Domtar vend ses activités forestières

Le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, réclame une garantie que le siège social restera à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, réclame une garantie que le siège social restera à Montréal.

Domtar a poursuivi hier son recentrage dans le segment des papiers fins en se départant de son secteur des produits forestiers. Une nouvelle entreprise, Conifex, entend se porter acquéreur de la dizaine de scieries et d'une usine de seconde transformation, et injecter 50 millions sur trois ans dans la modernisation de certaines d'entre elles. En réaction, les employés entendent être vigilants, le gouvernement québécois veut des garanties, alors que l'industrie applaudissait.

Domtar Corporation, soit l'entité résultant de la fusion entre Domtar et le segment papiers fins du géant américain Weyerhaeuser, a annoncé hier la vente de ses activités dans le secteur de produits forestiers à Conifex, pour un montant total d'environ 285 millions comprenant un fonds de roulement de 50 millions. Selon les modalités rendues publiques, Domtar accepterait le principe d'y investir une somme égale au moindre de 35 millions ou l'équivalent d'une participation de 19,9 % dans Conifex.

La transaction englobe les scieries de quatre villes en Ontario et celles de Grand-Remous, de Lebel-sur-Quévillon, de Malartic, de Matagami, de Sainte-Marie et de Val-d'Or, au Québec. Elle comprend également l'usine de seconde transformation Sullivan, à Val-d'Or. Les intérêts de Domtar dans cinq coentreprises font également partie du tout. «Cette transaction permettra à Domtar de se concentrer encore davantage sur son rôle de leader dans le marché nord-américain des papiers», a souligné l'entreprise dans son communiqué.

Conifex

Conifex se définit comme une société forestière et de sciage nouvellement créée. Elle a son siège social à Montréal. Elle est dirigée par Ken Shields et Jean-François Mérette, qui est actuellement premier vice-président, Produits forestiers, chez Domtar. Conifex aurait fait la promesse «d'accueillir à son bord l'équipe de direction et les employés du secteur des produits forestiers de Domtar», a précisé cette dernière. «Les deux dirigeants bénéficieront de l'appui de l'actuelle équipe de gestion du secteur des produits forestiers comprenant 1400 travailleurs, dont les 33 employés du siège social de Montréal», a renchéri Conifex.

«Nous voulons devenir le chef de file de l'exploitation forestière et de l'industrie du sciage dans l'est du Canada. Et l'entreprise que nous allons acquérir constitue l'assise solide sur laquelle nous prendrons appui», a expliqué Ken Shields, président du conseil d'administration de Conifex. Afin d'améliorer sa productivité, elle prévoit investir jusqu'à 50 millions dans certaines usines au cours des trois prochaines années.

Le porte-parole de l'entreprise, Jonathan Goldbloom, n'a cependant pu préciser quels sites allaient être ciblés. «Nous n'avons pas encore pris ce genre de décision. Il faut d'abord attendre la conclusion de la transaction. Nous allons ensuite rencontrer les différentes parties, dont les employés, et regarder avec elles le plan d'affaires.»

Sur le plan conjoncturel, Conifex entre au moment où l'industrie est en pleine restructuration. L'entreprise «est persuadée qu'elle pourra tirer profit des variations cycliques et des changements structurels ayant cours dans l'industrie. Les prix du bois de sciage et la demande devraient se rétablir à moyen ou à long terme. En outre, la position concurrentielle des producteurs de bois de sciage du Québec et de l'Ontario devrait s'améliorer par rapport à celle des producteurs de la région intérieure de la Colombie-Britannique, en raison des répercussions que pourrait avoir l'infestation de dendroctone du pin sur les scieries et les collectivités de cette région.»

Du côté syndical, on entend faire preuve de vigilance. «Bien que nous aimions mieux entendre parler d'une vente que d'une fermeture, ça n'empêche pas que nous ayons quelques inquiétudes. D'autant plus que nous ne connaissons pas l'acheteur», a commenté Renaud Gagné. Le vice-président du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCQEP-FTQ) a interpellé le gouvernement pour «qu'il refuse le transfert des allocations de bois si les emplois ne sont pas protégés». Tout en disant souhaiter que «la vente des scieries ne nuira pas aux négociations qui visent à rouvrir l'usine à papier de Lebel-sur-Quévillon».

Pour sa part, le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, a insisté sur l'obtention d'une garantie que le siège social restera à Montréal. Il a martelé qu'il fallait sauver «le maximum d'emplois par mètre cube de bois», tout en rappelant que le gouvernement était propriétaire de la ressource forestière. Les scieries acquises comptent des droits de coupe d'environ 4,8 millions de mètres cubes annuellement et une capacité de production de quelque 1,1 milliard de pieds mesure planche.

Enfin, pour le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CFIQ), voilà une bonne nouvelle. «Conifex a déjà annoncé qu'au cours des trois prochaines années, elle investira dans ses établissements afin de réduire ses coûts et d'accroître sa productivité, ce qui veut dire qu'elle croit en la relance de notre industrie et qu'il y a encore de l'espoir», s'est réjoui le p.-d.g. du CFIQ, Guy Chevrette.