La Maison-Blanche chamboule son équipe économique

Washington - Visiblement inquiète de l'évolution de l'économie, la Maison-Blanche fait le ménage. Quatre semaines après la démission du patron de la SEC, Harvey Pitt, c'est cette fois au tour du secrétaire au Trésor Paul O'Neill et du conseiller économique présidentiel Larry Lindsey d'annoncer leur démission.

Ces départs renforcent donc les spéculations selon lesquelles la Maison-Blanche est désireuse de remonter en première ligne sur le front de l'économie, alors que le chômage a atteint hier la barre des 6 % pour la première fois depuis 1994. L'administration Bush souhaite ainsi donner un signe fort en renouvelant les cadres.

Au lendemain du triomphe aux législatives de novembre, certains donnaient déjà O'Neill et Lindsey partants. Mais George W. Bush avait affirmé: «Mon équipe économique a travaillé pendant une période très difficile. Il y a eu une récession, des attentats, des scandales financiers. Nous avons fait beaucoup pour rétablir la confiance et donner du stimulant avec des réductions d'impôts [...] Pour tout ça, le mérite revient en grande partie à mon équipe.»

Un homme de controverse

M. O'Neill, figure la plus visible de ce chamboulement et dont le départ prendra effet dans les prochaines semaines, est un homme connu pour avoir la langue bien pendue, voire parfois trop. Nommé peu après l'arrivée de M. Bush à la Maison-Blanche en janvier 2001, il est le premier haut responsable de l'administration Bush à quitter le pouvoir. Ses presque deux années passées au Trésor ont en tout cas été marquées par la controverse.

Cet homme âgé de 67 ans avait provoqué une polémique lorsqu'il avait annoncé en quittant la présidence d'Alcoa, le numéro un mondial de l'aluminium, pour entrer au gouvernement, qu'il garderait des actions Alcoa d'une valeur de près de 100 millions $US. Sous le feu des critiques dénonçant un conflit d'intérêts potentiel, il devait faire marche arrière et vendre ses actions.

En tant que porte-voix de la politique économique du président, M. O'Neill a été fréquemment critiqué à la fois pour s'être montré trop ou pas assez enthousiaste par rapport aux perspectives économiques.

Lorsque Wall Street avait rouvert après les attentats du 11 septembre 2001, le secrétaire au Trésor s'était mué en bateleur, prédisant le 17 septembre que l'indice Dow Jones pourrait battre des records d'ici 12 à 18 mois. Il avait également balayé de la main les affirmations d'analystes prédisant qu'on s'orientait vers une récession...

Son franc-parler l'avait également amené à qualifier les cambistes de personnes «assises toute la journée devant un écran d'ordinateur» et «pas le genre de personnes dont vous voudriez pour vous aider à réfléchir à des questions complexes».

Pourtant, George W. Bush s'était accommodé de son style parfois acide. «Le président apprécie son approche franche et directe», avait assuré l'an dernier le porte-parole présidentiel Ari Fleischer en ajoutant qu'en dépit des polémiques, M. Bush «n'a jamais éprouvé l'ombre d'un doute» concernant O'Neill.

En verve

Très en verve, cet ancien directeur adjoint du Budget sous Gerald Ford avait également qualifié le code des impôts de «9500 pages de charabia», les plans de sauvetage financier de la Russie de «fous» et le rejet par l'Union européenne de la fusion General Electric-Honeywell de «dingue». Évoquant la sécurité nucléaire aux États-Unis, il avait lancé: «Si vous comparez Three Mile Island et Tchernobyl, le bilan est vraiment très bon» aux États-Unis.

Grand ami depuis les années 70 d'Alan Greenspan, le patron de la Fed, et proche du vice-président Dick Cheney, Paul O'Neill avait également émis quelques réserves initiales quant au plan massif de réduction d'impôts de M. Bush et milité pour une lutte active contre les émissions de gaz à effet de serre. Il n'avait pas non plus craint de s'opposer à un plan de relance économique proposé par le groupe républicain à la Chambre des représentants. Un plan qu'il qualifia de «show-business» au grand dam des élus.