Association internationale de théâtre pour l'enfance et la jeunesse -- Le jeune théâtre s'installe sur la grande scène du monde

En 2005, Montréal accueillera le congrès de l'Association internationale de théâtre pour l'enfance et la jeunesse (ASSITEJ), soit près de 100 pays et une quarantaine de productions.

Heureux fondateur et directeur artistique du festival Coups de théâtre, Rémi Boucher est également membre du comité exécutif international de l'ASSITEJ, en plus de diriger son antenne canadienne. «L'ASSITEJ, rappelle-t-il, est née en 1964 à l'initiative de la France et de la Russie. Elle rassemblait alors la plupart des pays de l'Europe de l'Est et plusieurs de l'Europe de l'Ouest. Sa création était motivée par la nécessité, pour les praticiens, de se rencontrer pour se parler de contenu, mais aussi pour aider à la circulation des spectacles.» Le théâtre pour la jeunesse se distingue de celui pour adultes sur plusieurs plans: il s'agit essentiellement d'oeuvres de création, souvent jouées deux ou trois ans, et beaucoup exportées. Son réseau de diffusion diffère également de celui du théâtre pour adultes, passant par les écoles, mais aussi les salles spécifiquement conçues pour le jeune public. Ces salles comportent entre 250 et 400 sièges plus étroits et rapprochés de la scène que dans les salles traditionnelles; de plus, les installations offrent souvent des aires de repos et de repas. Ces salles sont de plus en plus nombreuses, surtout en Europe et en Amérique du Sud.

Émergence

Rémi Boucher situe l'ère de renouveau du théâtre pour la jeunesse vers la fin 1970, début 1980. «C'est né simultanément à la montée du fait francophone, avec le désir de se démarquer du théâtre institutionnel. Il y a de moins en moins de sujets tabous et les créateurs ont davantage d'expérience dans la manière de dire les choses. La société a évolué, les jeunes sont en contact avec beaucoup d'information, les familles sont éclatées, il y a moins de modèles. Les créations reflètent ces mutations. Bien sûr, ces réalités sont transposées: nous ne sommes pas là pour enseigner ou pour remplacer les parents, mais pour ouvrir l'imagination, donner une vision d'artiste. Les créateurs ne mettent pas pour autant de côté l'aspect éducatif et sont conscients de leurs responsabilités. Entre cinq et neuf ans, la mémoire des enfants est extrêmement vive, ils vont se souvenir longtemps du spectacle auquel ils assistent.»

Le directeur de la section canadienne de l'ASSITEJ considère que le Québec est une terre fertile pour la création jeunesse, que ce soit dans les domaines de la littérature, du cinéma, de la télé ou du théâtre. Ce qui, à son sens, caractérise notre production dans cette dernière discipline, c'est, outre sa diversité, son avant-gardisme: «On précède ce qui se passe ailleurs; nous sommes en phase avec les préoccupations des jeunes, et la tendance à faire le pont avec la danse, la musique contemporaine et le multimédia est très marquée.»

Montréal 2005

Le nombre de centres nationaux affiliés à l'ASSITEJ a considérablement augmenté au fil des années. Depuis le congrès de l'association à Rostov en 1996, le «membership» a presque doublé, passant de 41 à 75 centres nationaux. Née dans les années 1970, la section canadienne a longtemps éprouvé des problèmes de financement et de représentation de ses membres, particulièrement les francophones. Les choses changent en 1999. Au congrès triennal de l'ASSITEJ, Rémi Boucher est élu à l'exécutif.

Issu d'une famille adorant le théâtre, ancien étudiant en production à l'École nationale de théâtre, l'homme fait montre d'une impressionnante expérience dans le domaine. Avec Marie-Hélène Falcon — qui fondera ultérieurement le Festival de théâtre des Amériques —, il a donné naissance au Festival québécois du jeune théâtre en 1988; il a aussi travaillé au Conseil des arts du Canada pour mettre sur pied une aide gouvernementale aux compagnies produisant des pièces pour les jeunes, et a été directeur général de la Maison québécoise du théâtre pour l'enfance et la jeunesse de 1988 à 1993. Et c'est sans parler de son festival international de cinéma jeune public, Les 400 coups, et des Coups de théâtre (nés en 1990) biennaux.

Suite à son accession à l'exécutif de l'ASSITEJ, Rémi Boucher déménage les pénates de la centrale canadienne à Montréal et, la même année, propose au congrès de l'ASSITEJ en Norvège la candidature de sa ville. Séoul l'emporte mais ce n'est que partie remise: lors du congrès suivant, dans la capitale de la Corée du Sud, Montréal emporte la mise dès le premier tour de scrutin, après une chaude lutte contre la Grande-Bretagne et l'Australie — pourtant pas les premiers venus. «Ç'a été une lutte féroce, se souvient Rémi Boucher. Nous avons travaillé pendant six mois à temps plein pour réaliser ce projet. L'aide des gouvernements et du Palais des congrès, tout comme la réputation des Coups de théâtre, ont joué en notre faveur.»

Ce sera la première fois que le congrès aura lieu en Amérique du Nord. Compte tenu de la popularité de la discipline, M. Boucher estime qu'à ce moment, une centaine de pays seront représentés. Le thème, «Les trois Amériques» — anglophone, francophone et hispanophone — se retrouvera dans le tiers des quelque 40 spectacles programmés et dans l'aire d'exposition du Palais des congrès, un partenaire de l'ASSITEJ. Une participation des Amérindiens est également espérée à cet événement, dont tous les colloques, conférences et rencontres sont ouverts à l'ensemble de la population. On sait déjà que plusieurs des spectacles présentés lors de ce congrès, lieu privilégié de «booking», se déplaceront ensuite dans plusieurs salles du Canada et des États-Unis. Durant les mois de mai et juin seulement, 18 festivals de théâtre pour le jeune public se tiennent au Canada. L'antenne canadienne de l'événement mettra d'ailleurs sur pied, pour l'occasion, un «bureau des tournées». Si l'essentiel des activités prendra place à Montréal, Rémi Boucher se veut ouvert à la décentralisation: «Nous ferons un appel à tous et nous serons sensibles à tout projet à l'extérieur de Montréal.» Les Coups de théâtre, événement indépendant de l'ASSITEJ mais aussi dirigé par Boucher, a cette année réalisé ce désir en présentant à l'extérieur de Montréal quatre de ses spectacles. À n'en pas douter, le prochain congrès de l'ASSITEJ laissera des traces durables.