Dépassement des coûts à la Caisse de dépôt - L'opposition blâme Landry

Henri-Paul Rousseau a admis lundi que l’investissement de la CDP dans son bureau d’affaires de Montréal s’élevait maintenant à 362 millions de dollars.
Photo: Jacques Nadeau Henri-Paul Rousseau a admis lundi que l’investissement de la CDP dans son bureau d’affaires de Montréal s’élevait maintenant à 362 millions de dollars.

Québec — L'absence de règles de gouvernance adéquates à la Caisse de dépôt fait peser sur Bernard Landry la responsabilité du triplement des coûts de construction de l'immeuble montréalais de la CDPQ, croient Mario Dumont et Jean Charest.

Henri-Paul Rousseau, président et directeur général de la Caisse de dépôt, a admis lundi que l'investissement de l'organisation dans son bureau d'affaires de Montréal s'élevait maintenant à 362 millions de dollars, alors que le prix annoncé au départ était de 102 millions. Ce chiffre initial était «une donnée incomplète» et l'utiliser pour évoquer les coûts du projet a été un «geste imprudent qui a induit en erreur», a-t-il admis.

À l'Assemblée nationale, hier, le chef adéquiste Mario Dumont a toutefois blâmé Bernard Landry pour ce dépassement de coûts. Selon lui, en refusant en février 1995 de séparer les fonctions de président du conseil et de chef de la direction à la tête de la Caisse, «le gouvernement du PQ a ramené la structure à moins de vérifications et de surveillance, ce qui a ouvert la porte au genre d'abus qu'on connaît aujourd'hui».

À 450 $ du pied carré, l'immeuble montréalais de la Caisse est aujourd'hui devenu «un gouffre financier [...], un autre Stade olympique, mais qui est cette fois sur les bras de Bernard Landry, parce que c'est lui qui était ministre des Finances pendant la période en cause et c'est lui qui a refusé de changer les règles de gouvernance à la Caisse», a estimé M. Dumont.

Le chef libéral, Jean Charest, a lui aussi estimé que le problème à la Caisse n'en est pas simplement un d'administration ou d'excédents de coûts, mais surtout d'imputabilité et de gouvernance à l'intérieur. «Où était Bernard Landry, où était Pauline Marois, où était ce gouvernement pendant que la Caisse induisait les gens en erreur sur un projet de cette envergure-là avec des fonds publics?», a-t-il demandé.

Il a ajouté que le gouvernement péquiste ne pouvait ni plaider l'ignorance ni se soustraire à sa responsabilité dans le triplement des coûts de l'immeuble montréalais. «Le gouvernement du Québec est responsable des décisions prises par la Caisse de dépôt, a-t-il déclaré. Le sous-ministre des Finances siège au conseil d'administration pour cette raison-là et l'article 49 de la loi constitutive donne le pouvoir au ministre de demander n'importe quelle information à la Caisse.»

M. Charest a rappelé que son parti réclame depuis plusieurs années des changements au fonctionnement de la Caisse pour qu'on y retrouve des administrateurs indépendants, pour que les postes de président du conseil d'aministration et de directeur général soient scindés et pour que le vérificateur général puisse examiner non seulement les états financiers, mais aussi le bien-fondé des décisions prises.

Une enquête

Le premier ministre Landry et la ministre des Finances Pauline Marois ont, pour leur part, assuré que l'enquête que mène actuellement la vérificatrice générale par intérim, Doris Paradis, permettrait de faire la lumière sur la gestion de la Caisse dans le dossier de la construction de son bureau d'affaires.

M. Landry a toutefois fait valoir que «la loi dit que c'est le conseil d'administration qui est responsable et j'espère que, jamais, aucun gouvernement rétrograde n'aura le culot de rendre l'Assemblée nationale responsable des placements et des gestes de la Caisse et de sa construction».

Pauline Marois a, quant à elle, soutenu que Mme Paradis examinerait toutes les factures dans ce dossier, mais qu'elle ne pouvait pas se pencher sur l'optimisation des ressources parce que cela impliquerait une vérification d'un certain nombre de transactions financières. «On sait qu'aucun gestionnaire de fonds ne rend publiques les informations qu'il a sur certaines compagnies privées, sinon il ne serait plus en affaires», a-t-elle conclu.