'offre et la demande demeure le facteur essentiel derrière la forte escalade des prix», ont affirmé les analystes de Barclays Capital.

Baisse des stocks

Dans ce contexte instable, l'annonce d'une septième chute hebdomadaire consécutive des stocks de brut américain a renforcé l'élan des cours.

En outre, les prévisions météorologiques, annonçant des températures très froides aux États-Unis, font craindre une insuffisance de l'offre face à une demande stimulée par une forte consommation de fioul de chauffage, selon Veronica Smart, analyste du cabinet Energy Information Centre.

La veille, «un environnement géopolitique turbulent et un regain de violence dans la principale ville pétrolière du Nigeria avaient fourni aux [cours] l'impulsion nécessaire pour briser des résistances de prix», selon Barclays. Le Nigeria, premier producteur de brut en Afrique, est en proie à un regain de violences: douze personnes au moins ont par exemple été tuées pendant le Nouvel An à Port Harcourt, le centre pétrolier du pays.

De plus, la glissade du dollar participe presque mécaniquement à la hausse des prix: la faiblesse du billet vert pousse les producteurs à vendre plus cher le pétrole pour préserver leurs revenus. Et les investisseurs munis d'autres devises, voyant leur pouvoir d'achat augmenter, sont incités à acheter plus de produits vendus en dollars, comme l'or ou le pétrole. Le dollar se situe au-dessus de la barre de 1,47 $US pour un euro.

L'engouement pour les matières premières a aussi largement participé à l'envolée des cours de l'or noir. L'once d'or a pulvérisé un record historique vieux de 28 ans mercredi, et s'est hissée hier jusqu'à 868,89 $US.

Cette dimension spéculative, qui entoure les matières premières libellées en dollars, suscite toutefois le scepticisme chez certains analystes. «Les prix du pétrole ont continué à monter malgré la détérioration évidente des perspectives de demande», relève Julian Jessops (Capital Economics). «Il était ainsi frappant de constater que le brut a atteint 100 $US mercredi juste après la parution d'une étude [...] signalant une récession de l'activité manufacturière américaine et peut-être, de l'économie dans son ensemble.»

De fait, ces inquiétudes sur une érosion de la demande pétrolière, dans le sillage d'une éventuelle récession économique aux États-Unis, avaient fait reculer de dix dollars le prix du pétrole début décembre.

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Un courtier s'offre le premier baril à 100 $US

New York — Le niveau historique de 100 $US le baril de pétrole à New York a été atteint pour la première fois avec la pichenette d'un courtier indépendant, qui rêvait de faire passer son nom à la postérité.

«Le chiffre magique aurait apparemment été touché à cause d'une transaction qui serait, selon la version qui circule, une tentative individuelle d'attirer la gloire pour les uns, plutôt l'infamie pour les autres», relevaient hier les analystes du courtier Sucden, en commentant le record atteint la veille.

Richard Arens, un «local» dans le jargon financier (il travaille pour son propre cabinet, ABS), a offert mercredi la somme de 100 000 $US pour un lot de 1000 barils, le volume minimum qu'on puisse acheter sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). Il l'a ensuite immédiatement revendu à perte à un autre courtier indépendant, déboursant dans l'affaire 600 $US.

«C'était juste pour la forme, il voulait être le premier au monde à acheter du pétrole à 100 $US le baril», a commenté Antoine Halff, analyste chez NewEdge group. «Il a payé 600 $US pour pouvoir raconter à ses petits enfants qu'il était le premier au monde à acheter du pétrole à 100 $US» le baril, a commenté dans une interview à la BBC Stephen Schork, un ancien broker new-yorkais éditant une lettre spécialisée.

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