Les conseillers financiers font l'objet d'une enquête

L’étude publiée dans Protégez-Vous signale notamment que bon nombre de conseillers s’acquittent plutôt mal de ce qui doit soutenir toute stratégie d’épargne et de placement: établir la situation financière actuelle du client.
Photo: Agence Reuters L’étude publiée dans Protégez-Vous signale notamment que bon nombre de conseillers s’acquittent plutôt mal de ce qui doit soutenir toute stratégie d’épargne et de placement: établir la situation financière actuelle du client.

Le caractère préoccupant d'une étude d'Option Consommateurs portant sur le niveau de compétence de certains conseillers financiers a incité hier l'organisme disciplinaire de ce secteur à demander l'institution d'une enquête.

La Chambre de sécurité financière (CSF), responsable de la formation et de la déontologie des conseillers qui oeuvrent sur le territoire québécois, a demandé à son syndic de se pencher sur les raisons faisant que la moitié d'entre eux n'ont pas obtenu la note de passage de l'évaluation secrète.

L'étude publiée dans Protégez-Vous signale notamment que bon nombre de conseillers s'acquittent plutôt mal de ce qui doit soutenir toute stratégie d'épargne et de placement: établir la situation financière actuelle du client.

«Nous sommes très surpris», a dit lors d'un entretien Luc Labelle, vice-président de la CSF. «Il s'agit vraiment d'une exigence de base, inscrite dans la loi et dans le code de déontologie des disciplines de valeurs mobilières. Nous prenons ça vraiment très au sérieux.»

Le même profil

Dans le cadre de l'enquête d'Option Consommateurs, quatre personnes ont rencontré 39 conseillers. Chaque personne adoptait le même profil: environ 30 ans, chef de famille monoparentale qui vient d'hériter de 75 000 $, salaire de 55 000 $, pas d'avantages sociaux, pas d'économies ni d'assurances mais pas de dettes. Le client fictif voulait faire fructifier son argent mais souhaitait être prudent. De plus, il voulait acheter une maison de 300 000 $ d'ici un à trois ans et prendre sa retraite à 55 ans.

Selon les résultats de l'enquête, 25 des 39 conseillers n'ont établi qu'un portrait «partiel» du client. Il était impossible de dire si le syndic irait rencontrer les conseillers ayant obtenu les pires résultats. «On peut le présumer, mais le processus d'enquête du syndic est laissé à la discrétion de celui-ci», a dit M. Labelle. «On peut présumer qu'il va prendre tous les moyens.»

Des succursales de toutes les grandes banques ont été visitées, de même que des caisses populaires et des filiales de placement appartenant aux grandes compagnies d'assurance. Pour chaque groupe financier, certains conseillers ont très bien fait alors que d'autres ont échoué lamentablement.

À la Banque Laurentienne, une porte-parole a affirmé que l'établissement ne doute pas de la crédibilité de Protégez-vous et d'Option Consommateurs, mais qu'il «a des questionnements» par rapport à l'enquête et souhaite en savoir davantage sur son déroulement avant de faire des commentaires. La Banque de Montréal, pour sa part, n'a pas voulu faire de commentaires, s'affairant à prendre connaissance de l'enquête.

La CSF, qui est régie par l'Autorité des marchés financiers (AMF), gère un programme obligatoire de formation continue, mais ce n'est que depuis peu, en décembre 2006, que celui-ci comporte un volet sur la conformité, a dit M. Labelle. Il faudra «trouver le maillon faible» de ce qu'a démontré l'enquête, a-t-il ajouté, en affirmant que d'éventuelles mesures correctives pourraient être mises en place parmi les cabinets de représentants, à la CSF ou à l'AMF.

L'AMF, de son côté, gère notamment la certification des représentants et est responsable de l'entrée en carrière. Elle a déboursé de l'argent pour financer l'étude. «C'est très préoccupant», a dit le porte-parole, Frédéric Alberro. Il faudra attendre le résultat final de l'enquête d'Option Consommateurs avant de formuler des recommandations, a-t-il dit. «Il y a plusieurs éléments là-dedans. Il y a la formation d'entrée [au marché du travail], la formation continue, les inspections, mais aussi la sensibilisation auprès des investisseurs.»

En théorie, a dit le vice-président de la CSF, le syndic peut prendre des mesures disciplinaires «et peut aussi traduire un représentant devant le comité de discipline». Parmi les conséquences figurent une série de mesures allant de l'amende jusqu'à la radiation permanente, selon la gravité de la situation en cause.

«Dans l'ensemble des cas qui sont traduits en discipline, il arrive que ce soit parce que l'obligation d'analyser les besoins du client n'a pas été respectée, donc ce sont quand même des choses qui se présentent à l'occasion. Mais c'est du cas par cas», a dit M. Labelle.