Économie - La diversification s'impose pour assurer une présence québécoise sur les marchés extérieurs

Il y a plus d'une décennie, le Québec s'est doté d'une stratégie à l'exportation qui vise à atteindre, d'ici 2006, une cible de croissance réelle annuelle moyenne des exportations de 5 %. Cible que le Québec devrait atteindre sans trop de difficultés, selon Harold Mailhot, sous-ministre adjoint au développement des marchés au ministère de l'Industrie et du Commerce, dès que la reprise économique nord-américaine se fera réellement sentir.

Le mot clé de la stratégie québécoise en exportation est la diversification — à la fois des marchés et des produits. «Nous devons chercher à élargir notre base de produits plutôt que de remplacer un produit ancien par un produit nouveau, déclare le sous-ministre à l'Industrie et au Commerce, Harold Mailhot. Nous devons accomplir cela tout en consolidant les secteurs dans lesquels nous sommes traditionnellement forts.»

Parmi les secteurs appelés à croître dans les prochaines années, il y a celui des biens de consommation, en particulier ceux touchant le domicile comme les armoires de cuisine, les salles de bain, les meubles de bureau. «Les Américains font de plus en plus du cocooning et ils investissent davantage dans leurs maisons.»

D'autres nouveaux secteurs économiques sont à développer. Notons, entre autres, les domaines biomédical et biopharmaceutique, l'instrumentation médicale et les produits diagnostiques, les technologies de l'information et le multimédia ainsi que la photonique et l'optique.

Le marché nord-américain, surtout celui des États-Unis, demeure la principale destination pour les biens et services québécois. «C'est un marché qui est loin d'être saturé et le Québec peut y occuper une plus large place.»

Malgré cette réalité, des efforts devront être consentis afin de diversifier les marchés extérieurs. On vise notamment à accroître les exportations québécoises vers l'Europe et l'Asie. Même si ces marchés ne peuvent se comparer au marché américain en ce qui a trait au volume des exportations, certains dépasseront en croissance le marché américain. «Je pense à des pays comme l'Inde, la Chine et la Corée du Sud. On estime qu'on connaîtra cette année une croissance de 7 % de nos exportations sur le marché asiatique.» Il ne faut pas non plus négliger les pays en voie d'émergence car ils permettent au Québec d'exporter non seulement des biens, mais aussi son savoir-faire. On pense notamment aux technologies reliées à l'environnement ainsi qu'à la formation du personnel.

Le gouvernement du Québec a mis sur pied une série de programmes d'aide technique et financière, comme Impact PME, afin d'encourager et d'encadrer les entreprises québécoises qui veulent se lancer sur le marché de l'exportation, et de soutenir celles qui y sont déjà mais qui veulent développer de nouveaux marchés. Selon Harold Mailhot, la clé de la réussite en matière d'exportation ne repose pas uniquement sur le produit. «Il faut que l'exportation soit au coeur de la stratégie d'affaires de l'entreprise.»

Fléchissement et reprise

Le Québec a connu l'an dernier un léger fléchissement de ses exportations. En effet, selon les données fournies par le ministère de l'Industrie et du Commerce, elles sont passées de 136,1 milliards de dollars en 2000 à 134,9 milliards de dollars en 2001, soit une baisse de 4,1 %. Le Québec devrait toutefois faire mieux cette année puisqu'on s'attend à une baisse d'environ 2 %. «Nous sommes présentement au creux de la vague, soutient M. Mailhot, mais nous estimons que nous referons surface en 2003 avec une hausse de 3 %.»

Deux raisons expliquent cette diminution dans les exportations. D'une part, il y a le ralentissement économique chez nos voisins du sud, de loin notre plus important marché. D'autre part, il y a la bulle spéculative dans le domaine des télécommunications qui s'est crevée et dont on subit encore les contrecoups. «Au fond, nous sommes vulnérables dans les secteurs où nous sommes forts, c'est-à-dire l'aéronautique et les télécommunications. On a qu'à penser à la situation de Nortel pour s'en convaincre. Ce sont ces deux secteurs qui nous ont fait le plus mal, parce que les autres secteurs d'exportation fonctionnent relativement bien.»

Une économie tournée vers l'extérieur

La petitesse du marché domestique a fait en sorte que le Québec, comme le Canada d'ailleurs, est devenu un pays exportateur. Au Québec, selon les chiffres disponibles pour l'an dernier, les exportations, incluant les exportations interprovinciales, comptaient pour 59 % du produit intérieur brut. «On estime que trois emplois manufacturiers sur cinq dépendent des exportations.»

Du montant total de 134,9 milliards de dollars, 44,3 milliards provenaient des exportations vers le reste du Canada et 90,5 milliards de celles destinées aux marchés étrangers, dont près de 85 % sur le seul marché américain. On remarque aussi que, sauf en 2001, les exportations vers l'étranger augmentent plus rapidement que celles vers les autres provinces. Hormis les États-Unis et le Canada, le Québec exporte principalement vers l'Europe (9,2 %) et vers l'Asie et l'Océanie (3,6 %). L'Amérique latine, l'Afrique et le Moyen-Orient se partagent le reste.

Le Québec compte sept principaux secteurs d'exportation. En ordre d'importance, ce sont l'aéronautique, l'aluminium, le matériel de télécommunication, le papier journal, les machines-outils et les équipements industriels, le bois d'oeuvre et, finalement, le vêtement et les accessoires vestimentaires. Le Québec exporte davantage de biens que de services, surtout au plan international. Sur les marchés mondiaux, les biens représentent 87,7 % du total des exportations. Par contre, sur le marché uniquement canadien, ce chiffre tombe à 63 %.

Si certains de ces biens exportés tombent sous le sens — par exemple l'aluminium et le papier journal, où le Québec se situe au deuxième rang mondial —, d'autres secteurs d'exportation peuvent surprendre, comme le vêtement, trop souvent perçu comme un secteur mou. «Le vêtement au Québec a toujours été un secteur d'exportation assez fort et il est présentement en croissance, surtout depuis que la fourrure revient à la mode après une longue hibernation», nous dit M. Mailhot.

Nature oblige, le Québec exporte surtout des vêtements d'hiver, en particulier des bottes et des chaussures. Mais il est aussi très présent dans le vêtement pour hommes sur le marché américain et il a fait quelques percées en Europe dans le vêtement haut de gamme pour dames. «On ne s'en rend pas compte, mais une entreprise comme Pearless vend 95 % de sa production de vêtements pour hommes aux États-Unis.»