Le savoir en héritage

Photo: Agence Reuters

Rien ne sert d'attendre, les baby-boomers ont déjà légué au Québec leur principal héritage économique, pense l'économiste Pierre Fortin.

«L'héritage le plus positif que les baby-boomers nous ont donné, c'est de s'être éduqués et d'avoir mis de quoi entre les deux oreilles de leurs enfants, dit le professeur de sciences économiques à l'Université du Québec à Montréal. C'est l'éducation qui est la base de la qualité de vie en société, du niveau de vie et d'un paquet d'autres choses.»

Pour être tout à fait juste, il faudrait dire que ce cadeau nous vient de deux générations, précise l'expert. Il y a eu les baby-boomers et ceux qui sont un peu plus vieux qu'eux et qui étaient aux commandes du Québec lorsque les grandes réformes du système de l'éducation ont été élaborées dans les années 60.

Ces réformes, associées à d'autres entreprises à la même époque, allaient ouvrir la voie à l'autre grand accomplissement des baby-boomers, dit-il. Il s'agit de l'essor économique spectaculaire des Québécois francophones. C'en est au point où le niveau de vie de l'ensemble des Québécois est aujourd'hui le même que celui de leurs voisins ontariens, dans la mesure, bien entendu, où l'on tient compte des différences de coût de la vie et du nombre d'heures travaillées.

Ce rattrapage économique est d'autant plus remarquable, souligne l'économiste, qu'il s'est fait tout en permettant au Québec de rester la société la moins inégalitaire en Amérique du Nord. Cela ne tient pas seulement aux valeurs sociales démocrates des baby-boomers, mais surtout au fait qu'avec leur arrivée en masse sur le marché du travail, «les revenus du gouvernement augmentaient plus vite que les fonctionnaires arrivaient à inventer de nouveaux programmes sociaux», dit en riant Pierre Fortin.

Cette tendance démographique est malheureusement en train de se renverser, rappelle l'économiste, qui était l'un des signataires du manifeste Pour un Québec lucide. Les baby-boomers s'apprêtent à quitter la vie active et commenceront bientôt à nous coûter de plus en plus cher en frais de santé, note-t-il. Cela tombe mal parce que l'on manque désespérément de bras pour les remplacer sur le marché du travail.

L'héritage des baby-boomers risque-t-il des compromis? «Franchement, je pense que les gens exagèrent dans le pessimisme, dit l'économiste. Si l'on a réussi à régler nos problèmes dans le passé, c'est parce qu'on les a bien diagnostiqués et que l'on a mis le paquet pour les résoudre. Par contre, il faut s'y mettre pour vrai et sans tarder. Ce n'est plus le temps de tataouiner.»
1 commentaire
  • Louise Picotte - Inscrite 14 octobre 2007 13 h 37

    Excellent article sur l'héritage de l'Éducation

    Absolument tout à fait juste, merci de le souligner