Investissement - Québec, terre de haut savoir

Les grandes cités industrielles et les Innovatechs de la province favorisent l'investissement étranger. «Je reçois près de 70 délégations étrangères par année et toutes sont étonnées de constater à quel point le Québec est intéressant pour l'investissement: le coût peu élevé des loyers et de la recherche, les programmes fiscaux très compétitifs, la qualité et l'abondance de la main-d'oeuvre, sans oublier la qualité de vie, font du Québec une destination de choix pour les entreprises qui souhaitent s'installer en Amérique du Nord», soutient Isabelle Giasson, directrice marketing et communication de la Cité du multimédia.

Depuis quelques années, le Québec attire de plus en plus les investisseurs étrangers. Aujourd'hui, plus de 1200 sociétés internationales opèrent au Québec, principalement dans les secteurs de la nouvelle économie du haut savoir. La majorité de ces entreprises sont d'origine américaine ou européenne. Les compagnies Rolls Royce (Royaume-Uni) et Pratt & Whitney (États-Unis) ont investi à elles seules près de un milliard de dollars dans le secteur de l'aérospatiale québécoise entre 1998 et 2000. Le domaine biopharmaceutique a quant à lui bénéficié d'investissements se chiffrant à plus de 800 millions depuis 2000.

Les facteurs d'attrait

Plusieurs facteurs incitent les entreprises étrangères à s'établir au Québec. Un grand nombre d'entre elles tirent profit de sa situation géographique privilégiée pour s'exercer sur le marché nord-américain avant de s'attaquer au vaste marché de nos voisins du sud. Réputée pour sa qualité de vie, la Belle Province offre un environnement sécuritaire et une vie culturelle attrayante.

Mais les principaux avantages se situent sur le plan de la main-d'oeuvre et des exemptions fiscales. Selon une étude menée par KPMG, les coûts de la main-d'oeuvre au Québec sont de 32 % inférieurs à ceux des États-Unis. De plus, elle y est abondante, qualifiée et bilingue. «Les investisseurs étrangers recherchent du personnel bien formé, particulièrement dans les secteurs de la nouvelle économie, et le Québec a un avantage sur ce plan grâce à sa concentration d'universités, explique Benoît Labonté, président du World Trade Centre Montréal. Les conditions fiscales sont aussi devenues très concurrentielles.»

Les exemptions fiscales

Selon Benoît Labonté, les grands complexes industriels tels que la Cité du multimédia, la Cité du commerce électronique ou la Cité de la biotech à Laval favorisent l'investissement étranger grâce à leur masse critique. Promus par le gouvernement québécois au moyen d'exemptions fiscales depuis la fin des années 1990, ces technopoles regroupent des entreprises spécialisées dans un domaine particulier. Par leur proximité, ils stimulent les échanges, la mise en commun des ressources et la créativité.

Afin de créer une synergie et d'attirer les entreprises étrangères, le gouvernement provincial offre des mesures fiscales très avantageuses. Les locataires de la Cité du multimédia bénéficient de crédits d'impôt de 40 % jusqu'à concurrence de 15 000 $ annuellement pour chaque emploi créé, et ce, pendant 10 ans.

À la Cité de la biotech, on compte attirer les entreprises grâce à quatre crédits d'impôt différents de trois à dix ans, en plus d'une exemption d'impôt de 40 % sur l'augmentation annuelle de la masse salariale, pour un maximum de 15 000 $ par employé pendant cinq ans. Le crédit d'impôt pour les entreprises de biotechnologie est estimé à 64 millions de dollars.

En tout, l'Institut économique de Montréal prévoit que les exemptions fiscales des cités industrielles coûteront plus de 2 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

Des résultats ambivalents

«C'est une centaine de millions de dollars qui a été investie dans la Cité de la biotech depuis sa création en 2001, et une part non négligeable est attribuable à des sociétés étrangères telles que Aventis Pharma (Allemagne) ou Roche Diagnostic (Suisse)», souligne Pierre Bélanger, p.-d.g. de la Cité de la biotech.

Même son de cloche à la Cité du multimédia. «Nous avons joué un rôle important puisque 10 % des entreprises de la Cité du multimédia sont étrangères», fait observer Isabelle Giasson, directrice marketing et communications de ladite Cité. Selon elle, les compagnies telles que Motorola (États-Unis) ou Microïds (France) se sont installées à Montréal pour les avantages fiscaux et la disponibilité de la main-d'oeuvre qualifiée. «La majorité des entreprises étrangères qui s'installent à la Cité du multimédia engagent ici, ce qui a permis de créer entre 600 et 800 emplois au cours des dernières années. Et elles sont amenées à y rester», ajoute-t-elle. Si la Cité du multimédia ne va pas aussi bien que prévu — elle affiche aujourd'hui un taux d'inoccupation de 18 % — , Mme Giasson ne s'en fait pas. «Il s'agit de conjonctures économiques sur lesquelles nous n'avons aucun ascendant. Ce taux n'a rien d'alarmant et nous comptons redresser la situation au cours des prochains mois.»

