Gestion agroenvironnementale - Les agriculteurs québécois cultivent l'environnement

Québec - Les agriculteurs québécois se démarquent de ceux du reste du Canada dans le domaine de l'environnement. Non seulement ils ont des pratiques de culture de conservation des sols et de l'eau, mais ils utilisent moins de fertilisants et de pesticides.

Hier matin, les dirigeants de l'Union des producteurs agricoles (UPA) n'étaient pas peu fiers de présenter ces résultats à leurs membres qui se plaignent d'une opinion publique négative. Ils étaient encore plus satisfaits de leur démonstration parce qu'elle s'appuyait sur des données du ministère de l'Environnement du Québec et sur l'enquête 2001 de Statistique Canada sur la gestion agroenvironnementale des fermes canadiennes.

«Si c'était moi qui vous l'avais dit, on aurait pu en douter», a admis d'un ton ironique le président de l'UPA, Laurent Pellerin. Il s'agissait du tout premier bilan agroenvironnemental présenté aux membres de cet organisme. «Il n'y a rien comme un producteur agricole dans un rang qui change une de ses pratiques pour influencer les autres producteurs aux alentours.»

Moins de pesticides

Au Québec, les ventes de pesticides ont chuté de 7 % entre 1992 et 1999, et ce, malgré une hausse notable de la superficie des terres cultivées, fait remarquer l'UPA. Les agriculteurs utilisent également moins d'engrais minéraux: 6 % moins d'azote, 35 % moins de phosphore et 44 % moins de potassium.

«Le fait d'utiliser davantage nos engrais de ferme nous amène à utiliser moins les engrais minéraux, explique Louis Ménard, coordonnateur de la stratégie agroenvironnementale à l'UPA. On fait une utilisation plus rationnelle des intrants. C'est notre stratégie et nous avons également du soutien de l'État, comme le programme Prime-Vert.»

Comparativement à ceux du reste du Canada, les agriculteurs québécois font très bonne figure. Près de la moitié des fermiers d'ici disposent d'un plan de fertilisation alors que ce n'est le cas que pour 15 % des agriculteurs canadiens. Les Québécois utilisent aussi moins d'engrais minéraux par hectare cultivé. «En tout, 21 % des fermes québécoises font de l'application en bandes, ce qui permet de réduire de 50 % les quantités utilisées alors que ce n'est le cas que dans 10 % des fermes canadiennes», insiste M. Ménard.

De plus, les fermiers québécois procèdent plus souvent à des analyses chimiques. Ainsi, 21 % des agriculteurs du Québec ont échantillonné leur fumier en 2001 contre 8 % dans le reste du Canada; 19 % en ont fait de même pour leur lisier contre 7 % dans le ROC; et 83 % ont fait l'analyse de leur sol contre 61 % dans le ROC. Les données de Statistique Canada démontrent également que les fermiers du Québec épandent de moins en moins durant l'automne.

«Le virage agroenvironnemental fonctionne et ça donne des résultats mesurables, se flatte Laurent Pellerin. [...] On n'est pas contre les règles environnementales, au contraire. On est prêts à tout faire, mais il faut nous donner du temps. Il faut nous donner un accompagnement physique et financier et nous allons y arriver.»

Selon l'UPA, la naissance des clubs-conseils a largement contribué à améliorer le bilan environnemental. Mis sur pied en 1997, ces clubs sont des regroupements volontaires dont l'objectif est de favoriser le développement durable des fermes en offrant, entre autres, les services d'agronomes et en donnant des ateliers de sensibilisation. Il en existe aujourd'hui 79 répartis dans les campagnes et ils regroupent 5623 agriculteurs (sur un total de 43 638 membres), soit 18 % des fermes.

Si plusieurs délégués ont accueilli le bilan environnemental de l'UPA avec le sourire, d'autres agriculteurs ont pris le micro pour rappeler aux dirigeants de l'organisation que la bataille n'était pas gagnée. «On dit qu'on est bons, mais le test final c'est de savoir l'impact sur l'eau et la terre, a indiqué Pierre Villeneuve. Il y a une partie du chemin de fait, mais il faut savoir de quelle couleur ça sort au bout du tuyau.»

Un autre membre s'est montré inquiet des nouvelles molécules utilisées dans la composition des produits fertilisants. «Je remarque bien que j'utilise de moins grandes quantités, mais je me demande toujours si on pollue autant.»

Là-dessus, les dirigeants de l'UPA se sont montrés catégoriques. «Il n'y a aucun doute dans mon esprit. Les produits utilisés aujourd'hui sont moins agressifs sur l'environnement que ceux qu'on utilisait il y a 30 ans, tranche Laurent Pellerin. Il y a eu une évolution et aucun expert en agriculture ne vous dira le contraire.»