Le Bureau de la concurrence se prononce - La plainte de Jetsgo est rejetée

Le Bureau de la concurrence a rejeté la plainte déposée par Jetsgo le 15 novembre dernier. Le p.-d.g. du nouveau transporteur à rabais, Michel Leblanc, avait dénoncé une entente survenue entre la filiale régionale d'Air Canada et le gouvernement du Québec, qu'il qualifiait d'anticoncurrentielle.

La réaction d'Air Canada ne s'est pas fait attendre. «La Loi sur la concurrence vise à promouvoir la concurrence et non pas à protéger les concurrents. La décision montre clairement que la loi ne peut être utilisée à tort au profit des stratégies mises en avant par certaines entreprises», a précisé Calin Rovinescu, vice-président général, croissance et stratégie, de l'entreprise. «Nous pouvons maintenant mettre en application un accord qui non seulement veille aux intérêts des consommateurs mais prévoit également le maintien de services aériens et de bas tarifs dans l'ensemble du Québec.»

Réduire des tarifs

L'entente de principe, annoncée le 13 novembre, visait à réduire les tarifs sur une quinzaine de liaisons aériennes à l'intérieur du Québec. Le gouvernement québécois, dont la facture annuelle en billets d'avion atteint les 16 millions, s'est engagé à faire passer de 11,5 à 14 millions la part de ses achats chez Air Canada. L'entente de trois ans prévoit également que Québec s'engage à payer le plein tarif pour ses employés et qu'il ne subventionnera pas des concurrents d'Air Canada sur les liaisons régionales.

Cette entente permettait d'aboutir à des réductions pouvant osciller entre 40 et 70 %, et ce, sur au moins la moitié des places disponibles. Elle permettait aussi d'apporter d'autres solutions à la fermeture projetée de certaines liaisons, comme celles de Québec-Mont-Joli et Mont-Joli-Gaspé.

Pour le gouvernement québécois, cette entente «constitue une solution viable à la problématique du transport aérien régional au Québec». Mais Michel Leblanc y voyait une façon indécente d'utiliser les fonds publics, de soutenir le monopole d'Air Canada. Le fondateur de Jetsgo rappelait son intention d'offrir une liaison entre Montréal et Saguenay dès le 25 novembre — un projet annulé depuis — et alléguait qu'il avait l'intention d'offrir deux nouvelles dessertes régionales au cours du premier trimestre 2003.

En première réaction, le ministre québécois des Transports, Jacques Baril, s'est défendu d'octroyer ainsi une subvention directe à Air Canada. Au demeurant, il a rappelé que l'intention du gouvernement de négocier une solution permettant d'assurer la viabilité du transport régional était connue des transporteurs depuis le début de l'été, et ce, sans que Jetsgo ne se manifeste.

Le Bureau de la concurrence ne s'est donc pas rendu à l'argumentaire voulant qu'Air Canada Jazz se retrouvait en situation d'exclusivité au Québec. Le bureau fédéral a précisé ne pas vouloir poursuivre l'examen de la plainte, faute de motifs.

Il a ajouté qu'Air Canada ne se retrouve pas en situation de monopole sur les 15 liaisons touchées par l'accord conclu avec Québec. Et qu'Air Canada n'impose pas une exclusivité au gouvernement du Québec pour ses achats de services en transport aérien, la clientèle gouvernementale étant ainsi libre de continuer à choisir le transporteur qui comble le mieux ses besoins en matière de prix et d'horaires.

Destina.ca

Dans un autre dossier, Air Canada a pour la deuxième fois de l'année vu une plainte déposée contre Destina.ca, son site de voyages en ligne, être rejetée par le gouvernement fédéral. Le transporteur a souligné hier que le ministère des Transports s'était opposé à la requête déposée contre Destina.ca par Sabre et son site, Travelocity.com, avec l'appui de l'Association canadienne des agents de voyages (ACTA).

L'ACTA prétendait que Destina.ca — filiale en propriété exclusive d'Air Canada, présentée comme offrant aux internautes des services complets — est un système informatisé de réservations favorisant Air Canada.

C'est la deuxième fois cette année que le ministère des Transports soutient que Destina.ca n'est pas un système informatisé de réservations aux termes des règlements sur les systèmes informatisés canadiens de réservations. Une première décision avait été rendue le 19 juin après examen d'une plainte similaire déposée par le Canadian Standard Travel Registry.

Les deux plaintes étaient «fondées sur une méprise fondamentale quant à la nature même de Destina.ca et au fonctionnement de son site», a estimé hier Lise Fournel, présidente et chef de la direction de Destina.ca, par voie de communiqué.

«En tant que cyberagence offrant des services complets, notre objectif est de répondre aux besoins des Canadiens en matière de voyages tant au pays qu'à l'étranger. Nous offrons à nos clients des réductions très intéressantes et des promotions spéciales sur des marques qu'ils connaissent et jugent dignes de confiance, dont quelque 450 transporteurs aériens, 53 000 hôtels et 52 loueurs de voitures», a-t-elle ajouté.

Avec la Presse canadienne