Congrès annuel de l'UPA - Les agriculteurs se sentent pris dans un étau

Québec — Frustrés. Exaspérés. Les agriculteurs du Québec se sentent la tête coincée dans un étau administratif et ils demandent aux gouvernements de lâcher prise ou bien de les aider correctement, notamment au sujet des normes environnementales.

«Je le sais pour avoir parlé à des milliers de producteurs durant ma tournée. Il y a des sentiments de frustration et d'exaspération. L'année 2002 a été difficile», a lancé le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Laurent Pellerin, hier après-midi lors d'une allocution d'ouverture au 78e congrès général de son regroupement.

Devant plus de 400 délégués, M. Pellerin a dressé une longue liste des récriminations des gens de la terre: moratoire «mur à mur» sur la production porcine, programme de remboursement de la taxe foncière déficient, prix du lait qui stagne, audiences du BAPE, nouvelle politique de l'eau, pression des concitoyens, ... «On en a gros sur le coeur», a admis M. Pellerin.

Président de l'UPA depuis 1993, Laurent Pellerin est lui-même producteur agricole. Avec ses deux fils et sa femme, il tient une ferme d'élevage de porc, de boeuf et de grandes cultures. Il soutient que la réglementation sévère — et surtout la paperasse qui s'y rattache — est un facteur qui influence de plus en plus de ses membres à quitter le domaine. «On est en train de transformer les producteurs agricoles en machines à remplir des papiers! [...] On est en train de changer le mode de vie des agriculteurs.»

Les normes environnementales

M. Pellerin et son groupe en ont particulièrement contre le gouvernement québécois qui resserre les normes environnementales «sans stratégie d'accompagnement ni engagements financiers à long terme». «Où est le crédit pour tout ce qu'on fait? Où est le crédit pour les investissements qu'on a faits au cours des dernières années? Où est le plus pour les producteurs agricoles? On le fait, le job et on va continuer à le faire. Mais qu'on nous laisse souffler un peu!», a lancé le président sous les applaudissements de la foule.

«On est tannés de se faire traiter de pollueurs. On est tannés de voir le ministre de l'Environnement [André Boisclair] se prendre pour le ministre de l'Agriculture», a ajouté au micro René Walaszczyk, président de la fédération régionale de l'UPA à Saint-Hyacinthe.

Invité à prononcer un discours tout de suite après celui du président de l'UPA, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Maxime Arseneau, est venu calmer un peu les esprits. D'entrée de jeu, M. Arseneau a indiqué aux délégués qu'il n'était pas devant eux pour brosser un «portrait complaisant de la situation actuelle».

Le ministre a d'abord annoncé que son gouvernement ne touchera pas au programme de remboursement de taxes pour l'année 2003-2004. «Une partie du problème est due à la fiscalité municipale. Toutefois, compte tenu du pacte fiscal actuel, il est difficile de modifier quoi que ce soit. Ce constat étant fait, je ne pouvais en toute conscience vous pénaliser parce qu'on ne peut intervenir à la source du problème.» Il a ajouté travailler sur un scénario pour régler le problème à plus long terme.

Maxime Arseneau a également rappelé aux agriculteurs que le plan d'accompagnement ferme par ferme visant à les aider à répondre aux nouvelles normes environnementales faisait du chemin. «Deux nouveaux bancs d'essai seront implantés d'ici peu, l'un en Montérégie et l'autre sur le territoire du bassin versant de la rivière L'Assomption.» De même, l'aide maximale offerte pour le traitement du lisier passe de 60 000 $ à 200 000 $. Il entend également présenter un projet de loi afin de «donner une plus grande autonomie financière à l'organisme» Agri-traçabilité, qui permet de suivre le chemin d'un aliment de la ferme à la table.

L'UPA a d'ailleurs profité du passage de M. Arseneau pour lui confier le mandat d'obtenir une mise en oeuvre flexible du Cadre stratégique agricole du gouvernement fédéral. Le ministre rencontrait ses homologues provinciaux autour d'un souper hier soir. Et aujourd'hui, ces mêmes ministres ont rendez-vous avec le ministre fédéral de l'Agriculture. «On n'a pas de problème avec les grands principes du cadre, souligne Maxime Arseneau. Mais on a besoin d'indices quant aux futures ententes bilatérales qu'on tirera de ce cadre. Il nous faut des garanties quant à sa mise en oeuvre.»

Ce que veulent les producteurs, c'est que l'argent du fédéral qui est destiné à la sécurité du revenu des agriculteurs soit directement versé à la Financière agricole du Québec. Le gouvernement québécois verse 305 millions de dollars par année pendant une période de sept ans dans cet organisme qui gère, entre autres, les programmes de soutien aux agriculteurs.

«Il n'est pas question d'accepter une entente qui n'a pas cette flexibilité, tranche Laurent Pellerin. Et ce besoin de flexibilité vient de partout au Canada. Ce n'est pas une question de guerre de drapeaux. On n'a pas de problème avec ça. [...] On veut que l'argent soit dirigé chaque année dans les secteurs les plus touchés.»

Ce que l'UPA fait valoir, c'est qu'un organisme local est plus apte à bien identifier les besoins. «Par exemple, il est évident qu'il y a eu un déluge au Québec en juin et certains producteurs maraîchers ont perdu leur récolte. Alors ça ne sert à rien de verser de l'argent aux producteurs bovins.»