La Camry Hybride: le meilleur des mondes

La Camry Hybride est devenue l’hybride la plus vendue au pays, avec des ventes mensuelles qui frôlent les 500 unités, loin devant la Prius, dont Toyota écoule environ 150 unités par mois.
Photo: Sylvie Trépanier La Camry Hybride est devenue l’hybride la plus vendue au pays, avec des ventes mensuelles qui frôlent les 500 unités, loin devant la Prius, dont Toyota écoule environ 150 unités par mois.

Qui n'a jamais rêvé de rouler en entendant seulement le sifflement d'un moteur électrique, à bord d'une voiture qui n'utiliserait son carburant fossile que lorsque cela est véritablement nécessaire? Ou, encore, de conduire une voiture qui récupérerait l'énergie cinétique au freinage, tel un ressort, afin de relancer le mouvement lors de la prochaine accélération. Une voiture dont le moteur thermique s'éteindrait aussitôt qu'on l'immobiliserait pour quelques secondes, que ce soit à un feu de circulation ou dans un embouteillage, pour s'élancer à nouveau dès que ses services seraient nécessaires. Voilà les promesses de la propulsion hybride qui combine le couple redoutable d'un moteur électrique à la souplesse d'un moteur traditionnel à essence, dans un chassé-croisé chorégraphié par un puissant ordinateur obsédé par l'optimisation et le rendement.

Mais, jusqu'à maintenant, les voitures hybrides en promettaient toujours plus que ce qu'elles pouvaient livrer. Leur motorisation était parfois affligée de bégaiement, leur consommation de carburant réelle était sensiblement supérieure aux chiffres publiés, le retour sur l'investissement était lointain, sinon nul, sans parler des maux de tête, à long terme, au sujet des coûts d'entretien d'un véhicule doté d'une technologie aussi pointue que marginale.

Bien ciblée

À l'instar de la Saturn Aura et de la Nissan Altima, qui offrent aussi des versions hybrides, la Toyota Camry permet aux acheteurs de grandes berlines de profiter des avantages de ce type de motorisation qui semble avoir atteint un certain degré de maturité. Toyota aura eu le génie de positionner sa version hybride pratiquement en milieu de la gamme de prix de son modèle Camry. À près de 32 000 $, il s'agit, certes, d'une voiture plus chère de quelques milliers de dollars que le modèle de base à moteur 4-cylindres, mais il s'agit là d'un prix qui se situe en deçà de celui de la plupart des versions équipées d'un V6.

Ainsi, Toyota n'a pas voulu répéter l'erreur de Honda, avec son Accord Hybride, retirée du catalogue pour 2008, qui était probablement trop performante, trop chère et trop sophistiquée au goût des acheteurs de voitures hybrides; une coûteuse merveille de technologie qui n'a jamais trouvé de clientèle. Ce qui est loin d'être le cas de la Camry Hybride, puisqu'elle est devenue l'hybride la plus vendue au pays, avec des ventes mensuelles qui frôlent les 500 unités, loin devant la Prius, dont Toyota écoule environ 150 unités par mois. En fait, c'est plus d'un acheteur de Camry sur cinq qui choisit la version hybride.

Mis à part quelques logos, la Camry Hybride est bien discrète, en dehors comme en dedans. Elle reste une Camry tout à fait inoffensive, avec son faciès félin, dont la pseudo-agressivité semble métaphoriquement plus près du chat domestique que du grand fauve.

La ligne sobre est cependant réussie et homogène; la voiture a gagné en prestance et en élégance par rapport aux générations précédentes. Mais, par la nature même des gens qui la conduisent, et quoi que fasse Toyota pour valoriser son image, la Camry demeurera une icône de banalité, ainsi qu'un gage absolu d'anonymat. En effet, en plus de tous ces gens sans histoire peuplant les banlieues-dortoirs qui ont fait de la Camry leur mode de transport de prédilection, il faut aussi constater que la Camry compte certainement pour plus de 40 % de la flotte de taxis à Montréal. Mais on ne peut pas donner tort aux chauffeurs de taxi, car, à défaut d'avoir du caractère, la voiture est fiable, spacieuse et économique à l'usage.

Discrète hybride

Au volant, on finit par s'habituer à la position de conduite, à défaut de parvenir à trouver le confort malgré les nombreux réglages. Et les conducteurs de grande stature auront encore plus de mal que moi, ce qui peut paraître paradoxal puisque l'intérieur est aussi vaste que lumineux. Ici aussi, dans cet environnement sobre et bien fini, la présence du système hybride se fait discrète, surtout si l'on compare au spectacle son et lumière auquel on a droit à bord d'une Prius. Un simple affichage — qu'il est possible d'éteindre — nous informe sur la gestion de la puissance et sur le niveau de recharge des batteries, alors qu'un indicateur de consommation instantanée remplace le compte-tours. Le coffre arrière, quant à lui, est amputé d'une partie de son volume par la présence des batteries et du système de contrôle derrière la banquette arrière.

