Le plan d'austérité illustre la crise de l'économie israélienne

Jérusalem — Le plan d'austérité économique à l'origine de la crise gouvernementale en Israël illustre la crise dans laquelle se trouve plongée depuis l'an dernier l'économie israélienne, victime du ralentissement au niveau mondial et des conséquences de l'intifada palestinienne.


Le plan du premier ministre Ariel Sharon est destiné notamment à financer les dépenses de sécurité occasionnées par le soulèvement palestinien, déclenché en septembre 2000.

Ce plan, dit d'urgence économique, vise à réduire de 2,6 milliards de dollars (13 milliards de shekels) le déficit budgétaire. Le déficit budgétaire de l'État devrait atteindre de huit à onze milliards de shekels (de 1,8 milliard à 2,5 milliards $US) en 2002, selon les évaluations de la Banque d'Israël publiées au mois d'avril.

Ce déficit, qui représente de 1,7 à 2,2 % du PIB, s'explique surtout par le fait que l'État tablait faussement sur 5 % de recettes fiscales supplémentaires pour financer l'augmentation de ses dépenses.

Le plan du premier ministre israélien prévoit notamment des coupes budgétaires, une hausse de la TVA de 17 à 18 %, une augmentation (déjà effective) des taxes sur l'essence et les cigarettes ainsi qu'une réduction des allocations familiales de 200 millions de dollars et, à plus long terme, une imposition sur les revenus du capital.

M. Sharon a limogé quatre ministres de l'influent parti orthodoxe Shass (17 députés, troisième force politique du pays) qui ont voté contre le plan et ainsi violé le principe de la solidarité gouvernementale. Un cinquième ministre du Shass, absent lors du vote, a démissionné par solidarité avec ses camarades.

Les analystes estiment que les membres de la coalition gouvernementale finiront par trouver une solution de compromis. Cependant, soulignent-ils, il n'y a pas de solution à court terme pour relancer l'économie, sauf la signature éventuelle d'un accord de paix avec les Palestiniens.

Israël pourrait être aux prises avec un manque de confiance dans son économie, a indiqué Eliyahu Kanovsky, professeur d'économie à l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv. «Cela va se traduire par une baisse des investissements et par un ralentissement dans la création d'emplois», a-t-il poursuivi.

Les performances de l'économie israélienne ont été perturbées depuis le début de l'intifada, avec une inflation qui risque d'atteindre 8 % à la fin de l'année et avec le produit intérieur brut (PIB) en baisse de 0,5 % en 2001, soit le plus mauvais résultat depuis 1953. Les analystes estiment que le plan d'austérité de M. Sharon ne pourra pas changer l'état de l'économie tant que les investisseurs et les touristes continueront à éviter Israël en raison de la situation sécuritaire tendue.

«Sharon ne peut absolument rien faire à court terme», a estimé Gil Feiler, professeur d'économie à l'université Bar-Ilan. «Les Israéliens ont perdu leur confiance dans les politiques économiques du gouvernement.» «Si cette situation perdure, d'importantes sommes d'argent vont quitter Israël et il y aura une importante dévaluation du shekel», a-t-il dit.

«La situation du milieu des affaires et l'état financier des compagnies israéliennes sont très préoccupants», a confié au quotidien Haaterz Gad Berri, responsable d'une compagnie nationale d'assurances.

Conséquence de la crise politique suscitée par les disputes sur le plan gouvernemental d'austérité, la monnaie israélienne, le shekel, s'est aussitôt dépréciée. Refuge traditionnel, le dollar américain s'achetait hier pour 4,875 shekels, soit une dépréciation de la monnaie de 0,9 % par rapport à son cours officiel de la veille.

À l'ouverture, le cours des valeurs à la Bourse de Tel-Aviv enregistrait parallèlement une baisse moyenne de 0,5 points.