L'outre-frontières

Photo Hydro-Québec
Photo: Photo Hydro-Québec

Dans un monde planétaire, la force d'une économie ne se mesure pas à ce qu'elle produit, mais à ce qu'elle rapporte. Et là les relevés statistiques imposent des surprises. Depuis toujours. À la fin des années 1950, au temps de Et Dieu créa la femme, en France, ce n'était point Dassault ou Renault, les vins et les fromages, mais bien Brigitte Bardot qui était la cause des plus importantes rentrées de devises en ce pays. Dans les années 1970, en Suède, le groupe ABBA surclassait Volvo et tous les fabricants d'armes. (Quant à notre Céline nationale, il est à se demander où sont comptabilisés les revenus provenant de ses diverses prestations: chez Sony Canada, chez Sony Corporation of America, ou un peu ici, et beaucoup là?) Devant de tels faits, tout économiste, sérieux ou amusé, mettra le holà: l'épiphénomène ne garantit en rien la croissance et ce ne sont ainsi point les Beatles qui ont sauvé la Grande-Bretagne du marasme économique dans lequel ce pays a été longtemps plongé.

Il est connu que le Québec est un pays de ressources, l'eau et le bois d'abord, et ce qui en découle: le papier journal, l'hydroélectricité et autres alumineries. S'il est question d'augmenter la richesse collective, il devient toutefois évident que celle-ci se génère lors de l'émergence des activités de transformation. Entre alors en jeu la capitalisation financière et intellectuelle. L'avenir passe par la nécessité de retenir ou d'attirer les investisseurs tout en s'assurant de former chez soi une main-d'oeuvre de haut niveau. Le savoir devient un corollaire obligatoire à la recherche de capitaux. Il y aurait matière à réjouissance quand on apprend que plus 1200 sociétés internationales se sont établies au Québec et que les diverses cités, de la biotechnologie au multimédia en passant par celle du commerce, réalisent le mandat qui a justifié leur mise en place.

Dans l'ère actuelle, la nôtre, la chrétienne, en ce début de troisième millénaire, tout s'évalue en milliards: il y a 20 ans à peine, le million identifiait un «gros» chiffre. C'est aujourd'hui à un niveau de 135 milliards qu'en dollars s'inscrivent les actifs de la Caisse de dépôt ou la valeur des exportations québécoises. Pourtant, pour qui vit en un pays ou espère s'y établir, la qualité de vie se mesure à une autre échelle. Au-delà d'un accès facile aux produits de première nécessité, au vivre et au couvert, il faut que soit aussi présent un monde complexe où circulent tant les idées que les sensations. La création est une composante essentielle de la vie collective. Il ne suffit cependant pas de garantir la vitalité culturelle, mais il faut aussi faire circuler à l'extérieur l'image d'un pays où la vie intellectuelle et économique revêt une importance tout aussi grande. L'actif réel d'une société se mesure à sa capacité d'innovation.