Le dollar canadien passe au-dessus des 65 ¢US

Ininterrompue depuis six ans, la hausse du dollar semble maintenant terminée: d'après les analystes, l'énorme déséquilibre commercial des États-Unis affaiblit leur monnaie et pourrait même ralentir leur croissance.

Le dollar américain poursuivait sa glissade hier face au yen et à l'euro. Ce moment de faiblesse a permis au dollar canadien de repasser au-dessus des 65¢US, et ce, pour la première fois depuis le 16 août 2001. Il gagnait 35 centièmes hier, à 65,02 ¢US. Le dollar canadien est en hausse de 2,24 ¢ depuis le début de l'année face à sa contrepartie américaine.

Depuis plus de six ans, le billet vert n'avait cessé de progresser, malgré les mises en garde d'économistes soulignant que, tôt ou tard, il éprouverait des difficultés, car l'Amérique importe bien davantage qu'elle n'exporte. La balance des paiements courants des États-Unis, qui mesure le mouvement des biens et des services, présente actuellement un déficit égal à 4 % du PIB, lui-même évalué à 10 000 milliards de dollars. Il n'a pu être surmonté que grâce aux investissements internationaux sur les marchés boursiers et obligataires des États-Unis, qui ont afflué au rythme d'environ un milliard de dollars par jour.

Désintérêt des investisseurs

Mais comme le désintérêt des investisseurs pour les actifs américains est de plus en plus manifeste, la roue de la Fortune semble avoir tourné pour le dollar. "Le problème actuel n'est pas de savoir s'il s'agit d'un tournant, car il semble assez évident que c'en est un. Le problème est de déterminer la rapidité de cette évolution", estime la cambiste Laurie Cameron (J. P. Morgan Private Bank), d'après qui le dollar se dépréciera encore de 5 à 10 % cette année.

En un peu plus de trois mois, le billet vert a reculé de près de 6,5 % par rapport à un large éventail de monnaies, et les analystes estiment que ce n'est que le début d'un processus d'ajustement dans le fonctionnement du commerce américain.

Un affaiblissement du dollar contribuerait à régler le problème, dans la mesure où il réduirait le déficit des paiements courants. De plus, il pourrait permettre aux États-Unis d'augmenter leurs exportations, les marchandises américaines devenant plus abordables pour les consommateurs étrangers.

Mais d'autres analystes vont plus loin et s'interrogent sur l'effet qu'exercera l'ajustement du déficit des paiements courants sur la première économie mondiale. "Les États-Unis, dont l'endettement international est le plus important du monde, s'orientent à l'évidence vers un ajustement classique des paiements courants étalé sur plusieurs années, ce qui impliquera un affaiblissement du dollar, un ralentissement de la croissance et tous les autres bouleversements macro-économiques accompagnant ce type d'évolution, commente Stephen Roach, principal économiste de Morgan Stanley. Le processus en est encore à ses débuts."

D'après les économistes, les États-Unis ont déjà vécu pareille situation entre 1986 et 1988. Le dollar s'est alors déprécié de plus de 30 %, évolution reflétant l'accord conclu en 1985 entre les États-Unis, le Japon, la France et la Grande-Bretagne pour affaiblir le billet vert.

Ralentissement de la croissance

La poursuite de l'affaiblissement du dollar devrait entraîner avec elle un ralentissement temporaire de la croissance économique américaine. D'après une étude de la Réserve fédérale publiée en décembre 2000, le processus d'ajustement des pays industrialisés implique une dépréciation sensible de la monnaie - de 10 à 20 % après correction de l'inflation - et un ralentissement de la croissance réelle.

Cet ajustement, qui commence en principe lorsque le déficit des paiements courants représente à peu près 5 % du PIB, dure environ trois ans, d'après l'étude, qui compare 25 épisodes d'ajustement des paiements courants entre 1980 et 1997 dans les pays industrialisés. C'est surtout au cours de la première année du processus d'ajustement que la croissance est le plus affectée. Généralement supérieure à 3 % avant le début de l'ajustement, elle ralentit alors à environ 1 %, à en croire l'étude.

Mais il y a aussi des bonnes nouvelles. Le processus d'ajustement commence généralement par s'accompagner d'une chute des importations. Mais lors de la deuxième année, comme l'affaiblissement de la monnaie commence à exercer ses effets sur l'économie réelle, le pays concerné bénéficie d'une flambée des exportations qui corrige son déficit commercial.