Le Canada se dirige vers une création d'emplois record

Le contraste avec les États-Unis s'est maintenu, avec une création d'emplois demeurant soutenue au Canada en novembre. La vigueur du marché du travail est d'autant plus étonnante qu'elle s'appuie sur une forte création dans un secteur, celui de la fabrication, qui s'enlise dans la récession.

Selon la dernière lecture de Statistique Canada, il s'est créé 42 000 emplois en novembre, «ce qui prolonge la forte tendance à la hausse amorcée au commencement de 2002. Depuis le début de 2002, le nombre d'emplois a progressé de 502 000, ou de 3,3 %», a précisé l'agence fédérale, qui a chiffré à 7,5 % le taux de chômage le mois dernier, contre 7,6 % en octobre. Pendant ce temps, aux États-Unis, la perte de 40 000 emplois faisait passer le taux de chômage de 5,7 à 6 %.

Si la tendance se poursuit en décembre, «le Canada est en voie de battre son record établi entre janvier et décembre 1987, soit 510 400 nouveaux emplois», ont fait remarquer les économistes du Mouvement Desjardins. «Nous assistons ici à la création d'emplois la plus effrénée sur une période de 11 mois depuis mars 1988», a renchéri Marc Lévesque. Question d'illustrer davantage, l'économiste principal à la Banque TD a souligné que, si le taux d'activité était demeuré au niveau d'il y a un an, nous aurions eu un taux de chômage de 6 % le mois dernier.

Statistique Canada a comptabilisé l'essentiel des gains du mois dernier dans le segment à temps plein, avec une augmentation de 55 000 venant renverser la tendance baissière des deux mois précédents. Pour l'ensemble des 11 premiers mois, l'organisme fédéral rappelle cependant que la croissance de l'emploi s'est particulièrement fait ressentir dans le travail à temps partiel, qui a progressé de 7,7 % contre 2,4 % pour le travail à temps plein.

On fait également ressortir que la donnée de novembre renferme une création de 33 000 emplois dans un secteur, celui de la fabrication, s'enlisant pourtant dans une récession sévère aux États-Unis. Ce gain gonfle à 150 000 (à +6,8 %) la progression de l'emploi manufacturier observée depuis le début de 2002, et est redevable à la performance québécoise (+21 000 emplois dans ce segment en novembre), suivie de la contribution ontarienne (+10 000 emplois).

Par province

Dans l'ensemble, et par province, l'emploi global s'est apprécié de 9000 le mois dernier au Québec, une donnée qui masque une hausse de l'emploi à temps plein (+26 000) contrebalancée par une contraction de l'emploi à temps partiel. Ce gain net modeste, combiné à une augmentation du nombre de personnes se mettant à la recherche d'un emploi, a fait passer le taux de chômage québécois de 8,1 à 8,6 % entre octobre et novembre. Statistique Canada rappelle que depuis le début de l'année, le nombre d'emplois au Québec a progressé de 137 000, ou de 3,9 %, «la plus grande partie de la croissance étant survenue au cours du premier semestre».

L'emploi s'est accru de 13 000 en Ontario. Ce gain est venu amplifier l'effet d'une diminution du nombre de personnes à la recherche d'un emploi pour provoquer un recul de 0,5 point, à 6,7 %, du taux de chômage ontarien. Depuis le début de l'année, cette province a pris la relève du Québec avec une hausse de 182 000 emplois, ou de 3,1 %, «principalement en raison du dynamisme manifesté au second semestre», a ajouté Statistique Canada.

Le recul du taux de chômage montréalais légèrement sous celui de Toronto — une première inscrite en octobre dernier — n'aura donc duré que le temps d'une statistique mensuelle. Compte tenu des comportements contrastés du marché du travail des deux provinces le mois dernier, le taux de chômage montréalais est passé de 8,1 à 8,2 % entre octobre et novembre, de 8,1 à 7,5 % à Toronto.

«Cette progression de l'emploi continue d'étonner par sa vigueur et semble en contradiction avec toutes les annonces de mises à pied que l'on observe depuis plusieurs mois dans les journaux. Toutefois, un examen rapide des données de la création d'emplois depuis le début de l'année par taille d'entreprises permet de constater que les gains s'enregistrent majoritairement auprès des PME», ont ajouté les économistes du Mouvement Desjardins. Même en excluant le travail autonome, ils ont chiffré que les entreprises ayant moins de 100 employés retiennent les trois quarts des emplois créés en 2002. «Les licenciements massifs provoquent davantage de bruit que le chapelet de petites et moyennes entreprises qui embauchent un ou deux travailleurs. Il s'agit, en quelque sorte, d'une "majorité silencieuse" du monde du travail.»