Du temps qu'elles étaient belles

La maison Valois, un carré de pièces recouvertes de planches verticales, à la mode de la fin du XVIIIe siècle.
Photo: La maison Valois, un carré de pièces recouvertes de planches verticales, à la mode de la fin du XVIIIe siècle.

Elles sont toutes différentes, mais érigées selon un même esprit. Elles se retrouvent à proximité des rives du Saint-Laurent. Yves Laframboise signe un ouvrage récent qui définit les caractéristiques de ces «belles d'autrefois», de ces maisons qu'on nomme aujourd'hui québécoises.

De part en part du Saint-Laurent, et sur les îles que le fleuve abrite, des maisons, dont la construction remonte à l'après-Régime français et aux 100 ans qui suivent, jusqu'au milieu du XIXe siècle, établissent les normes de la plus ancienne tradition en matière de construction au Québec, que ces nouveaux arrivants, hier européens, adoptèrent.

Leur extérieur est normalement en pierres, taillées ou trouvées dans les champs avoisinants. Elle peuvent être aussi faites de «planches debout», comme c'est le cas, entre autres, de la maison Grenier sise à Calixa-Lavallée, entre le fleuve et le Richelieu. Quant aux toitures, le bois y est omniprésent, au détriment de l'ardoise ou de toute autre pierre.

Et elles ont la cote d'amour, ces maisons. Avec leurs impressionnantes cheminées, normalement sises de part en part de l'élévation, avec leurs lourds murs, avec leurs petites fenêtres trouant la pierre, elles offrent protection et réconfort: ce sont souvent des maisons de cette nature que les dessins d'enfant reproduisent à l'infini.

Et, source supplémentaire d'étonnement, elles sont nombreuses. En 1850, un recensement établit leur nombre à près de 100 000 sur le territoire extérieur à Montréal et Québec, et l'activité de repérage permet d'établir que la plupart aujourd'hui ont survécu au temps. Voilà un parc immobilier unique, nettement différencié de ceux qui l'ont suivi: en effet, la maison québécoise est ensuite rapidement devenue une maison en bois, tant à la ville qu'à la campagne.

Patrimoine québécois

Yves Laframboise est historien du patrimoine québécoise depuis quatre décennies. Son dernier ouvrage, Belles Maisons québécoises, reprend ses textes et ses photographies et offre un survol de l'habitation québécoise héritée d'une tradition française en matière de construction. En tournant les pages, on voit que sa passion est partagée par d'autres: les maisons présentées sont en bel état, les sites sont aménagés et, plus d'une fois, les bâtiments annexes ont été reconvertis pour respecter l'esprit de la construction initiale.

La façon dont le livre est conçu permet même d'établir des circuits de visite — les diverses demeures sont regroupées par région, et leurs caractéristiques propres sont clairement exposées. Le texte décrit aussi comment les divers éléments architectoniques sont apparus et ont évolué.

Et on retrouve le même souci pratique dans la dernière section du livre, riche en conseils techniques et en descriptifs qui pour invitent les propriétaires ou les éventuels acheteurs d'une de ses «belles» à tout faire pour en sauver l'âme.

Il fut donc un temps au Québec, la preuve est ici faite, où le mot construire rimait avec durer.

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Belles Maisons québécoises

Yves Laframboise, Éditions de l'Homme, Montréal, 2007, 192 pages