Comment Lacroix a trompé l'AMF

Vincent Lacroix
Photo: Agence Reuters Vincent Lacroix

Au procès de Vincent Lacroix, anciennement de Norbourg, la juricomptable Guylaine Leclerc a expliqué hier comment celui-ci s'y est pris pour tromper l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Devant le juge Claude Leblond de la Cour du Québec, Mme Leclerc a indiqué d'entrée de jeu que deux moyens ont été utilisés: la falsification des bilans financiers lançant croire à un apport de capital et la comptabilisation de faux revenus de consultation en gestion et en recherche.

Pour en arriver à ce constat, l'experte a fouillé les documents fournis par Lacroix, à la demande de l'AMF, relatifs à Norbourg International, Norbourg Gestion d'actifs et Norboug Services financiers. Son analyse lui a permis de découvrir qu'ils contenaient des informations fausses et trompeuses qui visaient à maquiller des retraits d'argent des investisseurs, au profit de Lacroix.

Le témoignage de Mme Leclerc vient étoffer les raisons ayant incité l'AMF à poursuivre Vincent Lacroix pour 51 infractions à la Loi sur les valeurs mobilières, mais plus particulièrement huit de ces infractions.

Aux yeux de la juricomptable, ce que Vincent Lacroix présentait aux livres comme des avances de fonds faits par lui-même ou des administrateurs de chez Norbourg étaient dans les faits de l'argent soustrait aux investisseurs.

Les états financiers portaient deux signatures, celle de Vincent Lacroix et celle de Robert Simoneau, un oncle de Lacroix.

À une question soulevée par le juge, la juricomptable a fait valoir que «des documents peuvent se falsifier, mais la provenance de l'argent est difficile à cacher».

Factures impayées

Mme Leclerc a examiné des tas de factures transmis par Norbourg à des clients privés pour des honoraires de gestion et de recherche. Elle a constaté qu'elles n'ont jamais été payées. Une façon de dire que les factures constituaient une tentative de maquillage. À une occasion, l'experte a relevé une entrée de 80 000 $ chez Norbourg, avant même l'envoi de la facture pour ce montant. «Il n'y a pas eu de revenus de gestion, ni de recherche. Les écritures comptables servent à camoufler une entrée de fonds qu'il fallait expliquer d'une façon ou d'une autre. On créait de faux revenus pour avoir des états financiers plus favorables, moins négatifs et pour que, autrement dit, l'entreprise paraisse florissante.»

Le juge a résumé ainsi la problématique. «Les retraits irréguliers sont toujours suivis d'une avance de fonds de Vincent Lacroix ou d'honoraires de gestion et de recherche. L'argent ne vient pas d'où il doit venir.» Pour les états financiers de juin 2003, la juricomptable a estimé que 10 millions qui auraient dû se retrouver dans Norbourg Gestion d'actifs avaient déjà été détournés.

Au 45e jour de son procès pénal, M. Lacroix n'est pas du tout intervenu hier alors que la preuve de l'AMF est sur le point de prendre fin avec le témoignage de Mme Leclerc dont la feuille de route ne manque pas d'impressionner. Elle a été chargée de projet au Vérificateur général du Québec, juricomptable au laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale et à l'escouade des crimes économiques de la Sûreté du Québec. Elle a en outre assuré la formation des juricomptables à la GRC et a enseigné à l'École nationale de police du Québec.