Afghanistan - Les combats font rage pendant qu'on s'encourage à Bonn

Herat et Bonn — À l'ouverture à Bonn d'une conférence sur l'Afghanistan, le président Hamid Karzaï s'est félicité des progrès réalisés depuis la formation de son gouvernement, il y a un an.

Mais sur le terrain, de nouveaux combats sont venus rappeler la précarité de la situation.

À Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan, trois personnes ont été tuées dimanche soir dans une fusillade opposant des policiers à des hommes d'un commandant militaire local, Gulalai. Cinq autres personnes ont été blessées. Dans l'ouest du pays, des affrontements, dont chacune des deux parties rejette l'initiative sur l'autre, ont éclaté dimanche entre les factions d'Amanullah Khan et d'Ismaïl Khan, gouverneur de la province d'Herat.

Une «forteresse volante» B-52 américaine a bombardé une des factions qui avait ouvert le feu sur une patrouille des forces spéciales américaines. Un officier d'Amanullah a dit à Reuters que les affrontements de dimanche avaient fait 13 morts et des dizaines de blessés.

Une délégation gouvernementale s'est rendue sur place pour tenter de négocier un cessez-le-feu, a déclaré le chef de la sécurité à Herat.

Amanullah, qui appartient à l'ethnie pachtoune et le chef tadjik Ismail Khan sont de vieux ennemis et leurs forces se sont affrontées à différentes reprises cette année.

Une armée nationale

Karzaï a annoncé à la conférence de suivi de Bonn, organisée un an après celle qui avait permis de jeter les bases du régime après-taliban, qu'il venait de signer un décret portant sur la création d'une armée nationale. «La nouvelle armée doit donner à l'Afghanistan des forces armées efficaces, mobiles, bien payées, ne dépassant pas 70 000 hommes, officiers compris», a dit le président afghan. «Ceux qui échappent au ministère de la Défense, qui se considèrent indépendants, sont déclarés illégaux à compter de la signature de ce document», stipule le décret promulgué lundi.

La force internationale de maintien de la paix à Kaboul (Isaf) estime que les effectifs de l'armée afghane sont compris actuellement entre 1000 et 1500 hommes, ce qui est infime comparé aux quelque 30 000 hommes des milices privées contrôlées par les chefs de guerre et les gouverneurs.

David Johnson, coordinateur américain pour l'Afghanistan, a estimé que l'entraînement, l'équipement et l'entretien de l'armée afghane coûterait 350 millions de dollars par an pendant deux ans mais que l'argent n'avait pas encore été réuni.

La reconstruction de l'Afghanistan nécessite aussi des sommes importantes, mais la conférence de Bonn n'a promis aucun nouveau financement.

La réunion d'une journée, à laquelle participaient au total 34 délégations, avait été organisée à l'initiative de l'Allemagne pour éviter que le pays ne tombe prématurément dans l'oubli, alors que la crise irakienne monopolise l'avant-scène. Elle avait lieu au Petersberg, là-même où les factions afghanes avaient signé le 5 décembre 2001 l'accord établissant les étapes d'une transition politique après la chute des taliban.

Le principe d'une armée nationale avait été décidé dans l'accord du 5 décembre 2001 mais faisait depuis l'objet de discussions. Selon le décret qui en fixe les grands traits, tiendra compte dans son recrutement des critères ethniques.

M. Karzaï a également promis de «coopérer avec la communauté internationale» pour lutter contre la culture du pavot et libérer l'Afghanistan de la drogue. À la fin de la réunion, c'est le ministre allemand des Affaires étrangères qui a annoncé que l'Afghanistan et les pays voisins vont se réunir le 22 décembre à Kaboul afin de décider d'un accord garantissant le respect des frontières mutuelles.