Sous le capot, on trouve le système «hybride synergétique» de Toyota. Le moteur 4-cylindres har monise sa puissance à celle d'un moteur électrique à haute efficacité. Ensemble, ces deux moteurs produisent l'équivalent de 187 chevaux. Cela permet d'obtenir une plage de régimes utiles plus large que celle d'un moteur à essence seul. En effet, le moteur électrique est capable de fournir un couple maximal instantanément au départ, alors qu'un moteur à essence doit tourner à haut régime pour y parvenir. Les accélérations sont uniformes, et ce, à partir de n'importe quelle vitesse, ce qui aussi dû à la transmission à variation continue très bien adaptée à ce type de motorisation. Naturellement, la Camry Hybride consomme très peu pour une berline de sa taille. En conditions réelles d'utilisation, sa consommation de carburant est toutefois supérieure aux 5,7 l/100km annoncés, une cible virtuellement inatteignable. Mais cela reste comparable à ce que l'on obtiendrait d'une voiture sous-compacte: la Camry consomme un peu moins de 7 L/100km, mais cela se dégrade par temps froid puisque les batteries sont moins performantes et que le moteur thermique doit fonctionner plus souvent et plus longtemps.

Dissociation cognitive

Avec un système expert qui filtre les mouvements que vous suggérez à la pédale d'accélération, ainsi qu'une direction à assistance électrique vague, on se sent un peu isolé du monde réel au volant de la Camry Hybride. Votre comportement trop humainement impulsif est constamment policé par le système de gestion intégrée de la dynamique du véhicule, par le système de contrôle de la stabilité et par le régulateur de traction. De même pour le freinage qui, bien que puissant, procure toujours une impression un peu floue à cause du système de récupération d'énergie qui entre en jeu dès que l'on décide de ralentir. Mais toute cette expérience de déresponsabilisation par la cybernétique est cohérente avec la personnalité de la Camry qui est toujours très stable et confortable.

Conduire un Camry Hybride représente aussi un challenge intellectuel qui finit par faire de nous de meilleurs conducteurs dans l'usage que nous faisons de l'énergie. La voiture se permet même de nous féliciter lorsque nous conduisons de façon économique et efficace! D'ailleurs, il est fascinant d'observer la permutation incessante des modes de propulsion sur l'indicateur. C'est très «addictif», et il ne faut surtout pas oublier de regarder la route de temps à autre. Par la suite, en remontant dans un véhicule traditionnel, on sera agacé et presque révolté et de constater avec horreur que le moteur ne s'éteint pas aux feux de circulation, et qu'il brûle aussi stupidement qu'inutilement du carburant. On s'habitue à toute cette technologie, vous dis-je.

La voiture du futur?

La Camry Hybride nous annonce probablement ce que deviendra l'automobile au cours du XXIe siècle: une commodité nous permettant d'aller de A à B, sans la moindre fantaisie et sous la supervision constante de nombreux ordinateurs. Des véhicules que l'on ne conduira plus directement, et dont les fonctions mécaniques ne réagiront plus obligatoirement aux impulsions dictées par nos mouvements corporels, mais à bord desquels un système informatique daignera tenir compte de notre avis sur la route à suivre, ou la vitesse à laquelle il faut rouler. Dans ce futur idéal, tous les automobilistes seront disciplinés et prudents, ils respecteront tous la réglementation. Sinon, l'ordinateur leur reprendra les commandes...

On aime la Camry Hybride pour son mélange de haute technologie qui révolutionne notre façon de conduire et nous rééduque en tant qu'automobiliste, même si l'on peut être agacé par son manque de caractère. Car la Camry Hybride est un peu à l'automobile ce que le «manger mou» est à l'alimentation. Nivelées par de trop nombreux focus group, ses prestations trop consensuelles en matière de design masquent bien qu'il s'agisse là d'un chef-d'oeuvre de technologie arrivée à maturité, et fin prête pour une diffusion de masse.

Collaborateur du Devoir

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FICHE TECHNIQUE

Toyota Camry Hybride

- Moteurs : I-4 2,4L combiné à un moteur électrique (architecture parallèle)

- Puissance combinée : 187 ch / 138 lb-pi

- 0 à 100 km/h : 9s

- Vitesse maximale : 200 km/h

- Consommation : 6,8 L/100km

- Échelle de prix : 32 000$

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