Jeep Wrangler - La renaissance d'un symbole

Avec sa calandre légendaire à sept ouvertures, ses grands phares circulaires et ses panneaux de carrosserie plats, l’esthétique fonctionnaliste du Wrangler n’a que très peu évolué depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est d’ailleurs ce qui
Photo: Avec sa calandre légendaire à sept ouvertures, ses grands phares circulaires et ses panneaux de carrosserie plats, l’esthétique fonctionnaliste du Wrangler n’a que très peu évolué depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est d’ailleurs ce qui

Jeep a lancé l'an dernier une toute nouvelle génération du Wrangler, son tout-terrain mythique. Il était temps, car la génération précédente descendait en droite ligne de ces petits utilitaires créés pour l'armée américaine durant la Deuxième Guerre mondiale. Bien qu'ayant le devoir de rattraper plus d'un demi-siècle de technologie automobile, ce nouveau Wrangler se devait aussi de préserver son cachet d'antan. D'abord conçu pour franchir des ruisseaux et parcourir des sentiers rocailleux, le Wrangler est beaucoup plus supportable au quotidien qu'auparavant, mais il demeure un véhicule spécialisé qui s'adresse à un public averti.

Notons que cette nouvelle génération de Jeep s'appelle maintenant «Wrangler» au Canada comme aux États-Unis, et non plus «TJ». Un litige juridique empêchait jusque-là Jeep d'utiliser l'appellation «Wrangler» chez nous. De plus, pour cette première refonte majeure en soixante ans, Jeep a eu l'idée d'ajouter une version à quatre portières, baptisée Unlimited, dont l'empattement est allongé. Cela a entraîné une petite révolution, car il se vend maintenant trois fois plus d'Unlimited que de Wrangler traditionnels à empattement court.

Mes contacts précédents avec ce type de véhicule m'ont généralement laissé perplexe. Je ne suis vraiment pas un adepte du hors-route et je n'ai jamais compris le plaisir qu'on peut avoir à enfoncer un Jeep jusqu'aux essieux dans la boue, pour avoir, ensuite, le bonheur de l'en sortir. Je m'interrogeais chaque fois quant à la pertinence de conduire un véhicule dont la tenue de route devenait carrément hasardeuse au-delà des 90 km/h et qui ne semblait pas conçu pour circuler sur la voie publique. Aussi inconfortable qu'instable, la génération précédente du Wrangler était, en plus, dotée d'une mécanique vétuste et d'un freinage anémique.

Robuste

Construit comme un camion, avec un châssis indépendant à longerons, le Wrangler possède les attributs qui lui permettent de dominer les éléments: des essieux rigides à l'avant et à l'arrière, ainsi que des différentiels autobloquants. Cela lui permet de heurter de grosses roches sans trop de casse et de garder une traction efficace dans des conditions difficiles. Toujours par souci de robustesse, il se voit doté d'une direction à recirculation de billes qui est loin d'être un chef-d'oeuvre de précision. Ajoutez à cela des pneumatiques tout-terrains et un centre de gravité très haut et vous obtenez un véhicule qui n'est pas toujours docile ni confortable sur les routes asphaltées. De toute évidence, la solidité a eu le dessus sur la finesse. En plus, l'insonorisation est inexistante et le Wrangler reste très sensible au vent latéral. Par contre, l'empattement allongé de la version Unlimited ajoute un peu de stabilité. Contrairement à l'ancien TJ qui était épuisant, désagréable et, parfois, franchement épeurant à conduire, le comportement routier du nouveau Wrangler est plus convivial, tout en restant passablement pittoresque.

Mythique

Avec sa calandre légendaire à sept ouvertures, ses grands phares circulaires et ses panneaux de carrosserie plats, l'esthétique fonctionnaliste du Wrangler n'a que très peu évolué depuis la Deuxième Guerre mondiale. C'est d'ailleurs ce qui fait son charme. Le nouveau Wrangler ressemble beaucoup à l'ancien, en mieux. Redessiner un nouveau Wrangler est un défi comparable à celui de créer une nouvelle moto Harley-Davidson: il s'agit de renouveler une icône sans trahir son essence. Pas question ici de design rétro ou d'évocation nostalgique mais, plutôt, d'une actualisation fonctionnelle du patrimoine d'un constructeur.

