Le gouvernement refuse de garantir un prêt de 1,8 milliard - La faillite d'United Airlines accélérerait la transformation de tout le secteur de l'aviation

Dallas - Une éventuelle cessation de paiement d'United Airlines, deuxième compagnie aérienne américaine, enverrait une onde de choc dans le secteur tout entier en obligeant les autres compagnies à réduire de façon importante leurs coûts, estiment des spécialistes du secteur.

La décision de l'État fédéral, mercredi, de ne pas accorder sa garantie à un prêt de 1,8 milliard de dollars indispensable à la survie d'United pourrait condamner la filiale d'UAL Group à se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites. Mais loin de disparaître, United pourrait ressortir restructurée et assainie de ce processus et représenter alors une menace pour les autres compagnies.

«Si nos principaux concurrents font faillite, nous nous retrouverons face à des compagnies aériennes qui auront mis à profit ce processus pour réduire considérablement leurs coûts», a récemment prédit Don Carty, président d'AMR, la maison mère d'American Airlines. American, la première compagnie aérienne mondiale, lutte pour sa survie en cherchant à réduire ses coûts de quelque quatre milliards de dollars. Delta Air Lines, la troisième compagnie américaine, a déjà réduit les siens de un milliard et projette des économies annuelles de 2,5 milliards sur ses dépenses de fonctionnement entre 2003 et 2005.

Le secteur, toujours traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001, a perdu plus de sept milliards l'an dernier et s'achemine vers des pertes du même ordre cette année. «Certains experts du secteur ont la conviction qu'un dépôt de bilan conférerait à United un avantage immédiat de 20 % en matière de coûts vis-à-vis d'American Airlines, ce qui contraindrait cette dernière à se placer également en redressement judiciaire», indique Kevin Mitchell, président de la Business Travelers Association. «Au delà d'American Airlines, un dépôt de bilan enverrait une onde de choc dans tout le secteur. Pour Delta, Northwest et Continental, ce ne serait probablement pas "business as usual" si United sort aminci et assaini du processus», ajoute-t-il.

Compagnies à bas prix

Bon nombre d'analystes ne croient pas toutefois à un effet domino pour American et Delta, car ces deux compagnies ont une situation financière beaucoup plus saine qu'United. Mais ils pensent en revanche qu'une faillite d'United accélérerait la mue, inévitable à leurs yeux, du secteur vers le modèle des compagnies à bas prix. «Il faudra encore quelques années avant que la situation ne se stabilise. Il est peu probable qu'une faillite d'United pousse American ou Delta au dépôt de bilan mais elle aurait certainement pour effet d'accélérer les changements», estime Bernard Weinstein, universitaire et expert du secteur aérien. Selon lui, la crainte principale des concurrents d'United est de voir la compagnie de Chicago restructurée en transporteur low-cost à l'image de Southwest, la septième compagnie aérienne américaine. Cette dernière, basée à Dallas, est le seul des grands transporteurs aériens américains à être resté bénéficiaire depuis la crise de 2001 grâce à sa structure de coûts.

Les autres compagnies ont depuis cherché à lui emboîter le pas, supprimant par exemple les repas en vol ou simplifiant leurs grilles de tarifs pour réduire leurs coûts.