Bouée de sauvetage pour éviter la crise

Une poignée d'institutions financières, dont la Caisse de dépôt, le Mouvement Desjardins, la Banque Nationale et Deutsche Bank, ont mis en avant hier un effort concerté sans précédent visant à régler les problèmes de liquidités qui pèsent sur le marché canadien depuis quelques jours.

Au moment même où se réunissaient ces acteurs, Bay Street en avait plein les bras: un trou de 200 points dès l'ouverture qui, au fil des heures, est devenu 400, 500, puis près de 600 points. La chute a soulevé l'enthousiasme chez les acheteurs d'aubaines, une demande si forte qu'elle a permis à la Bourse de Toronto de remonter la pente pour limiter ses pertes à 200 points, en baisse de 1,5 %. Wall Street a elle aussi connu une journée mouvementée mais a terminé la séance au point neutre.

Parmi les grands joueurs qui se sont réunis hier à Montréal figuraient aussi l'Office d'investissement des régimes de pension du secteur public (fédéral), ABN AMRO, UBS, Barclays Capital, HSBC et Merrill Lynch. Ils souhaitaient dissiper la crise de confiance qui secoue un créneau particulier: celui du papier commercial adossé à des créances.

En gros, il s'agit d'un titre qui s'appuie sur des créances telles que des hypothèques, des locations de voitures, des dettes de cartes de crédit et des prêts commerciaux. D'une durée de vie qui varie généralement d'un à trois mois, ils trouvent preneur auprès des investisseurs institutionnels. Par exemple, les fonds de marchés monétaires, qui génèrent des rendements faibles mais sont perçus comme sécuritaires, en contiennent tous.

Or le problème est le suivant: la crise de confiance que vivent les marchés financiers depuis une semaine fait en sorte que certains émetteurs non bancaires, comme la firme torontoise Coventree, éprouvent depuis quelques jours des difficultés à vendre ce papier commercial.

L'ensemble du marché du papier commercial au Canada frise les 120 milliards, dont les deux tiers sont occupés par les grandes institutions. Cette tranche n'est pas touchée par la crise. L'autre tiers, soit 40 milliards, est le territoire des firmes non bancaires comme Coventree. Depuis lundi, celle-ci a vu son action plonger de 70 %, passant de 12,98 $ à 3,70 $.

Les acteurs financiers qui se sont réunis — sous l'oeil de la firme de notation de crédit DBRS — ont donc convenu de transformer le papier commercial en obligations à terme à taux variable, avec des dates d'échéance liées à la date d'expiration des actifs sous-jacents. Essentiellement, un moratoire et une restructuration de secours qui prolongeront l'échéance des titres.

La genèse de cette crise de confiance vient du secteur hypothécaire américain, en particulier le créneau des hypothèques à risque. Au fil des ans, ces hypothèques ont été regroupées par les prêteurs puis refilées à des investisseurs sous forme de produits financiers sophistiqués.

Or le taux de défaillance dont souffrent les hypothèques à risque a grimpé à 20 %, se soldant par la faillite d'au moins 50 prêteurs. D'abord limitées au monde hypothécaire, les inquiétudes se sont répandues parmi les investisseurs et s'attaquent maintenant à l'ensemble du marché du crédit.

Mesure temporaire?

La principale intéressée, Coventree, a diffusé un communiqué dans lequel elle accueille très favorablement l'entente et en analyse le contenu. Elle venait de concéder, quelques heures auparavant, que les besoins en liquidités de son papier commercial atteignent 1,6 milliard depuis lundi.

«C'est bon, le marché est en train de régler son problème lui-même», a dit Christian Godin, vice-président à la firme de placement Montrusco Bolton. Le problème en question en est un de liquidités, de confiance envers le système, a-t-il ajouté.

«Ce n'est pas lié aux actifs sous-jacents, qui sont de bonne qualité. En fait, c'est un signal nous indiquant qu'on arrive peut-être à un point de saturation dans la création de produits comme ça, a dit M. Godin. Il y en aura encore, mais les gens seront plus conscients qu'il y a des limites à redistribuer le risque.»

D'autres ont insisté sur le caractère temporaire des mesures de sauvegarde. Selon un des économistes de Merrill Lynch, David Wolf, l'entente est louable, mais le ciel est toujours nuageux. «La crise n'est pas terminée, mais cette entente permet aux marchés de s'éloigner du gouffre pour le moment, ou du moins jusqu'à ce que la crise se pointe ailleurs dans le monde.»

Cette crise, selon M. Wolf, est déjà en train de s'agiter dans le créneau du papier commercial aux États-Unis, un marché dix fois plus gros qu'ici, soit 1200 milliards $US. La taille du marché américain pourrait toutefois rendre difficile un effort concerté comme celui qu'on vient de voir au Canada, où le nombre d'acteurs est plus petit et peut plus facilement être rassemblé autour d'une table.

D'ailleurs, le plus grand prêteur américain, Countrywide Financial, est passé aux aveux hier. La crise de confiance fait en sorte que la firme a beaucoup de difficulté à obtenir du financement à court terme. Résultat: elle a dû avoir recours à la totalité de sa ligne de crédit bancaire de 11,5 milliards $US. La veille, Merrill Lynch avait écrit une note dans laquelle elle évoquait carrément une possibilité de faillite de Countrywide.

Les banques approuvent

La majorité des grandes banques ont diffusé hier un communiqué pour saluer le geste des acteurs réunis à Montréal et elles soutiennent les efforts visant à régler les problèmes de manière «ordonnée». Certaines, même, ont tenu à signaler qu'elles sont peu ou pas affectées.

«Comme nous l'avons déjà dit, l'exposition de RBC à ce marché n'est pas très importante, a écrit la Banque Royale. RBC continue d'assurer un soutien secondaire actif à ses propres programmes de papier commercial adossé à des créances parrainé par RBC, qui n'ont pas connu de problèmes de liquidité.» Et en ce qui concerne ses fonds de marchés monétaires, ils fonctionnent normalement, a-t-elle ajouté.

La Banque du Canada, habituellement discrète, a elle aussi pris la plume pour signaler la mesure. L'entente d'hier matin, a-t-elle déclaré, «donne l'occasion aux parties intéressées de régler les nombreuses questions complexes que soulève le marché du papier commercial adossé à des actifs». Selon elle, «ces initiatives devraient contribuer au bon fonctionnement des marchés financiers au pays».

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, s'est lui aussi montré «satisfait» des mesures annoncées. «Je suis conscient que des pressions distinctes s'exercent dans le marché des instruments de ce type dont les promoteurs ne sont pas des banques. Il est dans l'intérêt de toutes les parties que les promoteurs, les fournisseurs de liquidités (y compris les grandes banques internationales) et les investisseurs (y compris les grandes caisses de retraite) participent de manière constructive» pour assurer le bon fonctionnement des marchés.

M. Flaherty, tout comme la direction de la Banque du Canada, avec laquelle il est en étroite communication, a également apprécié le fait que l'entente donnera le temps de bien analyser les titres et tout ce qui les entoure.
1 commentaire
  • Gilles Bousquet - Inscrit 17 août 2007 07 h 15

    La bourse ou la vie!

    Les bourses montent en fou et descendent en fou aussi. Bien fol qui s'y fie.

    Attention aux suicides !