Jeep est la deuxième marque de commerce la plus reconnue au monde (derrière Coca-Cola, vous l'aurez deviné), mais, depuis l'arrivée du Hummer, son statut est menacé. Et, qui plus est, pratiquement tous les constructeurs automobiles ont envahi son territoire de chasse traditionnel, en construisant, eux aussi, des véhicules utilitaires. Hummer a remplacé Jeep dans l'imaginaire de bien des acheteurs de tout-terrains en tant que symbole ultime de capacité hors route sans compromis. Mais, mis à part le marché des États-Unis, Jeep aura toujours une longueur d'avance: si les Hummer tendent à incarner, sur quatre roues, la politique extérieure agressive, impérialiste et antiécologiste du gouvernement Bush, la calandre du bon vieux Jeep, elle, évoque la bravoure des sympathiques G.I. qui ont libéré l'Europe du joug nazi en 1945. Alors que l'image du Hummer, fortement associée au conflit en Irak, représente une facette des États-Unis qui est majoritairement méprisée à l'extérieur de leurs frontières, celle de Jeep peut compter sur un fort capital de sympathie. Ses formes communiquent ses aptitudes mais, aussi, sa personnalité d'aventurier robuste, serviable, courageux et débrouillard, des attributs directement liés à une certaine représentation de l'américanité.

Spartiate

Fidèle à ses racines, l'habitacle du Wrangler est plutôt spartiate. Étrangement, certains détails sont presque trop chics, ayant fait l'objet de beaucoup de soins dans leur mise en forme, alors que d'autres éléments rappellent les origines militaires du Jeep. Comme le veut la coutume, l'intérieur du Wrangler peut être lavé à grande eau. Les sièges de la plupart des versions sont recouverts d'un textile spécial qui est facile à entretenir, antiodeurs et antitaches. On peut vidanger l'eau qui s'accumule dans l'habitacle par un orifice dans le plancher. Ce qui est assez pratique, d'ailleurs, car ni les portières ni les toits offerts, qu'ils soient rigides ou souples, ne sont vraiment étanches. C'est tellement vrai que Jeep propose, dans sa gamme d'accessoires, une housse de cabine qui sert de double toit. Je ne disposais pas, malheureusement, d'un tel équipement et l'intérieur du véhicule était trempé à chaque matin pluvieux. Avec toute cette humidité qui suintait, les voyants du tableau de bord de mon véhicule d'essai m'accueillaient avec un feu d'artifice de clignotements erratiques. Le court-circuit fatal ne semblait pas être loin.

Le toit rigide peut se démonter en sections, alors que le toit souple se rabat vers l'arrière. Ressemblant à un enchevêtrement approximatif de tuyaux et de toile, ce toit, en position rabattue, n'est ni plus simple à utiliser ni mieux insonorisé qu'auparavant. Replié, il semble spécifiquement conçu pour empaler les occupants des places arrière en cas de renversement.

Puisque les portières peuvent se démonter, les retenues des portes sont toujours faites d'une simple bande de polyester démontable qui incorpore maintenant les fils des vitres électriques. Contrairement aux systèmes à ressort que l'on retrouve sur des véhicules plus civilisés, ces bandes sont totalement inaptes à lutter contre l'inertie de la portière qui finira immanquablement par heurter violemment les voitures de vos voisins de stationnement. Bref, ne garer jamais votre voiture près d'un Wrangler.

Agricole

Peut-être par nostalgie, le moteur V6 qui propulse le Wrangler semble avoir été ajusté pour évoquer l'ancien six-cylindres en ligne, tant par son rendement que par sa sonorité agricole. Il est cependant moins gourmand qu'auparavant, toutes choses étant relatives. Cela, probablement grâce au bon étagement de la boîte manuelle à six rapports qui permet de garder le moteur sous les 2000 tr/min à vitesse de croisière. Ceux qui souhaitent gravir des falaises ou crapahuter sur des sentiers difficiles peuvent toujours compter sur la présence d'une gamme courte, un élément incontournable sur un vrai Jeep.

Authentique

Avant d'être un véhicule tout-terrain, le Wrangler est un symbole. Un symbole qui soutient l'image d'une marque et qui définit fortement l'identité de ses autres produits. Si l'authenticité du Wrangler s'était perdue en cours de route, la marque Jeep aurait aussi perdu sa raison d'être. Mais c'est avec le doigté qu'il fallait que Jeep a su le renouveler et le transformer sans pour autant le dénaturer. Bien qu'il se soit raffiné, le Wrangler demeure un outil robuste destiné à une clientèle d'initiés qui apprécieront ses qualités et qui sauront lui pardonner ses défauts.

Que les frimeurs et les poseurs de tout acabit, soucieux de faire mousser leur image d'aventurier, se le tiennent pour dit: ce Wrangler revu et amélioré demeure un véhicule qui est pensé pour les grands espaces et la conduite hors route. Malgré les améliorations, il continue d'offrir une performance inadéquate et malhabile, tant en situation urbaine que sur autoroute, tout en vous exposant aux affres du climat.

Collaborateur du Devoir

***

FICHE TECHNIQUE

Jeep Wrangler Unlimited

- Moteur : V6 3,8L SACT

- Puissance : 202 ch/237 lb-pi

- 0 à 100 km/h : 12,5 s

- Vitesse maximale : 174 km/h

- Consommation : 12 L/100km

- Échelle de prix : 19 995 $ (X empattement court), 30 285 $ (Unlimited Rubicon)

À voir en vidéo