Congédiement des trois journalistes - Les employés de Métro se plaignent d'intimidation

Mesures disciplinaires et avertissements écrits: les employés du journal Métro affirment subir les foudres de leurs patrons depuis le congédiement des trois journalistes de la salle de rédaction, le 14 mai. Et ils n'ont qu'une seule explication à donner pour cet élan de la direction: Transcontinental veut décourager la syndicalisation.

«On demande aux pupitreurs de faire le travail laissé vacant par les journalistes en plus de leur travail de mise en page, et ils n'y arrivent pas», a expliqué Marc Ranger, conseiller syndical au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). «Je ne pensais jamais voir ce type de harcèlement dans un dossier touchant des travailleurs du secteur de l'information. Habituellement, on voit ça dans de petites entreprises.»


M. Ranger ajoute qu'un autre pupitreur a lui aussi subi de l'intimidation. «Il avait un dossier immaculé depuis son arrivée au journal [il y est depuis la création de Métro, en mars 2001] et, tout d'un coup, il reçoit un avis disciplinaire pour avoir aidé une collègue. On lui reproche également de ne pas vouloir prendre à sa charge le travail des journalistes congédiés. On l'accuse ainsi d'insubordination.»


«Il y a des manoeuvres d'intimidation, c'est clair et net», soutient un employé de la boîte, qui a demandé l'anonymat par peur de représailles. «Il est aussi évident que certaines personnes sont plus visées que d'autres par le harcèlement.»


Notre source a affirmé que des collègues ont reçu des lettres d'avertissement pour des «motifs farfelus». «On réprimande quelqu'un pour avoir aidé un collègue débordé et on avertit que si ça se reproduit, il y aura des mesures disciplinaires. Les gens sont terrifiés. On a les bras liés. On ne peut plus aider les autres. On sent que nos moindres faits et gestes sont épiés. En plus, notre charge de travail augmente. On est quatre pour faire un travail prévu pour huit personnes. Il y a une dégradation du produit qui est inévitable dans les circonstances.»


Le SCFP a déposé une demande d'accréditation syndicale le 29 avril dernier, demande qui sera entendue le 13 juin prochain. «Je dois avouer que je ne sais pas combien de gens resteront jusqu'à cette date», insiste M. Ranger. À l'origine, 18 membres du quotidien ont demandé à se syndiquer: les journalistes, les pupitreurs, les graphistes et les employés de bureau. Du lot, il en reste maintenant une dizaine.


«J'espère que les gens ne partiront pas car je soupçonne que c'est le désir de la direction», indique encore notre source à l'interne. «On va tout faire pour que les gens tiennent bon. La volonté est forte, mais la pression est forte aussi.» Cette source est convaincue que l'employeur agit de la sorte pour décourager les employés de se syndiquer. «La situation a changé du tout au tout après le dépôt de la requête en accréditation syndicale. C'est difficile de ne pas voir le lien.»


De leur côté, les trois journalistes (dont deux permanents) congédiés sans préavis n'ont pas été réintégrés au travail. Une de ces journalistes est partie en congé de maternité avec la promesse d'être relocalisée, à son retour, au sein du Groupe Transcontinental. Un autre travaille maintenant pour un hebdomadaire de Saint-Sauveur.


Ces journalistes songent maintenant à porter plainte auprès du Commissaire du travail, affirme le SCFP. «Mais ils ont peur de se retrouver sur une liste noire puisque le milieu de l'édition est petit au Québec», souligne M. Ranger.


«Ils [les dirigeants de Transcontinental] sont en train de faire le grand ménage pour repartir à neuf sans syndicat, croit Marc Ranger. Une chose est sûre, les employés n'ont pas des conditions de travail normales. Ce n'est pas très subtil de la part de l'employeur de vouloir se débarrasser des éléments les plus militants.»


Malgré des appels répétés, l'éditeur de Métro, Jean Mongeau, n'a pas rappelé Le Devoir.