La BMO prévoit deux hausses de taux cet été

Un immeuble en construction à Montréal. Très sensibles aux taux d’intérêt, les secteurs immobilier et de l’automobile affichent toujours une belle vigueur au pays.
Photo: Jacques Nadeau Un immeuble en construction à Montréal. Très sensibles aux taux d’intérêt, les secteurs immobilier et de l’automobile affichent toujours une belle vigueur au pays.

La Banque du Canada aura procédé à deux hausses consécutives des taux d'intérêt avant que l'été ne soit fini, poussant du même coup le huard à de nouveaux sommets, prédisent les économistes de la Banque de Montréal.

À sa dernière réunion de politique monétaire le 29 mai, la banque centrale canadienne a fait savoir qu'elle pourrait devoir relever le loyer de l'argent au pays dans un proche avenir. Tout le monde avait compris alors qu'une hausse de 25 points de base de son taux directeur était pour bientôt, probablement dès la prochaine réunion de son comité de politique monétaire prévue le 10 juillet.

Lorsque la Banque du Canada se décide à augmenter les taux d'intérêt, elle n'a pas l'habitude de procéder à une seule hausse, ont rappelé hier les économistes Michael Gregory et Benjamin Reitzes, de la Banque de Montréal, dans une note aux investisseurs. Avec deux hausses de 25 points de base à sa réunion de la semaine prochaine et à celle du 5 septembre, les membres du comité présidé par le gouverneur David Dodge porteraient leur taux directeur de 4,25 % à 4,75 % et réduiraient par le fait même de moitié l'écart qui subsiste toujours avec le taux directeur de la Réserve fédérale américaine, apparemment destiné à rester à 5,25 % encore longtemps. Cela ne manquerait pas de rendre la devise canadienne encore plus attrayante qu'elle ne l'est déjà aux yeux des investisseurs étrangers, l'amenant par le fait même à continuer de s'apprécier, au grand dam des entreprises et des travailleurs des secteurs d'exportation.

Le dollar canadien a gagné hier 0,16 ¢US et clôturé à 94,46 ¢US. On ne l'avait pas vu aussi haut depuis le mois de juin 1977.

Il est vrai, ont noté les deux économistes, que depuis la fin du mois de mai de nouvelles statistiques sont venues nuancer le portrait de l'économie canadienne. Une croissance pratiquement nulle du PIB au mois d'avril et un recul du taux annuel d'inflation de 2,5 % à 2,2 % d'avril à mai pourraient laisser croire que le péril d'une flambée des prix n'est pas aussi grand qu'on le craignait. Le gouverneur Dodge a également indiqué, dans un discours le mois dernier, que l'appréciation du dollar canadien des derniers mois pourrait ne pas être seulement causée par des facteurs économiques fondamentaux, comme le niveau des exportations ou le prix des ressources naturelles.

On ne doit toutefois pas s'y tromper, a affirmé hier la Banque de Montréal. L'économie canadienne continue de tourner à la limite de ses capacités avec un taux de chômage, à 6,1 %, à son niveau le plus bas en 33 ans, une majorité d'entreprises (55 %) qui disent avoir du mal à répondre à la demande, un sommet en sept ans, et une augmentation anémique de la productivité. Très sensibles aux taux d'intérêt, les secteurs immobilier et de l'automobile continuent d'afficher une telle vigueur à la grandeur du pays qu'on commence à se demander s'il ne serait pas temps d'en réduire un peu les ardeurs.

Monter à 96 ¢US pour redescendre

La Banque du Canada ne devrait pas aller plus loin dans son resserrement des conditions monétaires que ses deux hausses de taux de 25 points chacune, pensent toutefois Michael Gregory et Benjamin Reitzes. Elle laissera ensuite le dollar canadien faire le reste du travail. Porté par la force de l'économie canadienne et les taux de sa banque centrale, ce dernier devrait profiter aussi de l'affaiblissement d'un billet vert plombé par le déficit du compte courant américain et la volonté d'un nombre grandissant d'investisseurs étrangers de diversifier leur panier de devises.

Cela pourrait facilement amener le huard à voler au-dessus des 96 ¢US dans les prochains mois, a annoncé hier la Banque de Montréal. Il pourrait même accidentellement flirter avec la parité avec le dollar américain. Mais il devrait graduellement redescendre ensuite aux alentours des 92 ¢US pour le début de l'été prochain, sous l'effet notamment du retour de la croissance aux États-Unis.