Une vitrine du savoir-faire québécois

Grâce à leur masse critique, ces cités créent une vitrine du savoir-faire québécois. «Aujourd'hui, le Québec est reconnu mondialement pour ses innovations sur le plan technologique», souligne le p.-d.g. de la Cité du commerce électronique, Harry Plaster.

Le projet, en développement depuis 2001, n'a pas encore d'occupants, «mais ça s'annonce très bien puisque la phase 1 est louée à 100 % et la phase 2, qui sera terminée en décembre 2003, est déjà louée à 70 %». La future cité regroupera des entreprises de renom international telles que la Computer Science Corporation (CSC) de Californie et IBM, qui vient d'annoncer son déménagement et la création de 400 emplois en cinq ans au Québec.

La Cité du commerce électronique a d'ailleurs obtenu une part intéressante d'investissements étrangers grâce à Amot Investment, un gestionnaire d'actifs israéliens qui a injecté 12,5 millions — le même montant d'argent que Desjardins — dans la phase 1 du projet.

Harry Plaster avoue pourtant que «la Cité du commerce électronique n'attire pas encore beaucoup de nouveaux investisseurs étrangers en raison des coûts élevés qu'entraîne un déménagement». Il se questionne aussi sur les raisons du succès des cités québécoises: «Beaucoup d'efforts ont été mis dans le développement des technopoles et ça commence à rapporter, mais est-ce dû aux interventions gouvernementales ou au dynamisme des entreprises québécoises?»

D'autres stratégies gouvernementales: les Innovatechs

En marge des cités, une autre initiative gouvernementale a été mise sur pied pour favoriser l'essor des entreprises de la nouvelle économie et maintenir un rythme annuel constant en matière de nouveaux investissements. En tout, cinq Innovatechs opèrent sur le territoire québécois.

Francine Laurent, p.-d.g. d'Innovatech Québec, a pour mission d'aider les entreprises oeuvrant sur son territoire et de les mettre en valeur. Si elle croit qu'il est difficile d'amener une entreprise étrangère en région, elle pousse l'investissement en capital de risque. «Nous sommes "pro-actifs" dans ce domaine et nous créons des partenariats à forte valeur ajoutée.» Innovatech Québec a ainsi investi 5 millions dans un fond de capital de risque de Boston, un investissement accompagné d'une entente de réciprocité, il va sans dire. «Nous rêvions bien d'avoir des investissements étrangers, mais cela prend du temps pour construire des entreprises solides.» Selon elle, la capitale devient de plus en plus intéressante pour les investisseurs étrangers grâce à un accès à des bassins de compétences. «Les choses ne peuvent aller qu'en s'améliorant.»

Du côté de la métropole, Innovatech du Grand Montréal met de l'avant deux stratégies pour attirer les fonds étrangers. La première mesure est l'investissement dans les compagnies étrangères innovantes pour les convaincre de s'établir à Montréal. «Contrairement à Investissement Québec, nous ne nous intéressons pas aux entreprises déjà existantes, mais nous favorisons les nouveaux projets et nous les amenons à Montréal», explique Hubert Manseau, président d'Innovatech du Grand Montréal. Depuis une dizaine d'années, c'est près de 30 entreprises étrangères qu'Innovatech a amenées sur le territoire montréalais. Ses arguments pour les attirer? «Le coût très peu élevé de la R&D [recherche-développement] comparativement aux autres métropoles mondiales et la qualité des cerveaux intéressent les nouvelles entreprises davantage que les crédits d'impôt, offerts par tous les pays.»

Comme à Québec, Innovatech du Grand Montréal investit dans des fonds de capital de risque étrangers et signe des ententes de réciprocité. «C'est une formule très efficace et qui séduit de plus en plus d'investisseurs.»

Globalement, tous s'accordent pour dire que le Québec va chercher sa part d'investissements étrangers par rapport au reste du Canada et de l'Ontario, mais que l'écart se rétrécit. «Le marché québécois est extrêmement intéressant et n'ira qu'en s'améliorant. Il faut toutefois s'assurer, pour atteindre notre plein potentiel, de développer le point de vue régional et d'arrêter la compétition entre les régions. Tous doivent comprendre que Montréal est le centre économique et que ce qui est bon pour la métropole profite à l'ensemble du Québec», conclut Benoît Labonté du World Trade Centre Montréal.