Le penchant écolo de Wal-Mart

Dépeint par ses plus féroces critiques comme un modèle d’encouragement à la surconsommation, Wal-Mart a rencontré des PME venues d’un peu partout au Québec lui présenter leurs produits «biologiques, écologiques et équitables».
Photo: Agence France-Presse (photo) Dépeint par ses plus féroces critiques comme un modèle d’encouragement à la surconsommation, Wal-Mart a rencontré des PME venues d’un peu partout au Québec lui présenter leurs produits «biologiques, écologiques et équitables».

Venu de sa Gaspésie natale pour la première «foire verte» de Wal-Mart, le responsable des ventes de Shigawake Organics attendait patiemment son tour. Pour un homme sur le point de rencontrer les représentants du plus gros détaillant au monde afin de présenter ce que fait sa compagnie, soit du compost et du terreau d'empotage fait à partir de sous-produits de poisson, il n'avait pas l'air nerveux.

«Il faudrait voir, si jamais ils nous choisissaient comme fournisseur, ce dont ils pourraient avoir besoin et ce qu'on pourrait livrer», a simplement dit Joey Hayes, qui a fondé l'entreprise avec ses trois frères dans les années 80. «Nous sommes une petite entreprise et nous n'avons aucune expérience avec Wal-Mart.» Un processus d'apprentissage, donc. «On a entendu des choses, mais aujourd'hui on aura les informations à la source même.»

Ils étaient environ 70 aspirants fournisseurs, au centre-ville de Montréal hier, à traverser cette même épreuve. Dépeint par ses plus féroces critiques comme un modèle d'encouragement à la surconsommation, Wal-Mart a rencontré des PME venues d'un peu partout au Québec lui présenter leurs produits «biologiques, écologiques et équitables».

Les gens d'affaires ont eu droit à une opération de rapprochement dont la colonne vertébrale était sans contredit le discours du président de Wal-Mart Canada. Les préoccupations écologiques, a-t-il martelé, passent désormais au premier plan. «L'environnement est le problème le plus important de notre époque, a dit Mario Pilozzi. Nous croyons fermement que la pérennité de l'environnement doit devenir le pilier de notre travail quotidien.»

Bien que certaines mesures existent depuis les années 90, le discours environnemental de Wal-Mart a vu le jour vers 2004. La mauvaise publicité que subissait le détaillant aux États-Unis avait alors incité la firme de relations publiques McKinsey & Company à établir une nouvelle stratégie consistant à diffuser un message positif afin de couper l'herbe sous le pied des critiques. La note de service dans laquelle McKinsey élaborait cette façon de faire a été obtenue à l'automne 2005 par le groupe Wal-Mart Watch, financé par des syndicats, et dévoilée peu après par le Washington Post.

M. Pilozzi a affirmé hier que la compagnie avait mis en application plusieurs mesures de nature environnementale au cours des dernières années. Entre autres, Wal-Mart a désormais recours à de l'éclairage éco-énergétique, a réduit l'utilisation des climatiseurs et utilise des boîtes de plastique réutilisables pour transporter la marchandise plutôt que celles en carton.

Wal-Mart, une société cotée en Bourse dont l'objectif premier est de satisfaire les actionnaires par le profit, signale que les initiatives entraînent non seulement des bienfaits environnementaux mais aussi des réductions de coûts. Ses détracteurs affirment que les mesures vont en effet dans le bon sens mais que la croissance de la compagnie est si effrénée qu'elle annule les économies d'énergie réalisées.

Outre les mesures et les produits écologiques, il y a aussi l'alimentation. Wal-Mart est-il sérieux lorsqu'il dit vouloir donner plus d'importance aux produits biologiques? «On ne peut pas prêter une mauvaise intention à Wal-Mart, il faut donner la chance au coureur», a dit Frédéric Paré, coordonnateur du programme d'agriculture écologique chez Équiterre. Mais la chose ressemble à une opération de relations publiques, a-t-il ajouté. «On n'encourage pas les producteurs à répondre à cet appel, parce que ceux qui vont le faire vont choisir de perdre du pouvoir et de se soumettre à la bête loi du marché.»

Avantages et risques

C'est sous ce signe de l'environnement que Wal-Mart accueillait donc ses aspirants fournisseurs hier. L'un des fournisseurs existants, Cascades, est venu faire la liste des avantages et des désavantages de vendre à Wal-Mart. Le détaillant «fait peur, mais il faut le démystifier», a dit son président, Alain Lemaire.

La relation, a dit M. Lemaire, génère des ventes considérables. Mais ne livrez pas vos produits en retard, sinon vous écoperez d'une amende. «Vous aurez un coup de fil», a dit M. Lemaire sans plus de détails. Il suggère aux PME de consacrer une personne à ce dossier. Et surtout, «ne lui vendez pas ce que vous n'avez pas, a dit le président de Cascades. Le géant est un ogre.»

La direction de Wal-Mart a profité de l'occasion pour faire le point sur son programme Achat-Québec, officialisé l'an dernier et dont l'objectif est de faire affaire avec des fournisseurs québécois, que le produit soit fabriqué ici ou non. Selon la compagnie, 319 fournisseurs se sont ajoutés, portant le total à 1669. Au cours de la dernière année, ceux-ci ont reçu des paiements de 1,7 milliard, affirme l'entreprise.

Pas de petits magasins

Par ailleurs, Wal-Mart n'a pas l'intention d'ouvrir des magasins plus petits au Canada, a indiqué hier le porte-parole de Wal-Mart, Yanik Deschênes.

Citant des sources anonymes, le Wall Street Journal a écrit la semaine dernière que Wal-Mart va peut-être diversifier la taille de ses magasins pour se démarquer du britannique Tesco, qui fera sous peu son entrée dans le secteur de l'alimentation en Californie.

Selon le quotidien, Wal-Mart jonglerait avec l'idée d'un format de magasin qui se situerait quelque part entre un très gros dépanneur et un petit supermarché de quartier. La surface équivaudrait au dixième de celle d'un Supercenter (185 000 pieds carrés), qui combine sous un même toit un magasin à grande surface et un gros supermarché.

«Ça ne fait pas partie de nos plans au Canada», a dit M. Deschênes. Le marché canadien n'est pas comme celui au sud de la frontière, a-t-il précisé. Le marché américain compte déjà 4000 magasins, alors que celui au Canada en compte environ 230.

«Ce qui est à la mode en ce moment, ce sont les gros magasins, a dit M. Deschênes. Cette année, on va construire 21 Supercenters. C'est davantage que ça qu'on va bâtir au cours des prochaines années.» À ce jour, aucun Supercenter n'a été confirmé pour le Québec.