Cinq autres années?

La Société générale de financement (SGF) entame la dernière année d'un plan quinquennal et prépare déjà le terrain pour un autre mandat de cinq ans. Un mandat que la société d'État veut placer sous un thème, celui des filières industrielles. Comme si elle ressentait le besoin de justifier sa pérennité. Pourtant, son bilan ne devrait-il pas parler de lui-même?

Le président de la SGF, Claude Blanchet, a fait la tournée des médias mardi. On l'a vu évoluer sur le mode défensif, voire explicatif ou justificatif. Comme si tous, au Québec, faisaient partie de cette école du laissez-faire alors que partout ailleurs, en Amérique du Nord, l'interventionnisme gouvernemental règne en maître. Mieux: dans le cas de la SGF, transformée en véritable locomotive du développement industriel de l'économie québécoise, il n'est pas question de subventions directes ou de crédits d'impôt mais bien de partenariat public-privé, avec impératif de rendement. M. Blanchet n'avait qu'à laisser parler les chiffres


Peut-on se passer de la SGF? Au moment de l'élargissement de son mandat, en 1997-98, le taux de chômage au Québec atteignait les 11,9 %. Aujourd'hui, il est retombé à 8,6 %, soit à son niveau le plus bas depuis 1976. Le taux d'emploi au Québec se situe désormais à 95 % du taux ontarien, du jamais vu en une cinquantaine d'années. Des interventions du type SGF y sont sûrement pour quelque chose dans ces chiffres sur la création d'emplois et dans cette diversification du tissu économique du Québec.


La société d'État estime qu'elle a contribué à la création de 43 000 emplois, directs et indirects, entre 1998 et 2001, soit l'équivalant de 15 % des emplois créés au Québec pendant cette période. Et on ne parle pas des emplois maintenus. Son intervention aurait fait passer le taux annuel de croissance de l'emploi au Québec à 2,1 %, contre 1,8 % sans elle.


Mais la question se pose: combien de ces 178 projets et de ces 7,5 milliards en investissements générés auraient vu le jour sans l'action de la SGF? «Pensez-vous que la relance de la Gaspésia se serait faite sans la SGF?, a répondu le président de la société d'État. Celle de la Wayagamack? Kruger n'aurait pas agi seule. Et Interquisa, dans la pétrochimie de Montréal-Est? Les Espagnols ne l'auraient pas fait.» Claude Blanchet estime que la très grande majorité des réalisations pilotées par la SGF, dont celles impliquant 57 partenaires internationaux recrutés dans 16 pays, n'auraient pas vu le jour sans l'action et la participation de la SGF. Il faut le croire sur parole.


La SGF estime également qu'au cours de la période 1998-2001, son intervention s'est traduite par une valeur ajoutée de 4,8 milliards au PIB québécois, ajoutant ainsi 0,6 % au taux annuel de croissance. Sur cette seule base de la contribution au PIB, son intervention aurait ajouté entre 1,2 et 1,4 milliard en revenus dans les coffres de l'État au cours de cet intervalle de quatre ans.


Tout cela avec un rendement dégagé qui surpasse le coût des fonds empruntés par le gouvernement. Avec des fonds engagés de 1,6 milliard appuyant un investissement cumulé 4,6 fois plus important. Et une clause de sortie après cinq ou sept ans si la viabilité du projet le permet. En d'autres termes, l'action de la SGF ne coûte rien à l'État.


Une autre question se pose: la SGF a-t-elle fait le plein? Avec les difficultés que connaissent bon nombre de régions, avec cette relance d'une industrie automobile nouvelle génération, avec l'essor souhaité dans les deuxième et troisième transformations de l'aluminium et du magnésium, avec cette reconstruction de la pétrochimie à Montréal-Est... Les projets mobilisateurs ne manquent pas.


Claude Blanchet n'avait donc pas à se justifier. Même sur cette perte de 84 millions en 2001 qui, en y greffant la plus-value non matérialisée de 177 millions pour l'exercice, prendrait plutôt la forme d'un bénéfice de 94 millions. Fin 2001, les livres de la SGF renfermaient 370 millions de plus-value non matérialisée. En 2002, il faudra additionner aux résultats le profit de 140 millions réalisé sur la vente d'Alouette.


Au delà de cette comptabilité qui vient pénaliser la société d'État, le rendement demeure au rendez-vous.