Accusé d'avoir publié des informations biaisées - Merrill Lynch promet une réforme

New York - La banque d'affaires Merrill Lynch s'est engagée hier à réformer son département de recherche financière, accusé d'avoir publié des notes d'information biaisées, dans un accord avec la justice qui pourrait servir d'exemple à tout Wall Street.

"Je pense que [cet accord] va aider à la réforme de tout le secteur" financier, s'est félicité Eliot Spitzer, le ministre de la Justice (attorney général) de l'État de New York au cours d'une conférence de presse.

L'attorney général est parti en guerre depuis plus d'un an contre des pratiques répandues dans toutes les maisons de la place où le département de recherche financière dressait un tableau trop rose des entreprises pour s'attirer de lucratifs contrats de conseil. À titre d'exemple, un courrier électronique d'un analyste de Merrill Lynch, rendu public par Eliot Spitzer, qualifie en interne une action de "déchet" tout en recommandant en même temps à ses clients de l'acheter.

Tous les investisseurs sont directement concernés, et en particulier les petits porteurs, parce qu'ils s'appuient sur ces notes d'analyse pour acheter des actions. Aux États-Unis, quelque 70 % des ménages investissent d'une manière ou d'une autre en Bourse, a rappelé Eliot Spitzer pour souligner l'ampleur du problème.

Années folles

Les excès se sont multipliés pendant les années folles d'Internet à la fin des années 90. Les recommandations d'achat - qui flattent les entreprises - faisaient alors florès et les analystes sont devenus des gourous, dont on buvait les paroles au fil d'innombrables interviews de télévision.

Quand la bulle spéculative a explosé au printemps 2000, faisant partir en fumée des centaines de milliards de dollars d'épargne, ils se sont retrouvés sur le banc des accusés en même temps que leurs employeurs.

Une profonde crise de confiance - encore accentuée par le scandale Enron et les manipulations du cabinet comptable Andersen - pourrait peser lourdement sur les marchés boursiers américains en détournant les investisseurs vers d'autres types d'épargne.

Sans reconnaître ses torts, Merrill Lynch, la première maison de courtage du monde, a accepté de payer 100 millions de dollars d'amende et de prendre des mesures draconiennes. En particulier, la rémunération des analystes ne dépendra plus des activités des banquiers d'affaires et un comité sera chargé de passer en revue toutes les recommandations sortant du département de recherche. De manière générale, les analystes seront isolés des pressions des banquiers d'affaires.

Dans la foulée, Goldman Sachs, autre maison prestigieuse, a également annoncé des réformes, tout comme l'avait déjà fait Morgan Stanley il y a quelques semaines.

Mais il n'est pas sûr qu'Eliot Spitzer s'en contente. Pour lui, l'accord obtenu avec Merrill Lynch doit servir de référence. "Je suggère que tout le secteur se penche sur ce modèle et s'interroge: pouvons-nous faire aussi bien?", a-t-il déclaré. Pour faire bonne mesure, M. Spitzer a annoncé qu'il poursuivait son enquête sur toutes les grandes maisons de la place.