Exportation de l'expertise énergétique - Le Québec à la conquête du monde

Les Québécois sont à la conquête du monde! L'hégémonie américaine ne s'est pas encore répandue dans tous les domaines: la production, le transport et la distribution d'électricité constituent des secteurs dans lesquels les technologies et l'expertise québécoises sont incontournables. À un point tel que ce savoir-faire est de plus en plus exporté sur la scène internationale.

Au Québec, l'énergie est souvent associée à l'hydroélectricité. Peu étonnant quand on sait qu'Hydro-Québec est l'un des plus gros producteurs mondiaux de cette forme d'électricité. Son réseau de transport est le plus imposant en Amérique du Nord: il s'étend sur près de 32 273 kilomètres de lignes électriques, soit deux fois et demie le tour de la Terre.

Créée par le gouvernement québécois en 1944, cette entreprise ne cesse d'élargir ses activités. Durant la seule année 2000, Hydro-Québec a ainsi participé à la réalisation de 39 projets disséminés un peu partout sur la planète: le Vietnam, le Liban, le Cameroun, le Venezuela et le Cambodge sont quelques-uns des pays où les technologies et le savoir-faire d'Hydro-Québec ont été exportés.

Une présence marquée en Amérique du Sud

Plusieurs des projets les plus ambitieux de notre entreprise d'État se situent aux abords de la cordillère des Andes. En 1998, le gouvernement péruvien lui attribuait notamment le mandat de construire une ligne électrique longue de 603 kilomètres. Mise en service en octobre 2000, la ligne TransMantaro atteint parfois les 4000 mètres d'altitude! Un défi à la hauteur de l'expertise d'Hydro-Québec qui en possède ainsi l'exploitation et la maintenance pour les 33 prochaines années.

Un peu plus au sud, la déréglementation de l'industrie électrique chilienne a permis à Hydro-Québec de faire l'acquisition de près de 7276 kilomètres de lignes de transport. Une situation qui fait le bonheur de ses dirigeants: «Hydro-Québec est solidement implantée au Chili avec Transelec, ainsi qu'au Pérou avec TransMantaro. Il s'agit, dans les deux cas, d'entreprises [É] à partir desquelles Hydro-Québec développera sa présence en Amérique du Sud au cours des prochaines années», affirmait récemment le président-directeur général d'Hydro-Québec, André Caillé.

Selon une porte-parole de l'entreprise, Sylvie Tremblay, cette orientation constitue le leitmotiv pour les années à venir. Hydro-Québec, grâce à sa filiale Hydro-Québec international, investit des fonds sur la scène internationale «dans des projets de construction et d'investissement, et réalise des projets d'assistance technique dans quelque 80 pays», soutient un communiqué de l'entreprise.

Le G7 et le E7

De plus, suite à une initiative conjointe avec Électricité de France (EDF), Hydro-Québec a fondé, en 1992, le regroupement E7. Réunissant neuf des grandes entreprises d'électricité des pays membres du G7 (France, Canada, Allemagne, Italie, Japon, Grande-Bretagne et États-Unis), la mission de ce groupe est «d'agir sur les grands enjeux du développement énergétique mondial en faisant la promotion de la production et de l'utilisation rationnelles de l'électricité comme facteurs de préservation de l'environnement global et de développement durable». Les projets de ce groupe sont variés et répartis à la grandeur du globe: Jordanie, Bénin, Burkina Faso, Niger, Bhoutan, Indonésie, Bolivie et Équateur.

Hydro-Québec possède également plusieurs partenaires: Noverco inc. (une société de gestion à la tête de nombreuses entreprises engagées dans le transport et la distribution de gaz naturel), HQ Energy Services US (une entreprise qui achète et vend de l'énergie sous toutes ses formes sur le marché américain), la Société d'énergie de la Baie James (qui fournit des services en ingénierie et en réalisation de projets de construction dans le domaine de l'énergie, tant sur la scène locale qu'internationale) et Hydro-Québec CapiTech (une société de capital de risque qui investit dans des entreprises dont les produits et services sont liés au domaine de l'énergie).

D'autres projets sont également réalisés en collaboration avec des entreprises québécoises: la ligne de transport MurrayLink, construite en Australie par Hydro-Québec, est également la copropriété de la firme québécoise SNC-Lavalin.

SNC-Lavalin

La division «Énergie» de SNC-Lavalin est, pour sa part, présente dans près d'une centaine de pays. Cette compagnie possède d'ailleurs une réputation internationale en ingénierie, en construction de centrales hydroélectriques, nucléaires et thermiques, en réalisation d'études et en conception de réseaux de transport et de distribution d'énergie.

«Notre entreprise a réellement pris son envol grâce à l'hydroélectricité, mais notre principale force est l'ingénierie et la construction, explique le vice-président principal et directeur-général de la division Énergie de SNC-Lavalin, Paul Dufresne. Nous avons aussi développé une véritable expertise dans le financement de projets et dans la recherche d'investissements, ce qui est très prisé de ceux qui avancent des sommes importantes dans ces projets.»

Les réalisations les plus récentes ont notamment été effectuées en Ontario, en Saskatchewan, en Inde, en Indonésie, en Chine, aux États-Unis et en Thaïlande. Selon Paul Dufresne, près de 50 % des opérations de SNC-Lavalin se déroulent à l'extérieur du Québec. «Cette présence et cette expertise variée dans tous les secteurs nous permettent de demeurer très à jour dans l'évolution des technologies. Nous pouvons ainsi observer toutes les possibilités intéressantes qui peuvent éventuellement s'ouvrir à nous», poursuit-il.

Gaz Métropolitain

Principal distributeur de gaz naturel au Québec (97 % de la consommation), Gaz Métropolitain constitue également un exemple d'entreprise québécoise dont les activités débordent la frontière de la province. Troisième distributeur de gaz naturel au Canada et propriétaire à 100 % de Vermont Gas Systems, Gaz Métropolitain représente le seul distributeur de gaz naturel dans l'État américain du Vermont. L'entreprise y exploite notamment un réseau de distribution de 815 kilomètres et dessert près de 30 000 clients.

De plus, elle possède 19,1 % des actions du Portland Natural Gas Transmission System, un gazoduc qui transporte du gaz naturel de Lachenaie, au nord de Montréal, jusqu'aux États-Unis. Pourtant, l'entreprise n'envisage pas d'étendre plus que cela ses activités internationales.

«Nous n'envisageons aucune expansion internationale car nous préférons nous concentrer sur ce qui est déjà construit», affirme le président et chef de la direction, Robert Tessier. Plusieurs autres projets sont néanmoins dans la mire des dirigeants de l'entreprise, notamment le développement d'une expertise en réparation d'infrastructures de réseaux de distribution ainsi qu'en installation de fibre optique. «On développe notre savoir-faire dans ces domaines et on sera prêt quand viendra le temps où l'on en aura besoin», continue Robert Tessier.

Une demande qui s'accentue...

«La demande en énergie est constamment à la hausse, notamment dans les pays en émergence et ceux qui sont moins développés», affirme Paul Dufresne. Ainsi, les technologies et l'expertise québécoises risquent d'être de plus en plus en demande dans les années à venir. De plus, les exigences écologiques marqueront le pas pour le développement des sources d'énergie futures. Avec son expertise en hydroélectricité et son parc éolien se classant parmi les plus grands au monde (situé en Gaspésie et réalisé par une autre compagnie québécoise, AXOR), le Québec est bien positionné pour partager son savoir-faire.