De 2003 à 2007 - La SGF propose de se concentrer sur les filières industrielles

Claude Blanchet
Photo: Jacques Nadeau Claude Blanchet

La Société générale de financement (SGF) complète cette année le dernier droit d'un plan quinquennal au bilan riche en retombées. Pour la prochaine phase de cinq ans, la société d'État vouée au développement industriel du Québec propose de retenir une approche articulée autour du concept des filières. La SGF voit donc une suite à donner à la formule des grappes, dans le cadre de laquelle elle entend continuer à exercer son métier traditionnel: celui d'attirer l'investissement d'importance.

Au terme de ce mandat de cinq ans, fin 2002, «nous aurons atteint les objectifs que nous nous étions fixés. [...] Nous venons de déposer au premier ministre un nouveau plan quinquennal que le gouvernement est en train d'examiner. Dès cet automne, nous devrions savoir ce qu'il en est», a précisé le président de la SGF, Claude Blanchet.


Cette proposition comporte deux volets. Il y a la continuité du métier traditionnel de la SGF — «nous avons fait la démonstration du besoin», a souligné à grands traits M. Blanchet — et cette approche macroéconomique empruntant à la notion des filières industrielles. Cette approche pousse plus loin la formule des grappes, conçues pour regrouper en synergie tant l'amont que l'aval du producteur afin d'inclure les intrants et les extrants.


Au sein d'une région donnée, on suggère ainsi de remplacer la concurrence par la complémentarité en favorisant une vision de spécialisations industrielles territoriales «où les entreprises recherchent une complémentarité et une synergie ainsi que l'accès à des infrastructures de recherche-développement, de formation, et au capital. [...] La filière industrielle favorise l'innovation, la croissance de la productivité et l'adaptation au nouveau contexte du partage de la connaissance».


Dans son document-synthèse, la SGF détermine 24 filières industrielles, dont 20 se situant au-dessus de la frontière croissance zéro. Quant à leur développement, lorsqu'on les compare à l'échelle nord-américaine, 14 de ces filières ont, dans l'économie québécoise, un poids relatif plus grand que leur équivalent aux États-Unis. Le potentiel est réel.


Claude Blanchet estime que l'impact additionnel d'un travail concerté dans une région est de 1 % sur le PIB. «On essaie de concilier cela avec les régions. Et on ne parle pas de nouvelles structures administratives. Tout ce que ça prend, c'est une vision. Cela nécessite de travailler en complémentarité et non en concurrence. Lorsqu'il y aura un investissement majeur à faire, la SGF ira le chercher.»





Perte de 84 millions


Lorsque Claude Blanchet affirme que la SGF a su faire la démonstration de sa pertinence, il dépose en appui les résultats financiers de la société d'État et un résumé de son impact sur l'économie québécoise. Ces états financiers font cependant ressortir une perte de 84 millions au cours de l'exercice 2001, contre un bénéfice de 49 millions un an plus tôt. Un résultat qu'il s'empresse de nuancer. «Contrairement à des institutions comme la Caisse de dépôt, notre comptabilité se fait au coût et non à la juste valeur marchande. Nous sommes donc pénalisés. Environ 30 % de notre actif est engagé dans des projets en construction ou en développement. De plus, l'âge de notre portefeuille est de deux ans, avec 5,5 milliards des 7,5 milliards en investissements engagés au cours des deux dernières années. Et on sait que peu d'entreprises atteignent la rentabilité dans leurs premières années d'exploitation.»


Avec cette comptabilité au coût, les livres de la SGF renferment une plus-value non matérialisée de 350 millions, dont 177 millions pour l'exercice 2001. De quoi transformer un rendement négatif de 4,1 % en 2001, selon que l'on retienne la valeur comptable des placements, en un rendement positif de 4,1 %, selon que l'on ajuste le tout en fonction de la valeur marchande des participations.


«Pour réaliser son ambitieux plan de développement d'investir dix milliards dans l'économie québécoise en cinq ans, la SGF a dû engager d'importantes sommes qui ne produiront un rendement que dans quelques années. Ainsi, les grands projets comme Interquisa, Circuit Foil ou Magnola, notamment, ont nécessité des mises de fonds de 698 millions, soit 30 % des capitaux propres de la SGF. [...] Si on ajoute les projets de 2001, soit Gaspésia, Kruger Wayagamack, on ne peut que constater la forte pression exercée sur la rentabilité à court terme de la SGF», a ajouté la société d'État dans son communiqué.


La SGF a pour mission d'avoir un impact positif sur l'économie québécoise tout en dégageant un rendement devant au moins couvrir le coût des fonds empruntés par le gouvernement du Québec. De 1997 à 2001, le rendement de la SGF se situe à 5,4 % selon la comptabilisation par les coûts ou de 6,3 % selon la juste valeur marchande, contre un coût de financement de l'actionnaire de 4,9 %.


Quant aux retombées des quatre premières années, la SGF dénombre 178 projets (dont 57 avec des partenaires internationaux) et des investissements totaux de 7,5 milliards, pour une mise de fonds de la SGF de 1,6 milliard sur une enveloppe de deux milliards. Elle estime qu'au cours de la période 1998-2001, son action a contribué à la création de 43 000 emplois directs et indirects. Ce nombre correspond à 15 % des emplois créés au Québec au cours de cette période. Sans la SGF, le taux annuel moyen de croissance de l'emploi au Québec aurait été de 1,8 %. Il a plutôt été de 2,1 % dans l'intervalle.


La SGF va plus loin en estimant à 4,8 milliards la valeur ajoutée de son action au PIB québécois. C'est «équivalent à l'ajout de 0,6 % au taux annuel moyen de croissance du PIB pour la période, soit 3,6 % au lieu de 3 % sans la SGF». Quant aux investissements totaux de 7,5 milliards, ils représentent 30 % des dépenses d'immobilisation du secteur manufacturier de 1998 à 2001.





Des échecs


Cette performance n'est cependant pas sans compter certains échecs. On peut penser au marasme qui frappe les entreprises de télécommunications et auquel la SGF n'échappe pas. On peut aussi penser au projet du Technodome, qui n'a jamais vu le jour faute d'obtenir le terrain convoité. La SGF a perdu cinq millions dans l'aventure. «Tout n'est pas perdu. Nous travaillons avec le Cirque du Soleil sur un projet moins ambitieux mais de même nature», a répliqué Claude Blanchet. Il y a également Metaforia, dont l'actif vient d'être acheté par Fun Key pour un million. La SGF y a englouti 12 millions. «C'était un beau projet, qui aurait cependant dû être installé au coin des rues New York et New York. Il n'y avait pas suffisamment d'affluence ici pour soutenir sa rentabilité.»


Et l'usine de semi-conducteurs Mosel Vitelic? La conjoncture actuelle n'est toujours pas propice à ce projet, mais il est en devenir. «Nous sommes en pourparlers avec les anciens partenaires mais également avec d'autres.» Claude Blanchet fait cependant un pied de nez à ses détracteurs. Mosel est l'une des entreprises qui se tirent le mieux d'affaire dans les circonstances. Et sa technologie, dénoncée par plusieurs, fait désormais référence dans l'industrie.


«En moyenne, en volume, sur l'ensemble de nos investissements, ce n'est pas mauvais comme performance. En fait, si nous avions un taux de réussite de 100 %, je dirais que nous ne ferions pas notre travail. Après tout, nous faisons du capital de risque, du développement», a résumé Claude Blanchet, dont le mandat de cinq ans à la tête de la SGF a été renouvelé en avril dernier. Pour un salaire annuel de 250 000 $, a-t-il pris soin d'ajouter.