Le pétrole touche les 100 $US le baril à New York

Le risque de perturbations accrues sur le marché mondial du pétrole survient justement à une période où le niveau de l’offre inquiète, de nombreux intervenants jugeant l’approvisionnement précaire par rapport à la demande.
Photo: Agence Reuters Le risque de perturbations accrues sur le marché mondial du pétrole survient justement à une période où le niveau de l’offre inquiète, de nombreux intervenants jugeant l’approvisionnement précaire par rapport à la demande.

New York — Le pétrole a attaqué l'année en fanfare, avec le franchissement du seuil symbolique des 100 $US le baril à New York, profitant de tensions géopolitiques accrues et de la faiblesse persistante du dollar, qui ont également poussé l'or, autre reine des matières premières, à un sommet.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de light sweet crude pour livraison en février a terminé la séance en hausse de 3,64 $US, à 99,62 $US, effaçant ainsi son précédent record de clôture qui datait du 23 novembre (96,55 $US). À mi-séance, le baril a grimpé très brièvement au prix exact de 100 $US pour la première fois de son histoire.

À Londres, le baril de Brent de la mer du Nord à échéance en février s'est aussi envolé, atteignant successivement les 97 $US le baril pour la première fois, puis un nouveau record absolu, à 98 $US.

«Ce qui a peut-être accéléré la montée des prix, ce sont les récents événements géopolitiques. Après le Pakistan, les troubles au Nigeria ont contribué à aiguiser la nervosité du marché», a expliqué Didier Houssin, chargé du marché pétrolier et des mesures d'urgence à l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Ces nouveaux signes d'instabilité géopolitique viennent s'ajouter aux inquiétudes au sujet de la situation au Pakistan, qui poussent les cours depuis la semaine dernière.

L'offre inquiète

Le risque de perturbations accrues sur le marché mondial du pétrole survient justement à une période où le niveau de l'offre inquiète, de nombreux intervenants jugeant l'approvisionnement précaire par rapport à la demande. «Les stocks de brut et de fioul domestiques américains continuent à baisser en raison du froid qui a récemment sévi dans l'hémisphère Nord», a ainsi rappelé M. Houssin.

Par conséquent, l'anticipation d'un nouveau recul des réserves américaines de brut a donné un coup de fouet supplémentaire au marché. Si le rapport du département américain à l'Énergie confirme aujourd'hui les prévisions des analystes, il s'agirait de la septième semaine de baisse consécutive des stocks américains, qui se retrouvent à leur niveau le plus bas depuis près de trois ans, rappelle John Kilduff, de MF Global.

Dans le même temps, l'once d'or a brillé de mille feux: elle a atteint 859 $US, annihilant ainsi son record historique (850 $US) qui datait de janvier 1980, au moment du second choc pétrolier et de la Révolution iranienne.

L'ascension parallèle de ces deux matières premières n'a rien de surprenant: la courbe de l'or suit généralement les sinuosités de celle du pétrole car la flambée pétrolière entretient les craintes inflationnistes et incite les investisseurs à se munir d'or, placement refuge en période d'escalade des prix.

Par ailleurs, la faiblesse du dollar — qui s'échangeait hier près de son plus bas historique face à l'euro — contribue à augmenter aussi bien le prix de l'or que celui du pétrole. Comme le prix de ces matières premières est libellé en dollar, la dégringolade du billet vert renforce le pouvoir d'achat des investisseurs munis d'autres devises et stimule ainsi la demande.

Mais tandis que le prix de l'or dépend de facteurs essentiellement techniques, celui du pétrole est d'abord déterminé par des causes fondamentales. Ainsi, les cours du brut profitent depuis plusieurs mois de la crainte récurrente que l'offre ne suffise pas à satisfaire une demande en forte augmentation dans les pays émergents.

«Les fonds sont revenus sur le marché en ce début d'année, nous avons plus de problèmes au Nigeria et il y a aussi les inquiétudes sur ce qui va se passer au Pakistan. Enfin, on attend une chute des stocks aux États-Unis», a énuméré Robert Montefusco, de la maison de courtage Sucden.

Dans un contexte d'approvisionnements jugés précaires, la montée de la violence au Nigeria, premier producteur de brut africain, a fourni l'électrochoc attendu depuis des semaines: depuis la fin du mois de novembre, le marché était sur les braises et spéculait sur le franchissement du fameux seuil des 100 $US le baril.

Au moins 12 personnes ont été tuées pendant les festivités du Nouvel An lors de l'attaque de deux commissariats et d'un hôtel par des hommes armés à Port Harcourt, centre pétrolier du Nigeria. Estimée à environ 2,1 millions de barils par jour, la production du pays a déjà été amputée d'environ un quart en 2006 et 2007. «Cela augmente la crainte qu'un retour au chaos dans ce pays puisse de nouveau perturber la livraison de pétrole pour l'international», a expliqué John Kilduff, analyste de MF Global.

La montée des tensions géopolitiques au Pakistan, après l'assassinat de l'ex-première ministre Benazir Bhutto la semaine dernière, avait déjà amorcé un mouvement de hausse des prix du brut. Les élections législatives, prévues initialement le 8 janvier, ont ainsi été reportées hier au 18 février. Bien que le Pakistan ne produise pas de pétrole, cet allié-clé des États-Unis se situe dans une région stratégique et dispose de l'arme nucléaire.

La nouvelle s'inscrit dans un contexte de craintes récurrentes sur l'équilibre du marché. Les opérateurs s'inquiètent que l'offre ne suffise pas à satisfaire une demande en forte augmentation.

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