En dépit des craintes d'une surchauffe de l'économie - La Banque du Canada laisse ses taux inchangés

La Banque du Canada a remis à plus tard sa hausse promise des taux d'intérêt en dépit de ses craintes d'une surchauffe de l'économie canadienne.

Prenant acte d'un ralentissement, ces derniers mois, de la croissance économique au pays et de la récente décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) de baisser fortement ses propres taux d'intérêt notamment pour faire contrepoids aux perspectives d'un conflit armé en Irak, la banque centrale a annoncé hier le maintien de son taux cible de financement à un jour à 2,75 %. C'était la troisième fois qu'on laissait ce taux inchangé depuis le 16 juillet en dépit de promesses de hausse répétées du gouverneur de la Banque, David Dodge.

Contrairement aux fois précédentes, la décision d'hier n'a surpris personne. «Le marché comme les économistes s'attendaient à une décision comme celle-là, explique Vincent Lépine, économiste en chef adjoint à la Financière Banque Nationale. Malgré le fait que l'économie va rondement et approche la borne supérieure [d'inflation] que la Banque du Canada s'est fixée [à 3 %], le degré d'incertitude reste élevé. La décision de la Fed d'appliquer à son taux une baisse beaucoup plus forte que prévue était le signe d'une préoccupation [des autorités américaines] qui a frappé les esprits partout ailleurs.»

L'intention demeure

La Banque du Canada n'a pas abandonné pour autant son intention de reprendre la hausse graduelle de son taux directeur entamée le 16 avril et marquée de trois majorations successives de ,25 % chacune jusqu'au 16 juillet. «La Banque continue de prévoir un raffermissement de la demande intérieure et étrangère et la reprise d'une croissance supérieure au potentiel au deuxième semestre de 2003, a-t-elle précisé par communiqué. En conséquence, des réductions du degré de détente monétaire effectuée en temps opportun seront nécessaires afin que la cible d'inflation [de 2 %] puisse être atteinte à moyen terme.» Elle a cependant expliqué sa décision d'hier par le fait que «l'expansion économique au pays au second semestre de 2002 est mois rapide qu'on ne l'avait prévu, en grande partie à cause des incertitudes de nature géopolitique et financière qui planent encore et de la faiblesse de l'économie mondiale.»

Selon les analystes du Mouvement Desjardins, il serait surprenant que la hausse du taux directeur promise par la Banque du Canada vienne dès sa prochaine date d'annonce prévue le 21 janvier. Il serait également peu probable, poursuivent-ils, qu'elle se fasse attendre bien après le printemps compte tenu des risques d'inflation.

La Banque du Canada pouvait difficilement prendre une autre décision, estime pour sa part Vincent Lépine. L'abaissement par la Fed, au début du mois de novembre, de son taux directeur à un plancher record en 40 ans de 1,25 % et la réduction attendue, demain, des taux d'intérêts de la Banque centrale européenne traduisent une humeur générale en ce qui concerne les perspectives de reprise économique mondiale que l'on ne pouvait pas ignorer. «Il y a des limites à aller à contre-courant de toutes les autres grandes banques du monde, lance-t-il. L'économie canadienne a beau être en santé, et la reprise économique américaine peut bien être bel et bien enclenchée, la hausse des taux d'intérêt est devenue moins urgente ces derniers temps.»

De toute manière, poursuit-il, s'il fallait que l'économie canadienne maintienne sa vigueur, l'une des principales conséquences en serait une augmentation de la valeur du dollar canadien qui aurait sensiblement le même effet ralentisseur qu'une hausse des taux d'intérêt. «Pour le moment, on n'a qu'à laisser le dollar faire le travail», résume l'économiste. Il fait d'ailleurs remarquer que la devise canadienne a déjà gagné 1,5 cent par rapport au dollar américain depuis le 9 octobre.