AOL part à la reconquête des internautes

New York — Le groupe américain AOL Time Warner a présenté hier le plan de bataille de sa filiale Internet American Online (AOL) pour 2003, «année de transition» où elle espère reconquérir des abonnés afin de compenser la chute annoncée des recettes publicitaires et des bénéfices.

«Nous devons revitaliser nos produits, écouter notre clientèle pour la satisfaire mieux et faire en sorte qu'elle reste connectée plus longtemps», a déclaré le p.-d.g. d'AOL, Jonathan Miller, devant un parterre d'analystes de Wall Street réuni à New York. «Nous n'avons pas innové autant que nous aurions dû le faire, et nos concurrents ont pris de la force», a-t-il ajouté en soulignant qu'une nouvelle version 9.0 du portail Internet d'AOL sera présentée en début d'année.

Pour attirer de nouveaux abonnés, AOL va offrir des services disponibles nulle part ailleurs sur Internet et surtout essayer de vendre un accès plus rapide et plus facile à ces contenus grâce au haut débit (broadband, la «bande large»), un système dont il estime avoir raté la première phase de développement. Les contenus exclusifs seront puisés dans les autres divisions du groupe AOL Time Warner (magazines, CNN, chaînes de cinéma).

Sans que cela leur coûte davantage, les abonnés d'AOL pourront lire des extraits des différents titres du groupe Time comme People Weekly (célébrités), Teen People (presse adolescente) ou Health (santé), suivre les informations télévisées de CNN ou encore regarder en avant-première les derniers clips des artistes de Warner Music.

Les internautes sont de plus en plus nombreux à choisir des connections à haut débit, notamment pour pouvoir charger facilement musique ou vidéo. «Nous voulons être les meilleurs dans tous ces systèmes», ont insisté les dirigeants du numéro un mondial du service Internet, avec 35 millions d'abonnés.

Un pari risqué

Avant la rencontre avec les analystes, la presse financière soulignait hier matin qu'AOL lançait un «pari risqué» en misant sur le succès du broadband. Certes, les abonnements au haut débit affluent chez le concurrent Earthlink, mais ce dernier enregistre néanmoins des pertes car il faut payer cher les câblo-opérateurs ou les compagnies de téléphone dont les connections sont utilisées, expliquait ainsi le Wall Street Journal.

Dans un secteur où la concurrence est de plus en plus effrénée (avec Microsoft et Yahoo! notamment), AOL a récemment enregistré un ralentissement de la croissance de ses abonnements, encore vigoureuse fin 2001. Depuis septembre, il avertit également que ses recettes publicitaires sont sur le déclin.

AOL s'attend pour 2003 à ce que «la croissance solide des recettes provenant des abonnements dans le monde soit contrebalancée par un déclin de 40 à 50 % des recettes générées par la publicité et le commerce», selon un communiqué diffusé hier matin. Ce nivellement explique la prévision d'un chiffre d'affaires à peu près inchangé l'an prochain par rapport à 2002, où le groupe table sur des ventes comprises entre 8,8 et neuf milliards de dollars, a-t-il précisé.

AOL souffre particulièrement de la disparition de nombreuses entreprises d'Internet qui lui achetaient de la publicité en ligne.

«Il est clair que 2003 sera une année de transition, mais avec ce plan, nous nous attendons à ce qu'America Online génère une fois de plus une croissance solide de son excédent brut d'exploitation à partir de 2004», a souligné le responsable financier d'AOL Time Warner, Wayne Pace.