Un monde sans tarifs douaniers des Américains ne ferait pas le bonheur des pays en voie de développement

Genève — Plusieurs pays en voie de développement ont vivement critiqué hier à l'OMC une proposition américaine préconisant l'abolition des tarifs douaniers sur les produits industriels d'ici à 2015, la jugeant irréaliste et inéquitable, a-t-on appris de sources proches de l'organisation.

La critique la plus générale a été que le fardeau de la réduction de tarifs douaniers qui serait imposé aux pays pauvres serait beaucoup plus lourd que celui que devraient consentir les pays industrialisés.

Exposant aux 145 membres à Genève la nouvelle proposition présentée la semaine dernière à Washington, l'ambassadrice Linnet Deily a fait valoir que les produits industriels représentent environ 89 % des exportations des PVD. Elle a affirmé que l'ouverture des marchés leur donnerait un coup de fouet considérable, notamment s'ils abaissaient leurs tarifs entre eux.

Selon les États-Unis, près de la moitié du commerce des pays en développement s'effectue avec d'autres PVD, 70 % des droits de douane étant acquittés par d'autres PVD. Les États-Unis, a-t-elle expliqué devant la presse, sont conscients des «préoccupations» des PVD pour leurs revenus douaniers, et disposés à adapter leur proposition au cas par cas, en particulier pour les pays moins avancés (PMA).

La proposition américaine, a-t-elle ajouté, respecte pleinement le mandat de la conférence ministérielle de Doha de réduire ou d'éliminer les crêtes tarifaires, «préoccupation fondamentale» des pays en développement. «Notre proposition est audacieuse et équitable. Nous mettons sur la table [de négociations] nos secteurs sensibles — textile, habillement, chaussure, verrerie —, ce qui est sans précédent», a-t-elle dit.

Des réticences

Tandis que Singapour, l'Uruguay, la Nouvelle-Zélande et l'Australie l'ont plutôt bien accueillie, l'Inde, la Malaisie, le Pakistan, les Philippines, le Brésil et le Kenya l'ont critiquée. Plus nuancés, la Corée du Sud, le Mexique, Taïwan, le Japon, la Norvège, Hong Kong ont estimé qu'elle serait difficile à appliquer, parfois irréaliste, tout en se félicitant de son caractère ambitieux.

Selon ces sources proches de l'OMC, l'Inde a estimé qu'un appel à une abolition des taxes douanières est «clairement inéquitable», ces tarifs étant vitaux pour les pays du sud, car représentant, d'après elle, entre 30 et 40 % de leurs revenus fiscaux.

La Malaisie s'est dite déterminée à «conserver jalousement la protection tarifaire» de son industrie nationale et le Kenya a jugé indispensable de «protéger une industrie naissante», a-t-on encore indiqué de mêmes sources.

Les Philippines ont estimé que le plan américain n'était pas en phase avec la réalité, «un monde marqué par la pauvreté, le déficit de développement et les problèmes socio-économiques».

Le plan comporte deux phases, la première allant de 2005 à 2010 et consistant à réduire les tarifs douaniers des produits de consommation et industriels. La seconde phase de 2010 à 2015 vise à abolir les tarifs encore en vigueur pour arriver à une tarification nulle en 2015.

Mme Deily a relevé que les pays en développement pourraient «obtenir des bénéfices significatifs en favorisant un meilleur accès réciproque à leurs marchés», et que l'accès aux marchés des pays développés n'était qu'«une partie du problème».