Signature d'un cadre stratégique agricole - Lyle Vanclief défend «l'équité» du projet fédéral

Le ministre fédéral de l'Agriculture a dû peser ses mots hier matin lors de son allocution au 78e congrès de l'Union des producteurs agricoles (UPA). Les membres l'attendaient en effet de pied ferme à la suite des pourparlers ratés de cette semaine avec le gouvernement québécois pour la signature du cadre stratégique agricole.

Lyle Vanclief a répété le mot «équité» bon nombre de fois pour tenter de convaincre les agriculteurs québécois du bien-fondé du financement de la nouvelle politique agricole fédérale. «Je sais que certains d'entre vous craignent que la politique change les programmes déjà existants. Ce ne sera pas le cas. Nous allons inclure de la flexibilité. Tous les gouvernements qui signent le cadre vont continuer à jouer un rôle dans la prise de décisions. [...] Nous ne voulons pas faire ce que les provinces font déjà. Nous voulons simplement travailler avec elles pour rendre les mesures plus efficaces.»

Cela dit, il faut s'assurer que tous les fermiers aient accès au même type de ressources, a renchéri Lyle Vanclief. «Nous voulons un cadre flexible, mais nous devons être équitables.» Le ministre soutient que les producteurs de tous les secteurs réclament des sous chaque année, il faut donc que l'argent soit disponible pour tout le monde. «Il y en a qui disent qu'il a trop plu. D'autres qui disent qu'il n'a pas assez plu. D'autres qui disent que le prix de leur produit est trop bas... »

Le ministre a rappelé qu'il avait été lui-même agriculteur et qu'il demeurait toujours dans la ferme maintenant exploitée par son fils. «Je vais à la maison à toutes les fins de semaine. Je connais la pression qui est exercée sur les producteurs. Je connais les défis que vous devez relever en ce qui concerne la sécurité des aliments, l'environnement, les marchés globaux, les coûts reliés aux changements technologiques et les demandes toujours pressantes des consommateurs.»

Chaque année, l'industrie agroalimentaire est responsable du tiers des quelque 21 milliards de surplus commerciaux du pays, a souligné M. Vanclief. «Nous savons que le Québec est vu comme un leader qui s'adapte et qui innove dans le marché agricole. La province n'a toujours pas signé le cadre stratégique, mais les discussions vont continuer. [...] Il ne fait aucun doute que les gens du Québec seront les bienvenus dans les discussions qui débuteront dès la signature du cadre stratégique.»

Lyle Vanclief a rappelé que la mise en place du cadre stratégique est nantie d'une enveloppe budgétaire de 3,4 milliards pour cinq ans. Les producteurs québécois se partageront d'ailleurs un montant de 56 millions de dollars cette année, montant faisant partie d'un fonds de transition de 600 millions de dollars.

«Vous avez fait un bon travail en allant chercher des sommes d'argent aussi importantes, mais nous avons absolument besoin de flexibilité, lui a répondu le président de l'UPA, Laurent Pellerin. Nous ne voulons pas que tout le monde ait accès à cet argent. Nous voulons que l'argent aille vraiment aux producteurs qui, cette année-là, ont eu de la difficulté.»

Les programmes québécois

À la fin de la présentation, les délégués ont posé des questions fort applaudies au ministre. S'il a été question du prix du lait trop bas et d'autres problèmes de l'industrie, la majorité de ceux qui se sont exprimés ont plaidé en faveur d'une politique permettant au Québec de conserver ses programmes d'aide et de les financer. Les producteurs de céréales y sont même allés d'un geste symbolique en versant devant le ministre des sacs de grain sur le sol.

«Vous irez dire à votre premier ministre que si vous êtes un bon chrétien [jeu de mots renvoyant à Jean Chrétien], vous êtes prêt à accepter les différences», a lancé Roland Daneau, un producteur de la région de Valleyfield. «Nos confrères des autres provinces sont envieux de nos programmes, de notre syndicat et de notre industrie. Quand vous parlez d'équité, laissez-nous le droit, faites-nous confiance avec la Financière agricole. Laissez-nous montrer au reste du Canada comment il faut faire les choses», a plaidé de son côté la présidente de la Quebec Farmers' Association, Cindy Duncan McMillan.

De son côté, le ministre québécois de l'Agriculture, Maxime Arseneau, s'est dit déçu du résultat de la conférence des ministres de l'Agriculture qui s'est tenue mercredi à Ottawa. «J'avais une motion unanime de l'Assemblée nationale du Québec et une résolution tout aussi unanime du congrès général de l'UPA. Tous demandent au gouvernement fédéral de la flexibilité dans la mise en oeuvre de cet accord. Malgré de nombreux efforts, je n'ai aucune indication que le fédéral entend répondre à cette demande.»