Crise de confiance dans le monde des affaires - Il y a un an, Enron

New York — La faillite du courtier en énergie Enron, il y a un an, a marqué le début d'une vague de révélations sur les excès du monde des affaires américain et lancé une opération mains propres d'une ampleur sans précédent pour tenter de rétablir la confiance des investisseurs.

Le 2 décembre 2001, Enron, courtier en énergie texan et un temps septième entreprise des États-Unis, avait dû se résoudre à se placer sous la protection de la Loi sur les faillites. En un mois et demi, les révélations sur des manipulations comptables à grande échelle — passées jusque-là totalement inaperçues — avaient eu raison de l'entreprise, dont les dirigeants à l'arrogance proverbiale voulaient faire la première du monde.

L'affaire Enron, qui a fait la une dans le monde entier, a tous les ingrédients pour gagner sa place dans l'imaginaire collectif au même titre que la faillite de la Compagnie du canal de Panama en 1889, l'Affaire Stavisky avec ses ramifications politiques en 1933 ou le scandale des caisses d'épargne (Savings and Loan) américaines dans les années 1980 après une dérégulation à outrance.

Manipulations comptables

Le fracas retentissant de la chute du courtier en énergie a été amplifié au fil des mois, entre autres, par la chute de la société de télécoms WorldCom, dont les comptes ont aussi été truqués sans que personne ne s'en rende compte, et par les révélations sur les détournements de fonds, parfois massifs, dont sont accusés plusieurs p.-d.g. comme celui de Tyco ou d'Adelphia.

Au passage, toute la profession comptable, qui n'a pas su ou voulu voir ces dérives, s'est retrouvée éclaboussée par les errements du cabinet comptable Arthur Andersen, qui a coulé dans la tempête.

Au printemps, les premiers résultats de l'enquête du ministre de la Justice de l'État de New York sur le rôle trouble des analystes financiers des grands courtiers de Wall Street ont encore alourdi le climat de défiance des investisseurs. À grand renfort de publicité, Eliot Spitzer a démontré que certains analystes de Wall Street n'hésitaient pas à sacrifier l'objectivité de leurs notes sur les entreprises — pourtant censées servir de guide aux investisseurs — pour attirer de lucratifs contrats à leur employeur.

Ce climat délétère a forcé la justice, les autorités de régulation et les politiciens à lancer une opération de salubrité publique sous la pression de petits porteurs déjà fort mécontents d'avoir vu s'envoler en fumée des milliers de milliards de dollars de leur épargne et de leur retraite après l'explosion de la bulle boursière au printemps 2000.

Les initiatives se sont depuis lors multipliées avec, en particulier, l'adoption durant l'été du plus important corpus juridique consacré à la réforme du monde des affaires depuis les années 30 aux États-Unis.

La loi Sarbanes-Oxley, entérinée par les républicains et les démocrates à une très large majorité du Congrès, a introduit des réformes du gouvernement d'entreprise, comme la certification sur l'honneur des comptes par les dirigeants ou la répression accrue de la criminalité en col blanc, ainsi qu'un volet comptable, avec un resserrement du contrôle des commissaires aux comptes.

Pour mieux frapper les esprits, nombre de patrons accusés de malversation se sont retrouvés emmenés devant le juge menottes aux poignets en direct sur les grands réseaux télévisés.

La pression continuelle du public, de la presse et de la justice porte d'ores et déjà ses fruits. De plus en plus d'entreprises renforcent les moyens et l'indépendance de leur conseil d'administration pour mieux surveiller leurs dirigeants et garantir une plus grande transparence aux investisseurs.

Les grandes maisons de Wall Street, dont la réputation a été durablement ternie par les dérives des années folles des télécoms et d'Internet, rivalisent d'imagination pour regagner la confiance du public.